23 avril 2015
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Il paraît que dans certains établissements d’éducation, principalement collèges et parfois aussi lycées, les bons élèves sont montrés du doigt et stigmatisés par leurs camarades qui réussissent moins bien, en plus grand nombre évidemment. Il se produit comme un effet de meute, où l’on s’acharne sur quiconque sort du rang, en s’élevant au-dessus du niveau commun. On pourrait penser, mutatis mutandis, à la pathologie de la démocratie telle que l’analyse Montesquieu dans L’Esprit des lois, où l’esprit d’égalité est perverti en « esprit d’égalité extrême », nous dirions aujourd’hui en égalitarisme. Ou encore au paradoxe souligné par Tocqueville dans De la Démocratie en Amérique, selon lequel l’acharnement en faveur de l’égalité est plus puissant à proportion que l’inégalité concerne moins d’individus.
Mais cette invidia democratica, cette haine égalitaire et nivelante vis-à-vis de toute supériorité, n’est qu’une illustration du phénomène plus large du ressentiment, tel que Nietzsche l’a analysé dans La Généalogie de la morale, et tel qu’à sa suite Scheler l’a illustré dans L’Homme du ressentiment. « Devant de grandes qualités, disait Goethe, l’unique salut est l’amour ». Mais au lieu d’admirer celui qui en est pourvu, l’homme du ressentiment le jalouse et s’en venge en le dénigrant. D’abord il nie que ces qualités existent vraiment en celui qui les possède : valeurs niées. Et ensuite il en reconnaît l’existence, mais nie qu’elles sont de vraies qualités : valeurs falsifiées. C’est la fable bien connue Le Renard et les raisins : ne pouvant y atteindre, le Renard dit d’abord que les raisins mûrs ne le sont pas : « Ils sont trop verts ». Ensuite il dira que le « doux » est mauvais. Et ainsi la médiocrité devient la vraie valeur, et la réussite est dévalorisée.
Ce ressentiment est très répandu aujourd’hui, dans une société égalitaire qui n’admet pas une quelconque supériorité : j’ai montré qu’il existe dans les réactions fielleuses de beaucoup d’internautes, où la meute s’acharne sur certains pour les lyncher (voir mon billet Cloaque, Golias Hebdo n°380). Aussi bien faut-il toujours défendre, contre la jalousie des médiocres, ceux qui cherchent à s’en distinguer.
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Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

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Chroniques de Golias Hebdo (Actualité)
17 avril 2015
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« En art, comme dans toute œuvre humaine, l’important est le contenu. » J’ai pensé à cette phrase de Hegel dans son Esthétique en regardant sur Arte, dans la soirée du dimanche 5 avril dernier, l’émission Mozart superstar, qui a suivi la diffusion du beau film de Milos Forman, Amadeus. Sans hésiter on a comparé Mozart à des icônes modernes de la pop, comme Michael Jackson, ou les Beatles. On a souligné chez celui-là le même souci de se faire connaître à tout prix qu’il y a eu chez ceux-ci, le désir d’arriver, de suivre un « plan de carrière », etc. Bref une même stratégie de communication, souvent programmée familialement : on sait le rôle joué par le père dans la trajectoire de Mozart et de Michael Jackson.
Tout cela est bel et bon. Mais enfin ne concerne que la forme dans le destin de ces artistes. Rien n’a été dit du contenu de leur production elle-même. Ou plutôt si : on a posé ces contenus comme parfaitement équivalents, puisque, à part une intelligente interrogation de Philippe Sollers sur la durée des œuvres dans le temps, il a été affirmé que dans quelques siècles les artistes pop en question seront les égaux du compositeur autrichien. Un soi-disant critique a même dit que l’œuvre de ce dernier n’était pas exempte de vulgarité, et que certains passages (qu’il s’est bien gardé de nommer) annonçaient André Rieu. M’est revenue alors la réflexion du moraliste, selon lequel c’est un trait de petitesse d’esprit que de louer modérément !
Par une analogue irréflexion, une pianiste a dit que par rapport à Schubert, trop rêveur et introverti, ou à Bach, trop obnubilé par Dieu, Mozart était plus « sexy » ! Quelle absurdité que de comparer des esprits si différents, et de choisir entre eux ! Sauf à penser que l’amusement, le fun, doivent passer avant tout, ce qui est en effet le propre de notre modernité.
C’est le règne de l’égalisation de tous les contenus, du nivellement généralisé. Déjà à la fin du 19e siècle les nihilistes russes disaient qu’« une paire de bottes vaut Shakespeare ». Contre ce relativisme mortifère, qui est l’apanage et le socle des esprits médiocres, défendons entre les artistes et les œuvres l’existence indubitable d’une hiérarchie.
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Chroniques de Golias Hebdo (Actualité)
9 avril 2015
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C’est l’image que donne aujourd’hui Internet, où l’odieux le dispute à l’obscène, et aussi à cette bêtise qui, on le sait, est la seule réalité qui puisse nous donner une idée de l’infini. Dans cet égout, à la courageuse faveur de pseudonymes, les internautes se vautrent à qui mieux mieux.
Voici un exemple de cette fange nauséabonde. Le nom d’Andreas Lubitz, copilote de l’Airbus A320 de Germanwings qui s’est écrasé dans les Alpes, a été repris et exploité sur la Toile et les réseaux sociaux. Soupçonné d’avoir provoqué volontairement la chute de l’avion mardi 24 mars dernier, de nombreux profils homonymes ou à son effigie ont vu le jour sur Facebook et Twitter. Mais le pire est qu’il y a des pages qui le glorifient. En effet, y fleurissent des mentions comme « artiste », ou encore « héros de l’État islamique ». On sait pourtant qu’à ce jour aucun lien n’a été établi entre Andreas Lubitz et une quelconque organisation terroriste (Source : 6Medias, 27/03/2015).
Maintenant on s’autorise tout, on ne voit plus d’abjection à rien, on n’a plus aucun élémentaire respect pour la douleur des victimes. Bien sûr on pourra toujours dire que ces faux profils au nom du copilote relèvent juridiquement de l’« usurpation d’identité ». De même, l’expression de « héros de l’État islamique » tombe assurément sur le coup de la « loi Cazeneuve » du 13 novembre 2014, punissant « le délit d’apologie du terrorisme ». Mais enfin, indépendamment de tout cela, je me demande comment certains esprits peuvent être aussi dérangés, et insoucieux de ce qu’ils profèrent, pour en arriver là. Internet devient l’image d’un total n’importe quoi, avec résonance mondiale. C’est la différence avec le café du commerce d’antan, où le n’importe quoi des clients ivres n’en dépassait pas les portes. On voit sur la Toile une animosité chronique, des agressions sans mesure, voire des lynchages en direct. Quel dégoût donne cet égout ! Je reprendrais volontiers quant à moi la parole de saint Polycarpe, dont Flaubert avait fait sa devise : « Dans quel siècle, mon Dieu ! m’avez-vous fait naître ! »
Continuez ainsi, mes chers contemporains, et vous perdrez jusqu’à la poussière de votre nom !
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Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

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