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5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 01:01

Elle est en soi une bonne chose, mais poussée trop loin elle devient problématique. Ainsi le groupe L’Oréal a décidé de retirer certains mots comme « Blanc », « Blanchissant », « Éclaircissant » de tous ses emballages de produits cosmétiques, dans un contexte mondial de manifestations anti-racistes consécutives à la mort récente de George Floyd, un Afro-Américain asphyxié par un policier blanc à Minneapolis (Source : fr24news.com, 28/06/2020).

 

En fait une recherche sur Internet m’a convaincu que ce sont bien les noms des produits, et non pas ces derniers eux-mêmes, qui vont être supprimés. On aurait pu penser que si des produits blanchissant la peau s’avéraient dangereux pour elle, il était normal de les supprimer. Mais non, on se contente ici de supprimer leur nom, et on garde le produit, avec évidemment le profit qu’il procure.

 

Or on ne change pas les choses en changeant ou en supprimant leur nom. Ces pudeurs effarouchées ont une grande part de ridicule. Ainsi le mot « nègre », l’expression « tête de nègre » désignaient jadis une couleur, et « parler petit nègre » un certain type d’élocution. On n’y voyait pas malice, et aussi on avait pour soi toute la littérature. Ainsi Montesquieu dans L’Esprit des lois parle de « l’esclavage des nègres » pour critiquer l’esclavage ; Voltaire dans Candide parle du « Nègre de Surinam » pour le faire prendre en compassion ; Rimbaud dans Une saison en Enfer s’écrie : « Je suis nègre ! » pour en revendiquer la condition ; et plus près de nous Jean Genet, non suspect pourtant de racisme, écrit Les Nègres.

 

On objectera que cette aseptisation systématique du langage à laquelle on assiste aujourd’hui obéit peut-être à une bonne intention. Mais on sait que l’Enfer en est pavé, et de telles mesures peuvent produire des effets pervers insoupçonnés. Ainsi la communication de L’Oréal proscrivant le mot « Blanc » de ses emballages a produit  une levée de boucliers et été jugée « racialiste » sur les réseaux sociaux, dans beaucoup de milieux de droite et d’extrême-droite (Source : Journal de 19 H, France Inter, 28/06/2020).

 

Ainsi par un effet boomerang la mesure s’est retournée contre son promoteur. Posant problème, elle a connu son châtiment. Angélique ou hypocrite, il aurait mieux valu ne pas la prendre, pour éviter ce déchaînement. En général et de toute façon tout le monde sait que la pire corruption est celle du meilleur – Corruptio optimi pessima.

 

D.R.

 

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Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

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29 juin 2020 1 29 /06 /juin /2020 01:01

Pendant la crise du coronavirus, les recherches faites sur Google pour le mot-clé Prière ont explosé : 50% de hausse entre février et mars 2020, un score jamais atteint et un phénomène global répertorié dans 95 pays. Les recherches provenaient majoritairement d’internautes chrétiens et musulmans (source : Réformés.ch, 22/06/2020.

 

Manifestement la prière dont il est question dans ce contexte ne peut être une prière de louange ou de remerciement, une prière eucharistique, mais au contraire une prière de demande, une rogation. Elle renvoie à la religion conçue comme contrat synallagmatique, alliance entre Dieu et les hommes, pacte conclu pour les juifs et les chrétiens sur le Sinaï : j’échange mon obéissance contre ta protection et ta récompense, et inversement si je te désobéis tu es fondé à me punir. Une catastrophe survient-elle, comme la crise sanitaire actuelle ? J’en cherche alors la cause dans une culpabilité de ma part, un manquement au contrat, en vertu du principe de rétribution. Et j’implore la grâce de celui qui l’a permise et envoyée.

 

Je pense que cette vision maintient l’homme dans une éternelle enfance. D’une part la crise actuelle n’est pas un châtiment de Dieu, mais un effet de la folie des hommes, qui ne doivent pas s’exonérer ici de leur responsabilité. Le virus est venu d’animaux sauvages au contact desquels l’homme s’est trouvé à cause des déforestations qu’il a pratiquées.

