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6 août 2025 3 06 /08 /août /2025 01:00

Le recours au peuple (« Nous sommes le peuple ») est fréquent dans la bouche de certains politiques. Mais a-ton bien défini ce mot, dont on se gargarise ? En fait j’y vois deux acceptions possibles, bien différentes.

 

Ou bien le peuple est compris comme la réunion volontaire d’individus de caractère et d’intérêts au départ bien distincts, qui s’agrègent et décident de vivre ensemble selon un pacte expressément formulé. C’est la procédure du Contrat social. Pour garantir cette démarche la raison est le meilleur recours. C’est elle, via le vote de lois toujours modifiables et ajustables, qui arbitre les conflits entre les citoyens. C’est cette vision délibérative du peuple qui prévaut chez nous depuis la Révolution. C’est d’elle qu’il s’agit quand on dit par exemple que la justice est rendue « au nom du peuple français ».

 

L’autre vision du peuple est bien différente. Elle implique d’y voir un ensemble homogène et organique, dont on fait partie par héritage reçu et dévotion affective pour une transmission générationnelle infrangible, dont l’origine se perd dans la nuit des temps. C’est une vision holistique de la nationalité, quasi biologique comme dans le Volk allemand. Les us et coutumes de chaque peuple ne sont pas remis en question, et ceux qui se risqueraient à le faire sont appelés cosmopolites, comme ceux qui pourraient penser trouver une solution aux problèmes sociaux par leur internationalisation. D’ailleurs on ne pense pas que l’État ait ici un quelconque rôle à jouer dans l’amélioration des conditions matérielles des citoyens : on laisse les choses se faire d’elles-mêmes. Par contre l’État a un rôle décisif, celui d’assurer la sécurité de ses assujettis, et de lutter contre ce qui pourrait corrompre la pureté biologique de l’ensemble : le virus causé en son sein par la présence des étrangers.

 

Ces deux visions du peuple sont irréconciliables. Populisme et nationalisme (la « préférence nationale ») choisissent la seconde, tandis que la première a pour horizon progrès et humanisme, contre toute xénophobie. Le peuple dans la seconde est mythifié, et le passé seul est convoqué. « La terre et les morts » pourrait en être le slogan. Tandis que « La mer et les vivants », qui regarde vers le futur, pourrait caractériser la première. Mieux vaut la préférer, au moins si l’on recherche la paix. Car qui ne voit qu’en réalité le nationalisme c’est la guerre ?

 

D.R.

 

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5 août 2025 2 05 /08 /août /2025 11:21

L'inéluctable disparition de toutes choses :

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4 août 2025 1 04 /08 /août /2025 01:01

Un ancien article (6 janvier 2022)

 

Normalement elle devrait susciter le rejet. Mais l’être humain est si imprévisible qu’on la voit portée aux nues en ces périodes de Noël. Je veux parler de la mode des pulls moches qu’on affiche soi-même ou offre aux autres à cette époque, et qui fait fureur depuis quelques années. C’est au point qu’il existe un championnat du monde des pulls moches, dont la dernière édition vient de se tenir au salon vintage d’Albi. (Source : actu.fr, 6/12/21)

 

L’origine en est sûrement les cadeaux, pas toujours de très bon goût et décevants pour ceux qui les reçoivent, qui sont offerts à l’occasion des réunions de famille, traditionnelles à ce moment de l’année, mais pas toujours souhaitées par ceux qui continuent de se plier à cet usage. De ce point de vue la mise en avant des pulls moches est originellement une dérision, le souvenir amer d’une déception, manquant évidemment de charité pour ceux susceptibles de l’avoir causée.

 

Mais maintenant l’amertume a disparu dans le « second degré » et dans le grand maelstrom de la consommation. Les grandes marques se sont emparées de cette mode, et on voit sur Internet de folles enchères pour ces pulls, dont certains atteignent des prix hors de commun avec leur prix de revient. Tout le monde suit de façon grégaire, comme c’est la règle sur les réseaux sociaux : ainsi Rabelais dit-il bien du mouton que c’est « le plus inepte animal du monde ». Cela ferait simplement rire, si le prix à payer pour cette invasion de pulls n’était un désastre écologique (un de plus !).

 

Malgré tout, je ne sais si c’est l’effet de Noël, mais je suis assez porté ici sur la mansuétude. Que ces pulls soient laids, c’est un fait qui nous semble évident. Mais les sentir tels implique un cœur froid et une pensée raisonnante. Par contre, si l’un d’eux nous est offert par une personne que nous aimons, alors il peut nous toucher.

 

C’est le grand problème posé par le kitsch, auquel j’ai consacré un livre récent (Le Kistch – Une énigme esthétique, éd. BoD, 2020). Le ridicule objectif de certaines œuvres et productions disparaît si elles sont associées à un contexte grandement émotionnel. Werther n’est pas choqué par les tartines de Charlotte, tout simplement parce qu’il l’aime. Aussi on peut trouver émouvantes les fautes d’orthographe contenues dans une lettre, tout simplement parce que son auteur est une personne qu’on chérit. Pourquoi pas alors un pull moche, s’il a été tricoté avec amour pour nous ?

 

Article paru dans Golias Hebdo, 6 janvier 2022

 

D.R.

 

Voir ici mon livre sur le Kitsch, disponible en deux formats (papier et e-book) :

 

Pour en feuilleter le début, cliquer sur Lire un extrait. Pour l'acheter sur le site de l'éditeur, cliquer sur Vers la librairie BoD.

 

Mais ce livre est aussi disponible sur commande en librairie et sur les sites de vente en ligne (Amazon, FNAC, etc.). - ISBN : 9782322237616.

 

Le Kitsch
Théron, Michel
14,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Le Kitsch est un problème d'esthétique fondamental couvrant plusieurs domaines : arts visuels et architecture, mais aussi musique, littérature, arts du design, habillement, etc. C'est un formalisme, sans contenu profond, que l'on dénigre ordinairement. Pourtant la question est plus complexe. On peut en effet le réutiliser en le prenant avec humour, et aussi parfois le réhabiliter quand on se trouve dans une situation émotionnelle particulière. C'est à quoi ce livre invite, en évitant tout parti-pris à son sujet.

Le Kitsch
Théron, Michel
10,99Livre ebook
Lire un extrait

DESCRIPTION

Le Kitsch est un problème d'esthétique fondamental couvrant plusieurs domaines : arts visuels et architecture, mais aussi musique, littérature, arts du design, habillement, etc. C'est un formalisme, sans contenu profond, que l'on dénigre ordinairement. Pourtant la question est plus complexe. On peut en effet le réutiliser en le prenant avec humour, et aussi parfois le réhabiliter quand on se trouve dans une situation émotionnelle particulière. C'est à quoi ce livre invite, en évitant tout parti-pris à son sujet.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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