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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 01:01

Il fleurit aujourd’hui un peu partout, et sa mode est nouvelle chez nous. Dans d’autres cultures que la nôtre, spécialement dans les peuplades dites primitives, il est une norme obligatoire. Les motifs en sont magiques ou religieux, et dans ce monde-là on ne conçoit pas que puisse exister quiconque n’est pas tatoué. Chez nous, pendant longtemps le tatouage était réservé à une minorité de marginaux : bandits, pirates, bagnards, etc. Mais maintenant ce n’est plus le cas : il concerne tout le monde.

 

La raison de se faire tatouer cependant n’est pas la même que chez les peuplades que je viens d’évoquer : elle n’est plus religieuse, mais esthétique. L’évolution d’ailleurs est la même que pour l’Art en général : on est passé de formes soumises à une croyance (art sacré, puis religieux), à des formes autonomes, intéressant pour elles-mêmes. L’Art au sens moderne du mot est né chez nous de la mort des dieux. On a pris la surface seule comme essentielle, vérifiant en un sens ici le mot de Valéry : « Ce que l’homme a de plus profond c’est sa peau. »

 

Peut-on tout de même tout se permettre ? Cela n’est pas sûr. Ainsi Sylvain, tatoué de la tête aux pieds et considéré comme l’homme le plus tatoué de France, est professeur des écoles en Essonne. Mais son look atypique déplaît à des parents d’élèves qui lui reprochent de « faire peur aux enfants ». Et il est menacé de ne plus pouvoir exercer dans les classes de maternelle par l’inspection académique. (Source : ouest-france.fr, 22/09/2020, avec photo de l’intéressé)

 

Il assure que les parents qui se plaignent sont des parents d’enfants qu’il n’a pas en classe, et qu’au contraire avec les parents de ses propres élèves tout se passe bien. Cela vérifie ce que je pense depuis longtemps : l’on a plus peur de ce qui est éloigné que de ce qui est proche. « De loin, c’est quelque chose, et de près ce n’est rien », dit La Fontaine dans « Le Chameau et les bâtons flottants »).

 

Aussi il faudrait, si du moins c’est possible vu leur âge, interroger les enfants eux-mêmes sur la peur qu’on suppose être la leur. Peut-être sont-ils au contraire fascinés, et pourquoi pas émerveillés par une créature si fantastique, semblant tout droit sortie des Contes de fées, et se penchant sur eux. Qui sait ?

 

Et alors la peur apparaîtrait pour ce qu’elle est : une projection que font les parents eux-mêmes sur leurs propres enfants. Ce phénomène est très fréquent, et peut se résumer par ce que dit souvent une mère à l’adresse de son enfant : « Mets ton pull, j’ai froid ! ». Autrement dit ici : « J’ai peur, donc tu dois avoir peur ! » Voyez de la même façon ce que dit Sartre dans Les Mots : « Un enfant, ce monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets. » Cette sollicitude en réalité encombrée de projections est une mauvaise façon d’aimer, comme je l’ai souligné dans mon livre Savoir aimer – Entre rêve et réalité (éd. BoD, 2020).

 

Je ne sais quel sera le sort final de Sylvain. Mais je pense qu’avant d’exclure il faut au moins réfléchir, ne pas se laisser submerger par les émotions, et ce quelle que soit la décision qu’enfin l’on sera amené à prendre.

 

Cliquer sur l'image - D.R.

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

Notez qu'ils sont aussi tous commandables en librairie, et sur les sites de vente en ligne (Amazon, Fnac, etc.).

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22 septembre 2020 2 22 /09 /septembre /2020 01:01

Elle fait désormais l’objet d’une taxe, depuis le 1er août, dans la ville d’Eskilstuna, dans l’ouest de la Suède. Toute personne qui mendie devra payer un permis de mendicité. Pour ce permis de trois mois, il faut débourser 250 couronnes suédoises, soit environ 23 euros. Sans lui, la mendicité est passible d’une amende de 4000 couronnes, soit environ 372 euros. En une semaine, huit permis ont été validés selon le site suédois SVT (Source : huffingtonpost.fr, 06/08/2019)

 

Évidemment cette mesure a suscité des critiques. Déjà on ne voit pas comment les mendiants, qui n’ont pas de quoi vivre, pourraient payer ce permis. Simplement on leur inflige une double peine, en ajoutant à leur misère l’obligation de l’acheter. Ensuite certains redoutent que des gangs criminels le paient à leur place avant de rançonner les intéressés et de leur demander des remboursements faramineux. C’est effectivement une possibilité.

