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21 octobre 2018 7 21 /10 /octobre /2018 01:01

Nous venons à peine de terminer nos vacances d’été, que déjà on nous propose des destinations pour celles de Toussaint, voire celles de Noël. J’ai pensé alors à la belle formule d’Angelus Silesius, dans Le Pèlerin chérubinique : « Arrête-toi, où veux-tu encore aller ? Le ciel est à l’intérieur de toi. Si tu le cherches ailleurs, jamais tu ne le trouveras. » (I, 82)

 

Je regrette beaucoup la fin de l’intériorité chez nos contemporains. Ils comblent leur vide intérieur par des voyages incessants. À eux s’applique le conseil de Sénèque à Lucilius : « Tu fuis avec toi-même. C’est d’esprit que tu dois changer, non de ciel (Tecum fugis. Animum mutare, non caelum) ». En fait le vrai ciel, le ciel spirituel, c’est en soi qu’on le trouve, par le recueillement immobile.

 

Je pense aussi à la demande du Notre Père concernant le Royaume ou le Règne : c’est à lui de venir en nous, et non à nous d’y aller. On lit plus loin : « Comme au ciel, ainsi sur la terre ». L’ordre des mots est très important : si le ciel est ainsi mis en premier, c’est qu’il doit descendre en nous, et que notre vie dès maintenant peut être céleste. Mais quand on traduit chez nous par inversion des termes : « Sur la terre comme au ciel », on fait de la terre une simple antichambre du ciel, vers quoi on nous invite à aller. Bossuet comprenait : « Que ce qui se commence ici, s’achève là ! » Mais à quoi sert de se déplacer, si la destination est déjà présente ?

 

En vérité, le Royaume est « à l’intérieur de vous », comme le dit l’évangile de Luc (17/21), malgré toutes les traductions faussées qu’on fait de ce passage (« parmi vous », etc.), en faisant passer l’idéologie avant la philologie. Tant l’intériorité fait toujours peur, et tant on préfère l’attente des choses toujours différée à la possibilité de leur présence immédiate ! C’est bien lâcher la proie pour l’ombre.

 

Les agents de voyages ne comprendront pas grand-chose à ces considérations. Laissons-les à leurs mercantiles calculs. Et rassurons ceux qui attendent de l’extérieur ce qui jamais n’arrivera. Car que peut-il arriver qui ne naisse pas de nous-mêmes ?

 

D.R.

 

***

 

Pour un développement des idées contenues dans cet article, on peut se reporter à mon ouvrage La Source intérieure, préfacé par André Gounelle :

 

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9 octobre 2018 2 09 /10 /octobre /2018 01:01

Je viens de lire des extraits de l’exhortation apostolique papale Amoris laetitia (la joie de l’amour), datée du 19 mars 2016. Ce qui m’a frappé est une formule concernant l’amour conjugal. Il est, dit le pape François, « la plus grande des amitiés » (Source : lepelerin.com, 06/02/2018).

 

L’expression peut paraître paradoxale, puisque depuis le romantisme au XIXe siècle nous sommes habitués à ce qu’on appelle le « mariage d’amour » (love marriage), c’est-à-dire reposant sur la passion. Mais à la réflexion elle me semble juste. Je laisserai ici le cas du mariage, qui personnellement ne me semble pas obligatoire pour connaître le vrai amour, pour m’en tenir à cette notion d’« amitié ».

 

Elle me semble en effet tout à fait apte à caractériser l’amour mature, profond et fécond, en opposition avec l’amour de type adolescent, passionnel, qui n’est pas l’amour de quelqu’un en particulier, mais l’amour de l’amour lui-même, l’état consistant à être amoureux et à s’y complaire, bien différent de l’intérêt porté à l’autre et de la sollicitude active où mène l’amour véritable.

 

On reconnaîtra là la différence entre éros, ou amour de désir, et agapè, ou amour de don. Une grande importance est donnée dans l’exhortation papale à l’échange verbal, au dialogue. En effet, une fois le désir assouvi, que faire ? Beaucoup, hélas ! n’ont rien à se dire alors. Et c’est là qu’intervient l’amitié : un ami est quelqu’un à qui on parle.

 

Je ferais simplement une petite réserve ici. Les thuriféraires d’agapè, comme Denis de Rougemont dans L’Amour et l’Occident, condamnent totalement éros. Ils oublient cependant qu’en grec moderne agapè cumule les deux notions. Que les prestiges de la passion continueront toujours à passionner. Que quand on aime vraiment quelqu’un on peut parfois, fugitivement, regretter de ne plus en être amoureux. Faisons donc en sorte que dans l’amour vrai, l’amour-amitié, restent des traces ou des vestiges de l’amour-passion. Méditons la fin de Philémon et Baucis de La Fontaine : « L’amitié modéra leurs feux sans les détruire / Et par des traits d’amour sut encor se produire. »

 

D.R.

 

***

 

Nota : Ce texte est aussi publié en volume. Retrouvez-le, avec toutes mes chroniques revues et enrichies, réunies sous forme de livres édités chez BoD en version papier et en version électronique, et constituant une collection de plusieurs tomes :

 

 
 
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1 octobre 2018 1 01 /10 /octobre /2018 01:01

Il est très facile à trouver, selon notre président. Ainsi à un horticulteur au chômage il vient de dire lors des dernières journées du patrimoine dans les jardins de l’Élysée : « Du travail, je traverse la rue, je vous en trouve. » Il lui a conseillé de se reconvertir dans l’hôtellerie, la restauration ou le bâtiment. Et il a ajouté : « Ils veulent simplement des gens qui sont prêts à travailler. Avec les contraintes du métier. » (Source : m.leparisien.fr, 16/09/2018)

 

Autrement dit, si les gens restent chômeurs, c’est qu’ils ne veulent pas travailler à n’importe quel prix : c’est donc de leur faute. Le président ne s’est pas interrogé sur le déclassement manifeste que présente le fait d’accepter n’importe quel métier, par rapport à la formation qu’on a reçue et aux compétences que l’on possède. Non, le meilleur moyen de faire baisser la courbe du chômage est de faire que les chômeurs acceptent tout emploi qui leur est proposé, indépendamment de leurs souhaits et de leur valeur personnelle.

 

On reste sidéré devant tant de morgue et de dédain pour les gens en difficulté. Cela cadre parfaitement d’ailleurs avec ses propos antérieurs sur le « pognon de dingue » des aides sociales, ou les « Gaulois réfractaires ». Le rôle d’un président est pourtant d’unifier la nation, et non pas de la diviser par des anathèmes qui procèdent d’un évident mépris de classe.

 

La moindre des choses quand on travaille, me semble-t-il, est d’y trouver une gratification, souvent moins pécuniaire d’ailleurs que morale. Quelle reconnaissance rencontrera celui à qui on a imposé un travail qui ne lui convient pas ? Quel plaisir aura-t-il de le faire, et quel épanouissement ? Quelle image de soi aura-t-il ? On peut bien lui dire qu’il faut faire marcher l’économie, de toute façon. Mais peu lui importe, si pour ce qui le concerne sa propre dignité est bafouée. C’est au travail de le servir, et non à lui d’en être l’esclave. On peut dire du travail ce que l’Évangile dit du sabbat : Le travail est fait pour l’homme et non pas l’homme pour le travail.

 

D.R.

 

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Nota : Ce texte est aussi publié en volume. Retrouvez-le, avec toutes mes chroniques revues et enrichies, réunies sous forme de livres édités chez BoD en version papier et en version électronique, et constituant une collection de plusieurs tomes :

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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