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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 00:01

Ce blog est interdisciplinaire. Pour en explorer la grande diversité, pour faire un tri et ne voir que ce qui intéresse, pensez à cliquer sur Catégories, dans la colonne de droite


 ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Petitesse

 

Certains esprits manquent de dignité, en ne recherchant par exemple que leur profit, et en faisant leur miel de ce qui devrait susciter, en tout être normal, la réserve et le respect. Je pense à ceux qui au lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo, ont mis en vente sur eBay l’exemplaire alors en cours du journal. Illustré par Charb, Honoré, Tignous, Cabu et Wolinski, avec Michel Houelbecq en une, ce numéro s’est négocié pour plus de 300 euros. Contrairement à PriceMinister et Le Bon Coin, qui ont eu plus de dignité et je dirai de déontologie, eBay n’a pas interdit la vente du journal, expliquant que le site était « une place de marché ouverte qui n’impose aucune restriction en termes de prix des objets en vente ». (Source : 6Medias, 22/01/2015)

Je sais bien que comme disait Vespasien, qui imposa un impôt sur les urinoirs publics, « l’argent n’a pas d’odeur ». Mais est-ce une raison pour vouloir faire argent de tout ? Cela me fait penser à la vente aux enchères des sandales, de la montre, et des fameuses lunettes rondes de Gandhi, dont j’ai parlé dans mon billet « Argent » (Golias Hebdo, n°71). Et à ce compte-là, pourquoi ne pas mettre en vente, si on parvient à en avoir possession, telle ou telle pièce de vêtement d’un terroriste, et même éventuellement l’arme dont il s’est servi ? Ce seraient, pour les acheteurs, des objets de spéculation profitant de la curiosité malsaine du public, et aussi, pourquoi pas, pour certains pervers des reliques à vénérer. Et on sait à quels excès peut mener en général le trafic des reliques, la simonie par exemple dans le monde chrétien (voyez mon billet « Relique », dans le n°285 de Golias Hebdo).

Auri sacra fames, « l’exécrable faim de l’or », disaient les anciens Romains. Ces petits spéculateurs sans gloire nous ont donné à leur échelle un modèle de ce Triomphe de la cupidité, pour reprendre le titre du livre de l’économiste américain Joseph Eugene Stiglitz (2010), qui caractérise notre époque. Mais il faudrait que tous ces petits esprits sans morale se souviennent du sort de Midas, changeant en or tout ce qu’il touchait, et donc y compris ses aliments : il mourut de faim, car l’or ne se mange pas.

 

Petitesse

Petitesse

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Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

   

Petite philosophie de l'actualité, format Internet

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Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

   

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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 00:01

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 ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Prosélytisme

C’est le fait de vouloir amener les autres à ses propres croyances. Ainsi en christianisme lit-on ces paroles, mises dans la bouche de Jésus ressuscité : « Allez donc, faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » (Matthieu, 28/19) Je doute que Jésus ait pu utiliser cette formulation trinitaire, le dogme de la Trinité s’étant imposé bien plus tard. Mais l’idée est bien qu’il faut évangéliser, baptiser, convertir, s’en donner la mission. C’est ce programme que le pape actuel a repris d’ailleurs lors de sa dernière visite aux Philippines, en décrétant l’Asie « terre de mission ».

Le partisan du prosélytisme croit naturellement être dans le vrai, et que les autres sont dans l’erreur, ce qui est une manifeste preuve d’orgueil pour soi-même, et de dépréciation pour les autres. Tant qu’il veut convaincre par la seule parole, il n’est peut-être pas dangereux, encore qu’une vraie discussion ne doive pas à mon avis supposer dès qu’elle s’engage la conclusion où elle aboutira. Mais très vite il peut user de la force pour parvenir à ses fins. C’est le fameux « contrains-les d’entrer » (compelle intrare) qu’Augustin a utilisé contre les Donatistes, en utilisant à sa propre façon un passage évangélique : « Le maître dit alors au serviteur : ‘Va sur les routes et dans les sentiers, et force les gens à entrer, afin que ma maison soit remplie’. » (Luc, 14/23).

Les crimes des prosélytes, comme le mépris des non-croyants, ne sont certes pas le propre du christianisme. On ne les dénoncera jamais assez. Qu’on pense avoir soi-même trouvé le vrai, je peux le comprendre, bien que la phrase de Pilate : « Qu’est-ce que la vérité ? » (Jean, 18/38) me semble extrêmement profonde. Qu’on veuille le crier sur les toits, passe encore. Mais qu’on veuille l’imposer aux autres, et très souvent manu militari, est inacceptable. Si l’on veut qu’ils nous imitent, il vaut mieux leur en donner envie par l’exemple : il n’y a de conversion que par contagion. Aussi, avant de s’occuper des autres, il faut s’occuper de soi-même, selon la belle phrase de Gandhi : « Soyez vous-mêmes le changement que vous voulez voir dans le monde. »

 

Proselytisme--illustration.jpg

 


 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

   

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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 00:01

 

Cet élément de mobilier urbain a tout pour attirer la sympathie. Il permet le repos du marcheur fatigué, l’observation rêveuse de la foule, le rendez-vous des amoureux qui s’y « bécotent », selon la chanson de Brassens, « en s’foutant pas mal des regards obliques / Des passants honnêtes. » À combien de bancs simplement dois-je ces rencontres qui ont illuminé ma vie, au point qu’ils constituent chaque fois pour moi des lieux de pèlerinage attendri et nostalgique ! Le ciel s’y est ouvert, avec les cœurs.

 

Mais tout le monde n’est pas de cet avis. Témoin la municipalité de Perpignan, qui vient de faire disparaître la plupart des bancs publics de la ville, accusés de favoriser les réunions de SDF. Devant la protestation d’une association écologiste, l’adjoint au maire en charge de l’urbanisme et de l’aménagement a assuré que la mairie « remplacera sans doute certains des bancs de quatre places supprimés par des bancs à une place où on peut se reposer dans la journée mais qui n’incitent pas à s’entasser ou à se vautrer. » (Source : AFP, 05/01/2015)

 

Ces nouveaux bancs ne favoriseront donc plus les rencontres. Ce seront, dit l’association écologiste susmentionnée, des « sièges pour culs pointus ». Je ne sais s’ils seront vraiment aussi étroits, mais étroit, certes, a bien été l’esprit de leur promoteur. Le pire de la chose est que la mesure ne vient pas d’en-haut, mais a été naturellement réclamée par certains riverains des anciens bancs, qui se sont plaint des « nuisances » qu’ils leur apportaient. Je ne me fais aucune illusion là-dessus : la solidarité n’est pas comme le « bon sens » de Descartes, la chose du monde la mieux partagée.

 

On ne veut pas voir les naufragés de la vie. Qu’ils aillent ailleurs !  Admirable solution : si on ne voit plus les pauvres, cela veut-il dire qu’il n’y a plus de pauvreté ? Supprime-t-on la fièvre en cassant le thermomètre ? Notre société est bien duale, il n’y a plus de mixité, d’échange entre les groupes, de convivialité au sens d’Illich. Les nantis maintenant s’abritent derrière leur digicode, et chassent même ceux qui n’ont rien de devant chez eux. Reclus face aux exclus. Jusques à quand ?

 

 

Banc--illustration.jpg

 

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

Notez qu'ils sont aussi tous commandables en librairie, et sur les sites de vente en ligne (Amazon, Fnac, etc.).

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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