 

D’autre part la prière chrétienne majeure enseignée par Jésus contient un fiat !, un acquiescement à ce qui arrive, invalidant toute demande personnelle : « Que ta volonté soit faite ! » Combien de fidèles en priant remplacent cette parole par un implicite « Que ma volonté soit faite » ! Or il y a bien des cas dans la vie (ce n’est certes pas celui du coronavirus) où l’acquiescement est supérieur à la lutte.

 

Le schéma susdit est clair, et renvoie religion à lien. C’est effectivement une des étymologies possibles de ce mot (religare, relier). Mais ce n’est pas la seule possible, et je plaiderai ici pour une seconde, autorisée par le grand Cicéron. Religion renverrait à relegere, accueillir et relire. À mon avis il est bien meilleur d’accueillir et de revisiter les textes que l’on nous a inculqués de façon injonctive, de faire le tri entre eux, et de voir dans certains des scénarios de vie ou de vivification façonnant l’homme pour qu’il ressemble à l’homme.

 

D.R.

 

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Pour un réexamen de la religion-lien, cliquer sur :

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23 juin 2020 2 23 /06 /juin /2020 01:01

Après la mort de George Floyd, citoyen américain noir tué par un policier blanc à Minneapolis, les manifestations se sont multipliées dans le monde entier, et parmi elles certaines visant à effacer les traces historiques du passé colonialiste et raciste de l’Occident. Des statues ont été retirées ou détruites, telles celle à Anvers du roi Léopold II, le conquérant du Congo dans le sang, ou aux États-Unis celle de Christophe Colomb, au titre du génocide amérindien. D’autres demandes se font chaque jour, dans le même but.

 

Il est curieux qu’au nom de la mémoire même des victimes on veuille effacer celle de leurs bourreaux. J’entends bien qu’on veut par là refuser d’honorer ces derniers en rappelant leurs noms, mais que gagnera-t-on à les faire sombrer dans l’oubli ? On ne sera pas plus avancé quand on ne s’en souviendra plus. Ce n’est pas en supprimant l’image d’un raciste qu’on fera disparaître le racisme : il est en nous, tapi au fond de nous-mêmes, et il faut lui faire face. L’aveuglement n’est pas une solution.

 

Songeons à l’autruche, qui cache sa tête quand elle est en danger, pour ne pas voir ce dernier. Pas plus qu’il ne faut balayer la poussière sous le tapis, on ne fait pas tomber la fièvre en cassant le thermomètre. Ce qu’on ne veut pas voir existe tout de même, et peut se reproduire si l’avertissement du passé n’en est plus perçu. « Ceux qui ne se souviennent pas du passé, disait Santayana, sont condamnés à le revivre. »

 

La mesure prise par la ville de Bordeaux d’apposer, dans ses rues portant le nom de négriers, des plaques racontant l’Histoire et rendant hommage aux victimes, est une mesure bien préférable au simple effacement de leur nom. La mémoire est une blessure, et sa cicatrisation n’implique pas l’oubli, mais au fil du temps la réflexion informée, qui doit succéder au réflexe immédiat. Plutôt que détruire, il faut conserver et comprendre, c’est-à-dire contextualiser, et distinguer ainsi dans ce qu’on refuse l’essentiel de l’accessoire.

 

Le zèle iconoclaste veut toujours détruire en bloc, comme il se voit dans les mouvements révolutionnaires, aussi bien celui de notre Révolution en 1789, que celui de la révolution bolchevique. Mais il est naïf, angélique et finalement dangereux de vouloir s’affranchir totalement du passé. « Du passé faisons table rase ! », dit l’Internationale. Mais le cauchemar succède vite à l’Avenir radieux, et à l’utopie, la dystopie. Puissent nos nouveaux insurgés y réfléchir !

 

D.R.

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Voir aussi :

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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