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17 juin 2020 3 17 /06 /juin /2020 01:01

Le MEDEF, syndicat patronal, vient de demander au gouvernement d’accélérer le déconfinement des entreprises, de donner le signal d’un « retour à la normale », et d’inciter les Français à « retourner travailler et à consommer » (Source : medef.com, 10/06/2020).

 

À voir les formulations utilisées, on peut conclure que pour le MEDEF le travail n’a d’autre but que de permettre la consommation. Ce qui lui semble « normal » me semble au contraire inadmissible. En effet il peut y avoir au travail d’autres buts que la consommation : un épanouissement dans la créativité, un sens du bien public, d’une insertion nécessaire dans une communauté à laquelle chacun doit apporter sa quote-part, etc. Pourquoi résumer le travail à l’acquisition de biens ? Il peut être l’occasion de nouer des liens, dont la valeur n’est pas quantifiable, et de faire œuvre commune. Pensons aux Congrégations ouvrières, aux Compagnons du devoir, aux Meilleurs ouvriers de France, etc. La motivation n’en est pas toujours l’intérêt financier. Ce peut être le sens trouvé dans ce qu’on fait, et l’image gratifiante de soi qu’on peut trouver dans le devoir accompli. Par exemple ceux qui vont restaurer Notre-Dame à Paris en tireront une fierté bien légitime, pour s’être unis à tant de générations qui au long des siècles passés ont œuvré pour l’édifice. Ce n’est pas pour eux un simple moyen de « consommer » !

 

L’avertissement du MEDEF est d’un terrifiant matérialisme, en ce qu’il explique le supérieur par l’inférieur. Il oublie que dans le monde du travail la considération et le sens trouvé importent autant, sinon plus, que le montant de la feuille de paie. Aussi important que le burn out, l'épuisement au travail, est le bore out, l'ennui éprouvé au travail par le manque de sens qu'on y trouve. Et ce n’est pas la consommation matérielle qui rend heureux.

 

En plus, c’est ne pas respecter les gens que d’en faire de simples agents pour faire marcher l’économie. C’est les traiter, au rebours de ce que dit Kant, comme des moyens, et non pas comme des fins. Ils sont comme ces moutons soumis et aliénés qu’on voit au début des Temps modernes de Chaplin. En fait, comme le sabbat dans l’Évangile, l’économie doit être faite pour l’homme et non pas l’homme pour l’économie. Surtout quand on voit à quelles catastrophes écologiques ce fonctionnement emballé conduit. On parle beaucoup en cette période de déconfinement du « Monde d’après ». Eh bien, souhaitons qu’il soit, au rebours de ce que dit le MEDEF, celui d’une vie plus frugale et plus épanouie, pratiquant une déconsommation !

 

Les Temps modernes (Chaplin) - D.R.

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

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5 juin 2020 5 05 /06 /juin /2020 01:01

C’est un type de gouvernement émanant directement de Dieu, dont les dirigeants tirent leur pouvoir. On pourrait le croire étroitement circonscrit à quelques pays, mais il peut en exister des traces dans un régime démocratique même. C’est à quoi j’ai pensé en voyant à la télévision le président états-unien brandissant une Bible à quelques pas de la Maison Blanche, devant une chapelle incendiée la veille par des manifestants : ces derniers protestaient à la suite de la mort par étouffement d’un afro-américain, causée par un policier.

 

J’ai été frappé par l’absence totale dans la bouche du président de la moindre parole d’excuse, ou tout au moins de compassion. Bien plutôt il considère comme normal que les armes de la police parlent quand on dévalise les magasins, il ne cesse de tweeter Law and Order (Loi et Ordre), et il a même menacé de faire intervenir l’armée pour mettre fin aux manifestations, au risque de créer une guerre civile dans son propre pays. Bref il fait comme si ce qui s’est passé n’avait pas eu lieu. En fait cela n’est pas grave pour lui, car il tire son pouvoir de Dieu, il a la Bible, qu’il brandit comme un étendard.

 

L’a-t-il lue seulement ? Sait-il que les Prophètes dans cette même Bible critiquent constamment l’injustice sociale et la morgue des puissants ? Et d’autre part s’il sacralise la Bible, s’il croit à son inerrance (qu’elle ne se trompe pas), oublie-t-il que si on réfléchit un peu on voit bien que la Bible n’est pas le livre de Dieu, mais le livre d’hommes parlant de Dieu ? Elle n’est pas un étendard pour se protéger, mais un recueil d’expériences humaines à méditer.

 

Je pense bien sûr qu’il n’a pas pensé si loin, et que cet épisode a été le résultat d’une mise en scène bien calculée, pour se montrer comme un dirigeant en quelque sorte de droit divin, et pour flatter le conservatisme effrayé de ses supporters, en vue de sa prochaine réélection.

 

En vérité, cette collusion entre le pouvoir temporel et la religion n’est pas étonnante en un pays qui ignore la différence entre Dieu et César, âme même de la laïcité, où le président jure sur la Bible lors de son entrée en fonctions, et où même la croyance en Dieu est lisible jusque sur les billets de banque (In God we trust). De là au « Dieu est avec nous » (Gott mit uns) des nazis, la transition pourrait être naturelle. C’est un terreau extrêmement dangereux qui permet toutes les instrumentalisations.

 

D.R.

 

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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 01:01

C’est le recours habituel de ceux qui souffrent de faits ou de situations qu’ils ne peuvent soumettre au contrôle de la froide raison. Aveuglés par leurs affects, ils imaginent un ou des ennemis extérieurs, justifiant ce qui arrive. Cette tendance est de tout temps, mais elle a été réactualisée récemment par un groupe de prélats catholiques, pour qui les mesures sanitaires actuelles prises par les États sont un prétexte pour limiter « d’une manière disproportionnée et injustifiée les libertés fondamentales, y compris l’exercice de la liberté de culte. » Elles annonceraient la venue d’un État totalitaire, qui voudrait « créer la panique parmi la population dans le seul but d’imposer de façon permanente des formes de limitation inacceptables de la liberté, de contrôle des personnes (…), prélude inquiétant à la création d’un gouvernement mondial hors de tout contrôle. » (Source : lemonde.fr, 09/05/2020)

 

Ce conspirationnisme ecclésial s’explique évidemment par la nostalgie d’un pouvoir perdu, un cléricalisme forcené, qui n’admet pas la déchristianisation et la sécularisation actuelles de la société. Pour ces prélats il s’agit tout simplement de « choisir son camp : avec le Christ, ou contre le Christ. » On en sourirait, si cette attitude maximaliste et exclusiviste n’était pas malheureusement autorisée par certaines paroles qu’on a mises dans la bouche de ce dernier. Ainsi : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui ne rassemble pas avec moi disperse. » (Matthieu 12/30) Ou encore : « C’est moi qui suis le chemin, la vérité et la vie. On ne vient au Père qu’en passant par moi. » (Jean 14/6)

 

Au lieu de s’interroger sur les raisons d’une désaffection des fidèles, qui peut tenir pour une part au maximalisme des paroles susdites, les prélats ont préféré se créer un ennemi invisible, dont ils s’imaginent être les victimes. Se croire persécuté est le propre d’un esprit paranoïaque. Ce trait s’ajoute ici à une psychorigidité naturelle, pour former une situation gravement pathologique.

 

Mais le plus inadmissible est l’irresponsabilité de leur discours. Ils ont revendiqué de pouvoir célébrer la messe à leur guise, l’État n’ayant « pas le droit de s’ingérer, pour quelque raison que ce soit, dans la souveraineté de l’Église » et donc d’interdire ou de limiter le culte public. De combien de morts alors seront-ils responsables, par des messes célébrées avec des églises pleines ?

 

D.R.

 

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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