Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 01:00

« Madame, jusqu’au bout je mènerai campagne pour vous stigmatiser et pour vous dire que vous n’êtes ni la République, ni la France. » Ainsi s’est exprimé notre Premier ministre à l’Assemblée Nationale, à l’adresse d’une jeune députée du Front National (Source : L’Express.fr, 10/03/2015)

 

Certes je sais bien que tous les noms d’oiseaux ont coutume de voler dans les affrontements de l’Assemblée. Cependant ce mot de « stigmatisation » est extrêmement fort. Il équivaut à quelque chose comme ostracisme, bannissement, proscription. C’est une marque d’infamie à l’adresse de celui ou celle qui en est l’objet. Un autre mot plus neutre eût été préférable. En outre, en l’espèce, la tactique « bulldozer »  de notre ministre sera sans doute contreproductive, puisque ce mot sera pris pour eux par les électeurs du parti en question, et sera vu comme une agression personnelle, comme François Bayrou l’a souligné (même source, 15/03/2015).

 

Loin de moi l’idée de défendre ce parti. Mais je pense que dans tous les cas la pédagogie est préférable à l’insulte et à l’exclusion violente. En l’occurrence, je crois qu’il est bon que chacun s’explore lui-même en profondeur. Bien sûr il est facile de se donner bonne conscience en pétitionnant ou défilant contre le fascisme par exemple, ou le racisme, l’antijudaïsme, l’homophobie, etc. Là est l’homme public. Mais qu’en est-il de lui en privé ? Il peut se comporter comme un petit chef, dressant à l’obéir sa femme et ses enfants, ou, s’il n’en a pas, son chien. Admettrait-il que sa fille épouse un noir, ou que s’installe près de sa maison un arabe, etc. ? Tel défend aussi en paroles l’école publique, et met ses enfants à l’école privée : cela s’est vu jusqu’à l’échelon ministériel. Ces énormes distorsions de la personnalité sont très fréquentes : c’est ainsi que Camus, dans La Chute, a bien caractérisé l’effondrement des masques sociaux.

 

La vérité est que nous avons tous en nous-mêmes des pulsions égocentriques, totalitaires, fascisantes, et nous devons les affronter en nous, avant de les attaquer chez les autres en les excluant d’emblée. Comme disait Gandhi : « Soyez vous-mêmes le changement que vous voulez voir dans le monde. »

 

Voir aussi :

Partager cet article
Repost0
22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 01:00

Les médias ont mentionné les sauvages destructions opérées par les fondamentalistes islamistes en Irak, tant au Musée de Mossoul que dans les précieux sites archéologiques. L’Unesco a même parlé à ce propos d’« actes de guerre ». Le cœur se serre évidemment à cette disparition d’un irremplaçable patrimoine.

 

Elle s’explique, je ne dis pas évidemment qu’elle s’excuse, par plusieurs raisons. D’abord il y a l’interdiction, en monde sémitique, de représenter Dieu sous forme visible. L’islam, comme le judaïsme, et au sein du christianisme, le protestantisme sont fondamentalement iconoclastes : combien de statues et de tableaux religieux ont subi la vindicte des Réformés ! Cette pulsion destructrice se manifeste ensuite, chez le fanatique, contre les idoles d’autres religions que la sienne. Voyez Polyeucte dans la pièce de Corneille, briseur des idoles païennes, qui semble préfigurer ces talibans qui ont détruit les bouddhas de Banyan.

 

Enfin, en général, quand on veut instaurer un nouvel état de choses, on veut faire disparaître tout ce qui existe antérieurement. Cette amnésie volontaire caractérise tout esprit révolutionnaire. Ainsi, lors de la Révolution française, on a voulu briser tout ce qui rappelait la Royauté. Comme dit l’Internationale : « Du passé faisons table rase ! » Comme si « repartir à zéro » garantissait le meilleur pour l’avenir.

 

C’est bien sûr le contraire qui est vrai. On ne vit qu’en s’appuyant sur le passé, en se souvenant de lui. C’est la mémoire qui fait la personne, et la détruire condamne à errer, détaché de tout lien, désorbité. Voyez cette tragédie de l’amnésie dans Le Voyageur sans bagage, d’Anouilh. Quant à détruire volontairement ce qui nous rappelle de mauvais souvenirs, brûler les lettres de l’aimé (e) après une rupture par exemple, ce n’est pas une bonne solution : on peut plus tard, quand la colère sera calmée, s’en repentir. Ce qui a été, au moins, a été, et à l’inverse du proverbe, on peut être pour avoir été. Cet exemple paraît bien léger à côté de la barbarie susdite, mais le sens en est le même. Au reste, dans l’histoire, et comme le disait Santayana, « ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le revivre. »

 

***

 

Voir aussi :

 

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

Notez qu'ils sont aussi tous commandables en librairie, et sur les sites de vente en ligne (Amazon, Fnac, etc.)

Partager cet article
Repost0
12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 01:00

J’ai entendu sur France Inter, le 3 mars dernier, à l’émission Le téléphone sonne, une excellente discussion sur la maltraitance dont sont victimes les enfants. Ce qui m’a frappé est l’extrême complexité de cette question.

 

D’abord il a été dit que l’enfant maltraité par ses parents se sentait coupable de cette maltraitance. Dans cette réaction a priori paradoxale (on attendrait plutôt une révolte) je vois resurgir un fond archaïque de l’humanité, qui rattache toujours le malheur à la culpabilité. Voyez les deux sens de notre mot « misérable » (malheureux et méchant). Dans la Bible l’homme frappé par le malheur (un aveugle par exemple) est censé avoir mérité son sort, et Job accablé s'entend dire par ses amis qu’il a péché. C’est le vieux fantasme théologique de la rétribution, pendant occidental du karma indien, qui lie le sort qu’on a à ce qu’on mérite. Ainsi disons-nous encore lors d’une épreuve : « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter cela ? »

 

L’enfant attend naturellement de ses parents qu’ils l’aiment, et il voit en eux, comme on peut voir en Dieu, l’archétype de la bonté. Si la réalité dément cette attente, il s’accuse lui-même, au lieu de les incriminer. Aussi peut-il refuser d’en être séparé, car affectivement il tient à leur présence auprès de lui. Même complètement « saboté » par eux, comme il se voit dans l’effrayante et lucide Lettre au Père de Kafka, son « placement » ailleurs n’est pas toujours une solution aisée.

 

La question se complique encore quand certains anciens enfants maltraités deviennent à leur tour plus tard des parents maltraitants. N’ayant jamais réfléchi froidement à ce qui leur est arrivé, ils croient normal ce type de comportement, qu’ils répètent. La leçon générale est qu’il faut se libérer, par la réflexion, des attentes « archétypales ». Certes nous les projetons naturellement sur nos géniteurs : le père doit être le Père, le Re-père, quoi qu’il fasse. Mais enfin la vie doit être un combat entre les projections primitives et les perceptions réelles. On ne peut pas rester toujours dans la fantasmagorie et la sujétion. Et ce que je dis ici des enfants vaut aussi pour beaucoup de croyants qui vivent leur religion sur le même mode.

 

Voir aussi : On ne répond pas à son père...

***

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

 

Petite philosophie de l'actualité, format Internet

Cliquer sur l'image

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages