Elle monte dans le tram. Il y a beaucoup de gens qui s'y pressent, et elle a du mal à trouver une place dans la foule des voyageurs. Une fois en route, elle s'apprête à regarder dehors, quand ...
Comme Arte vient hier soir de diffuser le film de Cédric Kahn La Prière, je reproduis la critique que j'ai publiée dans Golias Hebdo quand le film est sorti, en juillet 2018.
Perplexité
Je viens d’y être encore plongé avec le dernier film sur la foi que je viens de voir : La Prière, de Cédric Kahn. J’avais déjà eu des réticences avec L’Apparition de Xavier Giannolli, à cause d’une vision traditionnelle et doloriste de la foi catholique (Golias Hebdo, n°470). Ensuite c’est Marie-Madeleinequi m’a ennuyé par son académisme, exception faite de la toute dernière séquence sur la nécessité d’intérioriser le Royaume (Golias Hebdo, n°480). Et maintenant c’est seulement le dernier plan du film de Cédric Kahn qui m’a intéressé. Si cela continue, j’irai voir les films de ce type juste quelques secondes avant la fin de la projection !
L’histoire est celle d’une rédemption, calquée sur le mythe chrétien majoritaire depuis saint Paul, et que j’ai trouvée banale parce que mille fois vue : voyez par exemple tous les films de Scorsese, avant le remarquable Loup de Wall Street, dont la fin refuse tout rachat de ce type. Devant tant de positivité, j’ai pensé à la phrase de Gide : « On ne fait pas d’œuvre d’art sans la collaboration du Démon ». On a cité Bresson : mais ce dernier n’élude pas la négativité, au contraire. C’est elle qui triomphe à la fin du Diable probablement, avec le suicide du héros. Les cheminements de la grâce se font chez lui par de bien plus tortueux abîmes.
Dans le film le jeune garçon revenu à Dieu veut se faire prêtre. Mais le souvenir d’une relation avec une jeune fille fait qu’il hésite. En route pour le séminaire, il bifurque brusquement et va retrouver la jeune fille. Le film s’arrête là-dessus, fort habilement. À nous de conclure : vient-il lui faire ses adieux ? Ou veut-il vivre avec elle, et renoncer à la prêtrise ?
Finalement seul ce dilemme m’a intéressé. J’ai réfléchi à l’absurdité du célibat des prêtres, même paré du nom de sacrifice. Et j’ai repensé à cette réplique du film de Buñuel Belle de jour : Semen retentum venenum est (Retenir sa semence est un poison). Quelle violence dans cette attitude ! Violence faite à soi d’abord, et dont les autres même peuvent pâtir. Dommage qu’il faille attendre ce dernier plan pour y réfléchir !
ans un discours célèbre prononcé à Saint-Jean de Latran, notre président-chanoine a dit que pour la transmission des valeurs et l’enseignement de la morale l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé.
Je suis fils d’instituteurs de l’enseignement public, et j’atteste qu’il a existé et qu’il peut bel et bien exister encore une morale laïque, enseignée à l’école, et dont le contenu pratique ne diffère en rien pour bien des points de la morale religieuse traditionnelle : respecter l’autre, être honnête, ne pas être paresseux, etc.
On en voit une parfaite illustration dans le personnage de Topaze, de Marcel Pagnol. On connaît son fameux : « Bien mal acquis ne profite jamais », écrit en grosses lettres à la craie sur le tableau noir. L’arrière-plan de cet enseignement laïque est tout simplement la morale kantienne, qui fait reposer le devoir humain sur l’activité de la raison confrontée à l’action.
Ces leçons de chaque matin, s’appuyant sur des exemples concrets, des petites histoires fabriquées ad hoc, faisaient bien comprendre les injonctions du jour : voilà ce qui peut t’arriver si tu n’y satisfais pas.
Je n’en dirai peut-être pas autant du catéchisme, où la menace d’un châtiment divin était toujours présente, et où la règle était comminatoire : songe que Dieu te voit, et redoute sa colère. C’était là une pastorale ou une pédagogie, non pas de la compréhension des choses et des relations entre les hommes, mais de la peur.
On dira qu’elle a disparu aujourd’hui. Peut-être, si ce sont des laïcs éclairés qui assurent le catéchisme. Mais si ce sont des ministres du culte, surtout ceux qui mettent en pratique les instructions du Vatican ?
L’école n’enseignait que l’hygiène, mais le clergé peut bien se mêler de morale sexuelle, avec toutes les catastrophes que cela peut engendrer. Ainsi, si le danger couru par l’école laïque pouvait être un certain idéalisme, celui couru par « l’Église institutrice » pourrait bien continuer à être le traumatisme et la culpabilisation.
À moins que ce qui manque à la première soit la perception d’un horizon transcendant, celui-là même qui est géré et souvent instrumentalisé par les prêtres ? Mais une morale a-t-elle besoin de se fonder sur ce ciel hypothétique, alors que tant de travaux urgents nous attendent sur cette terre, que l’attente du ciel pourrait nous faire oublier ?
Article paru dans Golias Hebo, 4 mai 2009
D.R.
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Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrageChroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer:ici.
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Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).