Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
28 juillet 2023 5 28 /07 /juillet /2023 01:00

I

l existe de temps immémorial dans toutes les sociétés structurées par des croyances religieuses.

 

Sa fonction est souvent mémorielle, et peut-être est-il nécessaire à l’homme d’avoir une occasion de rappeler à son esprit, à l’occasion de cérémonies rituelles bien déterminées, des évé­nements passés pour éviter qu’ils ne sombrent dans l’oubli. Ainsi en monde chrétien le souvenir de la dernière Cène, instituant l’eucharistie, a cette fonction d’anamnèse (ce mot est celui prononcé par Jésus) : Luc 22/19 ; 1 Cor 11/24-25.

 

Mot prononcé par Jésus, vraiment ? Ou bien ces paroles ne lui ont-elles pas été prêtées, pour précisément instituer ce sacrement essentiel ? Sont-elles compatibles avec une phrase fondamen­talement anti-cultuelle comme : « Laisse les morts enterrer leurs morts et toi, va annoncer le royaume de Dieu. » (Luc 9/60 ; cf. Mt 8/22)

 

L’enseignement de Jésus vise à désaliéner l’homme de tout ce qui le retient en arrière, dont le culte, et l’empêche de regarder en avant, de s’ouvrir au nouveau. Mais le clergé, gardien du culte, ne se laisse pas vaincre. Comme disait Loisy : « Jésus annonçait le Royaume, et c’est l’Église qui est venue. » L’acharnement du clergé à maintenir le culte s’explique aisément : l’enjeu est celui de son pouvoir sur les fidèles, qu’il importe de subjuguer par tout un théâtre cérémoniel, incluant souvent des opérations thaumaturgiques.

 

C’est frappant pour le catholicisme par exemple : à la messe, la liturgie « ouvrante » de la Parole est moins importante que celle, régressive à côté, de l’eucharistie. « Régressive », parce qu’on invite le croyant à baisser la tête devant le résultat d’une opération magique opérée par le célébrant : la transsubstantiation du pain et du vin. En monde protestant au contraire la prédication ou méditation sur un enseignement tient, heureusement à mon avis, une place plus importante.

 

Lors du confinement imposé par la crise sanitaire, le sacramentel s’est donné en spectacle virtuel, via le numérique. On a filmé des messes, qu’on a même postées sur Facebook. Ce théâtre clérical a assigné aux fidèles un rôle passif, non-participatif. Au lieu de leur montrer une voie de vie conforme à l’enseignement du Maître, il les a maintenus dans une perpétuelle enfance en les étourdissant de belles cérémonies.

 

Voyez alors ce que Spinoza dit dans son Traité théologico-politique (1665) : « Tel fut donc le but des cérémonies du culte : faire que les hommes n’agissent jamais suivant leur propre décret, mais toujours sur le commandement d’autrui, et reconnussent dans toutes leurs actions et dans toutes leurs méditations qu’ils ne s’appartenaient en rien mais étaient entièrement soumis à une règle posée par autrui. Il résulte de tout cela plus clair que le jour que les cérémonies du culte ne contribuent en rien à la félicité. »

 

Article paru dans Golias Hebdo, 23 juillet 2020

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

 

Partager cet article
Repost0
27 juillet 2023 4 27 /07 /juillet /2023 13:42

Une conclusion possible à partir de Romains 8/32 :

Partager cet article
Repost0
26 juillet 2023 3 26 /07 /juillet /2023 01:00

D

es centaines d’hommes pieds nus se sont flagellés, et une dizaine ont été cloués sur des croix lors des cérémonies du Vendredi saint dans les Philippines, en témoignage sanglant de leur foi (Source : AFP, 19/04/2019).

 

C’est un spectacle répété tous les ans, ostensiblement gore, où l’Église locale voit avec suspicion des « tendances pharisaïques », sans nier toutefois que « la crucifixion et la mort de Jésus ont sauvé l’humanité de l’effet de ses péchés » (même source).

 

C’est bien là qu’est le problème à mon sens. Depuis Paul, le créateur du christianisme majoritaire, la Passion et la mort de Jésus ont une valeur expiatoire et rédemptrice, que répètent à l’envi plusieurs textes néotestamentaires, malgré les efforts des théologiens libéraux pour ne pas en tenir compte ou pour les biaiser, ou même les interpréter au rebours de ce qu’ils disent. Cette euphémisation d’un sacrifice, pourtant marque objective d’un échec, est comme un tour de passe-passe, qui transforme, comme dit l’Apôtre invoquant la « Parole de la Croix », une « folie » en « sagesse ». C’est un scénario entièrement païen, renvoyant aux cultes à mystères antiques (Adonis, Osiris, Mithra, etc.), où un Dieu meurt et ressuscite pour le salut de ses fidèles. Pour les Juifs et les Musulmans ce christianisme-là est un paganisme.

 

Quand Platon a été bouleversé par la mort de Socrate, il ne l’a pas euphémisée par une construction mythologique à contenu résurrectionnel. Il s’est contenté de transmettre l’enseignement de son Maître. D’autres versions du christianisme ont existé qui ont fait de même, comme le gnosticisme. Mais malheureusement elles ne sont pas majoritaires. Encore aujourd’hui quand on touche du bois, ou qu’on croise les doigts pour se porter chance, ou simplement quand on porte en bijou une petite croix, on fait référence implicitement à la Croix salvatrice paulinienne.

 

Je sais bien que dans ce scénario fortement émotionnel certains trouvent consolation et espoir, même si je ne vois pas bien de quelle culpabilité il est nécessaire pour eux d’obtenir un rachat. Mais que penser de vouloir le mimer et le mettre en scène ?

 

Cette tendance est de tout temps et de tous lieux, depuis les Flagellants chrétiens médiévaux jusqu’aux fidèles de l’islam chiite qui tous les ans à Kerbala en Irak commémorent par des actes d’auto-flagellation le martyre de l’imam Hussein, petit-fils du prophète Mahomet.

 

Mais la foi, quelle qu’elle soit, a-t-elle besoin pour se prouver et conforter de s’extérioriser en manifestations visibles ? Souvenons-nous de la parole de Jésus à Thomas : « Parce que tu m’as vu, tu as cru ; bienheureux ceux qui croient sans voir. » (Jean, 20/29)

 

[v. Barbarie]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 9 mai 2019

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages