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10 janvier 2025 5 10 /01 /janvier /2025 02:00

I

l me semble qu’on en manque un peu aujourd’hui. J’ai entendu en effet au Journal de 19 heures de France Inter, le 14 février dernier, qu’une pâtisserie de Bordeaux a commercialisé, à l’occasion de la Saint-Valentin, fête des amoureux, des sexes masculins en chocolat.

 

Des femmes interviewées ont dit être intéressées. Seul un homme fut contre, préférant, au risque du kitsch, des pâtisseries en forme de petits cœurs. Inversion des rôles donc : le romantisme, qui se cache bien, n’est peut-être pas où l’on croit…

 

Il s’agissait donc de fêter l’amour. Mais lequel ? Dans L’Homme unidimensionnel, Marcuse oppose bien l’amour humain à la sexualité. Le premier s’entoure de rêve, d’imaginaire, de ce que Stendhal appelle la cristallisation, c’est-à-dire la valorisation en solitude et à distance de l’objet aimé. Bref, il se vêt de poésie, et ouvre l’homme à un idéal, une Transcendance. Mais la sexualité ramène l’amour à la pulsion élémentaire, immédiatement satisfaite, tout embellissement onirique ôté. Ce n’est pas la même chose de faire l’amour dans un pré tout orné de fleurs, et dans une voiture. J’ai bien peur qu’aujourd’hui le rêve amoureux, et la rhétorique afférente, soient fort en déclin.

 

Dans Le Meilleur des mondes, Huxley nous montre les hommes modernes conditionnés à ne se considérer que comme des « tas de viande », cédant à leurs instincts aussitôt qu’apparus, et relé­guant aux vieilles lunes le romantisme traditionnel de l’amour. On y perd évidemment beaucoup, l’animalité triomphant sur les décombres des anciens rêves.

 

Par hypnopédie, ou conditionnement durant le sommeil, on persuade les gens que « chacun appartient à tout le monde », que tout sentiment exclusif et exalté dont être banni : c’était bon pour l’ancien monde... Désormais on est échangiste et décomplexé, enfin « heureux » !

 

De la sorte l’emprise du Pouvoir politique sur ses assujettis augmente tout naturellement, car l’amour vrai avait une force de résistance sociale et un pouvoir d’anarchie qu’il a perdus.

 

Gageons que saint Valentin se serait retourné dans sa tombe, s’il avait vu que sa fête ramenait l’amour à la simple pulsion sexuelle, comme on l’a constaté fréquemment dans les offres commerciales qui nous ont été faites à cette occasion.

 

La traditionnelle fête du sentiment devient en effet, progressivement mais invinciblement, celle de l’érotisme. On est maintenant bien loin des doux amoureux de Peynet. J’ai reçu entre tant d’autres une publicité sur Internet vantant un site intitulé « Adopte un mec », et invitant pour ce faire à « accéder au stock » !

 

... Continuez comme cela, mes chers contemporains, et vous perdrez jusqu’à la poussière de votre nom !

 

Article paru dans Golias Hebdo, 28 février 2013

 

D.R.

 

***

 

Cet article est extrait du livre suivant :

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00€Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

***

 

> Pour voir tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

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9 janvier 2025 4 09 /01 /janvier /2025 12:40

Différence entre faire et être :

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8 janvier 2025 3 08 /01 /janvier /2025 02:00

I

l est, selon le mot de Rabelais, le propre de l’homme. Certes on n’en fera jamais assez l’éloge.

 

Assurément la plus perdue de toutes les journées est celle où l’on n’a pas ri. Il faut aussi, selon le mot de Figaro chez Beaumarchais, s’em­presser de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer. À Rome même, le rire avait son dieu particulier, comme on le voit dans le Satyricon de Fellini.

 

Je ne pensais pourtant pas jusqu’à ce jour qu’il pouvait faire l’objet d’une exploitation commerciale. Or je viens de voir, dans une salle de réunion dévolue à ce développement personnel si en vogue aujourd’hui, une publicité pour un stage qui lui est consacré : « Devenez animateur agréé d’un club de rire. »

 

Il s’agit d’une « formation certifiante » de deux jours, facturée 250 euros, dirigée par le « professeur officiel du Docteur Kataria, fondateur du Yoga du rire ». L’obtention du certificat d’animateur agréé permet notamment d’animer et d’ouvrir un club de rire. On apprend à cette occasion qu’il y a un Institut français du « Yoga du rire et du rire santé », de l’existence duquel assurément on ne s’était jusque là jamais douté…

 

On sait ce que valent ces certifications ou diplômes prétendus : strictement rien. Il en est ici comme de tous ceux qui s’intitulent « psychothérapeutes ». Ce n’est pas une profession réglementée, à la différence de celle de psychologue, et n’importe qui peut se prévaloir de cette appellation. En fait, elle recouvre ceux qu’autrefois on appelait les sorciers, qu’on s’est occupé longtemps à persécuter, et qui se sont ainsi recyclés derrière un masque verbal pompeux.

 

Je ne nie pas que faire marcher ses zygomatiques soit bénéfique pour la santé. Mais a-t-on besoin d’un coach, au surplus grassement payé, pour ce faire ? La bonne humeur est une attitude à cultiver certes, mais on peut douter qu’elle soit commandable à volonté, et qu’on puisse la pratiquer mécaniquement.

 

À ce compte, on peut mettre sur pied une formation certifiante de l’art de faire des chatouilles : qui aime bien chatouille bien ! N’im­por­te qui sait le faire, mais payer pour le faire ennoblit la chose, selon ce que Jacques Lacan disait de la cure psychanalytique, qui n’est efficace que si on y croit et surtout si on la rémunère, et en argent liquide de préférence.

 

Ne soyons donc pas dupe de ce ridicule Yoga du rire : ici comme souvent, il faut regarder les choses en farce.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 7 juillet 2011

 

 

D.R.

 

***

 

Cet article est extrait du livre suivant :

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00€Livre papier
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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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