21 février 2017
2
21
/02
/février
/2017
02:01
La Confédération nationale des associations familiales catholiques, qui assignait le site de « Rencontres extraconjugales » Gleeden au motif que ce dernier faisait l’apologie de l’infidélité et de l’adultère, a été déboutée par le Tribunal de grande instance de Paris. L’association estimait que Gleeden violait l’article 212 du Code civil. Celui-ci dispose que « les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance » (Source : Lefigaro.fr., 09/02/2017)
Le tribunal a estimé que cette obligation de fidélité n’était pas absolue, et supportait plusieurs cas dérogatoires. Il a cité deux exemples : celui des couples libertins, qui « se sont déliés d’un commun accord de cette obligation », et celui où « l’infidélité d’un époux peut être excusée par le comportement de l’autre ». Il a donc estimé que l’obligation de fidélité était une affaire privée, ne concernant que les époux eux-mêmes : eux seuls ont qualité, faute d’accord, pour saisir la justice qui distinguera les cas.
J’approuve tout à fait la sagesse de ce tribunal. Enfin on cesse d’invoquer un principe sacrosaint, qui serait valable pour tous, sans exception ! Enfin on reconnaît les droits de chaque individu, face à une Transcendance sociale (la supposée « défense de la famille ») qui ferait bon marché de la liberté que chacun doit avoir de discuter avec son partenaire ! L’avocate de Gleeden a salué « la victoire de la liberté d’expression sur les bigots animés d’une volonté de censure. » Mais les bigots en question ne s’avouent pas vaincus, et ont l’intention de faire appel du jugement. À suivre donc...
On verra dans mon article Fidélité (Golias Hebdo, n°374), ce que je dis de cette notion, qui ne consiste pas forcément à ne pas tromper son partenaire, mais à tâcher de le rendre heureux ou heureuse. Être fidèle à quelqu’un n’est pas seulement ne pas lui être infidèle, et il y a des « fidélités » qui sont des enfers à vivre, quand on les jette constamment à la tête de celui ou celle qu’on ne cesse de tourmenter par ailleurs.
Published by www.michel-theron.fr
-
dans
Chroniques de Golias Hebdo (Actualité)
17 février 2017
5
17
/02
/février
/2017
02:01
Le nouveau président des États-Unis se caractérise par le déni des faits exacts et avérés, face auxquels il a construit l’étrange concept de « vérités alternatives ». Ainsi s’agissant du nombre de personnes ayant assisté à son investiture, dont la presse a bien souligné, photos à l’appui, qu’il était nettement inférieur à celui ayant assisté à celle du précédent président, son porte-parole a soutenu que la foule constituait « la plus large audience à avoir jamais assisté à une investiture – point final. » (Source : Courrierinternational.com, 23/01/2017)
On notera le côté péremptoire de ce bel exemple de « vérité alternative », ou de « fait alternatif » : la déclaration se termine par l’adverbe anglais Period (« Point final »), qui ne manifeste pas beaucoup de doute par rapport à son contenu. Bref, nous voilà dans un monde d’affirmations autosuffisantes, qui renvoient à une mentalité et un climat essentiellement psychorigides et paranoïaques, marqués par le « complotisme » : « La presse m’en veut depuis toujours, qui n’est pas avec moi est contre moi, etc. » C’est dans ce monde ou cet « univers alternatif » que s’est construite toute la campagne de Trump, et dans lequel vivent ses partisans.
Les conséquences de cette désinformation généralisée sont catastrophiques. Ainsi pour la communauté scientifique, que l’on va censurer quand elle souligne le réchauffement du climat : le prendre en compte coûterait trop cher, a dit notre président. Ou bien pour le monde de l’éducation, où l’on va imposer là encore comme « vérité alternative » l’enseignement du créationnisme, etc.
Au compte des faits, on va substituer des contes de fées. Je ne sais au fond si cet homme croit à ce qu’il dit. Peut-être est-il plus habile que fou. Car il a bien compris ce qu’il fallait faire pour être élu. Aux vérités dérangeantes, on préfère des illusions consolantes. Comme le dit La Fontaine : « L’homme tourne en réalités / Autant qu’il peut ses propres songes. / Il est de glace aux vérités : / Il est de feu pour les mensonges. »
Investiture de Trump (à gauche) et d'Obama (à droite) - D.R.
Published by www.michel-theron.fr
-
dans
Chroniques de Golias Hebdo (Actualité)
7 février 2017
2
07
/02
/février
/2017
02:01
La mésaventure de l’actuel candidat de la droite aux prochaines élections présidentielles doit nous faire réfléchir sur la différence entre ce qui est légal et ce qui est légitime. Ce n’est pas parce que, peut-être, on n’a rien fait d’illégal, que ce qu’on a fait (ou en l’occurrence ce qu’on a oublié de faire faire) est légitime d’un point de vue moral. Sous Vichy, il était légal d’obéir au gouvernement en place. Mais était-ce une raison pour le faire, en faisant taire sa conscience ? On sait assez, depuis l’Antigone de Sophocle, que les lois en place, les « lois écrites », ne correspondent pas toujours aux lois « non écrites » de la conscience individuelle, et que peut bien se trouver légitimée l’insurrection de la seconde face aux premières.
Que les pratiques qu’on reproche à notre candidat soient aussi le fait de maints acteurs politiques n’est en aucune façon une excuse. Nul ne peut se prévaloir, dit l’adage juridique, de sa propre turpitude. Et aussi, dit un autre adage, l’abus ne supprime pas l’usage (abusus non tollit usum).
On ne peut pas non plus se défendre, devant des accusations, en se contentant de dénoncer d’où elles peuvent venir. La question est simplement de savoir si elles sont fondées, ou non. Cela me fait penser aux discussions des assemblées post-soixante-huitardes, où souvent l’on s’occupait moins de savoir si un intervenant avait raison, mais « d’où » il parlait, de qui il était le « sous-marin ». Il y avait là un terrorisme intellectuel certain.
Pour connaître vraiment un homme, il faut juger non ce qu’il dit, mais ce qu’il fait. Le fond de la question ici est que, si se perd en démocratie cette « vertu » qui selon Montesquieu en est la base, la République n’est plus qu’une « dépouille », et le civisme ou sentiment du bien public disparaît, au profit du déchaînement des intérêts particuliers. Beaucoup d'hommes politiques, qui devraient pourtant être exemplaires, voient leurs avantages comme des privilèges dont ils peuvent user à leur gré. Et au lieu de servir, ils se servent.
Published by www.michel-theron.fr
-
dans
Chroniques de Golias Hebdo (Actualité)