 

Mais je crois que là n’est pas le principal grief qu’on peut faire à cette initiative. Son but est de normaliser la mendicité en la bureaucratisant. Et on veut la réguler de cette façon jusqu’à finalement la faire disparaître, quand les mendiants n’auront pas de quoi payer leur permis et ne pourront payer l’amende.

 

L’intention est peut-être bonne. Mais on ne voit pas comment cette mesure visant à les recenser pourrait « conduire les personnes concernées à entrer en contact avec les services sociaux et les autorités locales », comme le dit le conseiller social-démocrate de la ville.

 

Méfions-nous des projets philanthropiques. Il faut bien en voir l’hypocrisie. On connaît l’ouvrage généreux De l’extinction du paupérisme de Louis-Napoléon Bonaparte, publié en 1844. Mais ensuite le régime du Second Empire n’a pas hésité à massacrer des pauvres à l’occasion d’émeutes, comme cela est dénoncé dans beaucoup de poèmes des Châtiments de Victor Hugo. Ce fut là une singulière façon d’éteindre le paupérisme !

 

Singulier de la même façon est le modèle social suédois. Au lieu de se demander d’où vient le dénuement des personnes, et comment on pourrait les aider, on prend acte de leur présence dans un corps social qui fondamentalement les rejette, et on invente un dispositif qui vise à leur disparition. Aucune pitié ou compassion ici. Simple cynisme administratif, et égoïsme foncier.

 

Mais on ne fait pas tomber la température en cassant le thermomètre.

 

D.R.

 

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18 septembre 2020 5 18 /09 /septembre /2020 01:01

En mini-jupe, décolleté provoquant ou nombril apparent (crop top), répondant à un appel sur les réseaux sociaux, des lycéennes et collégiennes ont manifesté lundi 14 septembre contre la « tenue correcte » exigée par les règlements des établissements, qu’elles estiment sexistes. Elles ont réclamé le droit de s’habiller comme elles le veulent, et Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté et ex-ministre à l’Égalité femmes-hommes les a soutenues dans un tweet : « En tant que mère, je les soutiens avec sororité et admiration. » (Source : nouvelobs.com, 14/09/2020)

 

Je trouve non seulement que cette initiative n’a rien à voir avec ce que devrait être un vrai féminisme, mais qu’elle est aussi extrêmement imprudente. Elle témoigne d’une ignorance totale du fonctionnement masculin. Ce dernier est basé essentiellement sur la vue. Si pour la femme par exemple le toucher est important (le pôle haptique), pour l’homme c’est l’optique qui domine, ou ce qu’on appelle la « pulsion scopique ». Il y a là une différence anthropologique fonda­mentale.

 

À partir de là, il est absurde de vouloir une parfaite identité d’habillement entre les sexes. Les seins féminins par exemple ont pour l’homme un pouvoir érotique indéniable, et vouloir pour une femme se promener poitrine nue en arguant du fait que l’homme le fait aussi est méconnaître la différence essentielle des deux situations. On sait que les Femen ont fait de cette initiative leur étendard. Mais on ne peut pas banaliser la nudité féminine au même titre que la masculine.

 

Voici comment s’exprime une lycéenne de Terminale : « On en a marre que ce soit à nous de nous changer, de nous couvrir. C’est au regard des hommes de changer, ce n’est pas à nous de nous adapter. Ce mouvement, c’est une forme de rébellion face au règlement imposé par le patriarcat. »

 

Mais les hommes peuvent-ils changer toujours leur regard ? Je sais bien que comme dit l’Évangile l’impureté est dans le regard, et non dans la chose regardée (Matthieu 6/22 ; Luc 11/34). Dans l’absolu, rien du plus juste que cela. Mais aussi il faut être réaliste, et avoir ici une certaine prudence : que gagne-t-on à provoquer le Diable ?

 

Une autre lycéenne résume sa position ainsi : Nos tenues ne sont pas le problème. Le problème, c’est le harcèlement, les agressions et les viols. » Mais si ces derniers étaient favorisés précisément par les premières ?

 

Je viens de citer l’Évangile. À côté de celle concernant la pureté du regard, une autre sentence s’y trouve, et que devraient ici méditer nos provocatrices : « Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute ! » (Matthieu 11/6)

 

Appel à manifester, journée lycéenne du 14 septembre 2020 (D.R.)

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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