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3 juin 2015 3 03 /06 /juin /2015 01:01

L’écrivain et académicien Max Gallo, 83 ans, a annoncé jeudi qu’il était atteint de la maladie de Parkinson, estimant à cette occasion que « nous avons toujours la liberté d’en finir avec nous-mêmes. » (Source : AFP 28/05/2015)

 

Je trouve cette déclaration très honnête, et remarquable de la part d’un homme qui s’affirme chrétien. Reconnaissant que ce point de vue était « contesté, contestable et discutable », il a souligné que là était une « liberté qui nous est donnée », et « une manifestation de la sollicitude de Dieu, qui en donnant cette liberté dit aussi qu’on peut y renoncer » (même source). Nous sommes loin de l’anathème jeté depuis longtemps par l’Église sur les suicidés, qu’on refusait d’enterrer chrétiennement parce qu’ayant manqué de cette vertu cardinale qu’est l’espérance. Dans Le Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc, Péguy fait dire à son héroïne que n’y aurait-il qu’un seul damné sur la terre, ce serait Judas, non point pour avoir trahi Jésus, mais pour, l’ayant fait, être ensuite allé se pendre, donc ayant manqué d’espérance en la mansuétude de Dieu. Et dans Le Porche du mystère de la deuxième vertu, l’espérance est présentée comme la vertu la plus importante. Effectivement on qualifie souvent celui qui met fin à ses jours de « désespéré ».

 

Les Anciens considéraient le suicide, non pas comme une  lipotaxie, un abandon de poste ou une désertion, mais comme la voie de la liberté. C’est ce que pensaient, par exemple, Cicéron méditant sur le suicide de Caton d’Utique, et ensuite Sénèque. Voyez, de ce dernier, citant Épicure : « Il n’y a aucune nécessité de vivre dans la nécessité »In necessitate vivere necessitas nulla est. (Ad Lucilium, I, 12) Et quand on n’avait pas le courage de se tuer soi-même, on se faisait tuer par un proche, un esclave, un ami, etc. Voyez là-dessus le film de Bresson, Le Diable probablement (1977), qui reprend ce scénario.

 

Il est barbare, au nom d’une prétendue sacralité de la vie, donnée par Dieu et que seul Dieu peut reprendre, d’exclure cette option. Pour revenir à nos vertus cardinales ou théologales, je dirai que le suicidé manque peut-être d’espérance, mais ceux qui le condamnent a priori manquent de charité.

Suicide

***

 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

 

Petite philosophie de l'actualité, format Internet

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Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

 

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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 01:01

Les syndicats de professeurs du second degré ont été quasi unanimes pour faire grève, le mardi 19 mai dernier, contre la réforme du collège. Celle-ci prévoit notamment la suppression des options traditionnelles de latin et de grec. Elles seront remplacées par une initiation aux langues et cultures de l’Antiquité, dans une optique interdisciplinaire (source : 6Medias, 18-05-2015).

 

Il y a là, évidemment, un grand péril pour nos humanités classiques. Latin et grec ne sont pas des langues mortes, comme on le dit péjorativement, mais des langues anciennes, qui irriguent la grande majorité des langues européennes. Même l’anglais, qui n’est pas menacé par la réforme et qui devient à son tour, après le latin, une langue internationale, donc incontournable, est tributaire pour au moins 50% du latin. A fortiori pour les langues dites « latines » : comment peut-on apprendre sérieusement l’espagnol ou l’italien, par exemple, si on ne connaît pas le latin ?

 

On veut situer l’étude de ces deux langues dans celle de leur contexte de civilisation. Évidemment ce sera plus facile pour les élèves, car ainsi diluées, il ne sera plus nécessaire pour les apprendre de faire preuve d’autant de rigueur. On oublie que développer cette dernière est, ou devrait être la vertu essentielle de l’école. Sans exagérer, on peut dire que l’étude vraie du latin, non diluée dans le flou de la « civilisation », est une excellente préparation à celle des mathématiques.

 

Au reste, toutes les notions civilisationnelles sont contenues elles-mêmes dans une langue, qui les reflète en profondeur : simplement il faut savoir les y voir. Ce n’est pas faire injure aux professeurs d’histoire que de dire que l’étude d’une langue doit relever de professeurs qui lui sont spécifiquement formés. La fameuse « interdisciplinarité » ne clarifie rien à cet égard.

 

Au fond, cette réforme choisit la facilité. Censée « améliorer le niveau général des élèves », elle abaisse le niveau de ce qui est exigé d’eux. Les statistiques de « réussite » y gagneront peut-être, mais ce ne sera là qu’un cache-misère pour masquer l’indigence du fond. Et encore une fois on soumet l’école au lit de Procuste de l’égalitarisme.

 

 

Humanités (illustration)

Humanités (illustration)

 

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Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

 

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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 01:01

En tout, comme dit le proverbe, il est un défaut. On le voit bien, par exemple, dans les précautions frisant la paranoïa que prennent les professeurs des écoles, pour se prémunir des accusations de pédophilie. « Les plus petits, dit l’un d’eux, veulent toujours nous faire des bisous le matin. J’esquive en leur apprenant à dire bonjour comme des grands. » Tel autre laisse exprès la porte ouverte de sa classe, de façon à pouvoir être vu de tous, s’il lui arrive d’avoir à parler en tête-à-tête avec un élève. Finalement, dit un directeur d’école, « dans ce climat de suspicion générale, il faut bien qu’on se protège. Heureusement, nous pouvons compter sur le personnel féminin. Quand un gamin se fait un bobo dans la cour et qu’il faut lui baisser le pantalon pour lui mettre un pansement, on envoie une femme. » (Source : 20 minutes, 4/5/2015, p.6)

 

Cette dernière remarque est bizarre, car il y a bien des cas, auxquels on ne pense jamais, de pédophilie féminine. Mais quoi qu’il en soit, on voit à quels excès mène un principe de précaution mal négocié. On sait pourtant que le mieux est l’ennemi du bien. De la même façon un proverbe latin dit que la pire corruption est celle du meilleur – Corruptio optimi pessima. Ainsi la judiciarisation généralisée des comportements, qui nous vient des États-Unis d’Amérique, mène à une absurde paralysie. Il faudra bientôt raser les murs en ville, et baisser les yeux quand on croise une femme, pour ne pas être accusé de harcèlement sexuel. Ou bien ne pas prendre un ascenseur seul avec elle. Ou encore se garder de caresser la tête d’un enfant dans un jardin public, de peur d’être accusé de pédophilie. Cela passe toute mesure.

 

Par un étrange paradoxe, plus on parlera des affaires de pédophilie, plus on en signalera, avec évidemment le risque d’une fausse accusation. Car on sait aussi que certains enfants sont fabulateurs, et répètent ce qu’ils entendent dire autour d’eux. Le film d’André Cayatte Les Risques du métier, sorti en 1967, montre un instituteur broyé par les accusations mensongères de ses élèves. La bonne foi des enfants n’est pas en question. Mais que pèse la réalité des faits à côté d’une rumeur collective ?

 

 

Voir aussi :

 

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  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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