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22 août 2020 6 22 /08 /août /2020 01:01

Dimanche 16 août, le thermomètre a atteint la température de 54,4°C aux États-Unis, dans le lieu nommé Furnace Creek (Ravin de la Fournaise), au cœur de la Vallée de la Mort. C’est la température la plus chaude relevée sur Terre depuis 1931.

 

Par association verbale, j’ai pensé aussitôt au verset 4 du Psaume 23, où le roi David dit en s’adressant à Dieu : « Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal car tu es avec moi. » Ce passage, qu’on cite souvent, m’a toujours impressionné par sa formulation (« la vallée de l’ombre de la mort »).

 

Comme aux États-Unis en ce moment, il y a aussi des canicules inhospitalières dans nos vies, où nous sommes abandonnés, brûlés comme dans une fournaise, désertés de l’amour par exemple et de toute tendresse : atmosphère sans vapeur d’eau. À nous donc d’y faire face, pensant que nous n’y sommes pas seuls, que quelqu’un marche à nos côtés : une parole est là qui nous le signifie.

 

Mais quel crédit lui faire ? Il dépend de nous. On peut penser qu’elle est ici performative. Qu’il suffit de l’écouter ou de la lire pour qu’elle fasse advenir ce qu’elle énonce, de façon thaumaturgique, comme par exemple celle que le centurion de l’Évangile demande à Jésus de prononcer pour opérer une guérison : « Parle par ta parole et mon enfant sera guéri. » (Matthieu 8/8)

 

Mais il faut y croire pour qu’elle agisse et réconforte. Elle n’a de force que par la confiance qu’on lui donne. Son pouvoir, comme d’ailleurs tout pouvoir et en tout domaine, dérive d’une foi, d’une créance accordée. L’attitude symbolo-fidéiste en religion résume cela : existe ce à quoi on croit.

 

« Je ne crains aucun mal car tu es avec moi »... Le croyant pense ici à une effective présence extérieure qui garantit sa foi. L’athée parlera ici d’autosuggestion, ou de « méthode Coué ». Mais l’agnostique, ou le croyant qui doute, pensera à une foi nécessaire mais toujours menacée : « Seigneur j’ai foi, viens au secours de mon manque de foi ! » (Marc 9/24)

 

Fragile est donc le secours, et précaire, c’est-à-dire obtenu par prière (latin precari, prier). On n’en est jamais sûr. Si l’on espère en lui, il ne dépend que de notre confiance, comme dit le mot Amen ! en hébreu. Si le secours divin n’est que « la récompense de ceux qui le cherchent » (Hébreux 11/6), puissions-nous, si nous en avons besoin, traverser avec lui la vallée de la mort et les canicules de la vie !

 

D.R.

 

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

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16 août 2020 7 16 /08 /août /2020 01:01

Je reçois régulièrement par Internet la lettre d’une église évangélique, dont le but évident est le prosélytisme. La dernière livraison est consacrée aux modalités de la Délivrance, euphémisme désignant ce qu’on entend chez nous par Exorcisme. On sait que ces rituels de délivrance se pratiquent régulièrement dans les assemblées évangéliques, ce qui n’est pas (ou plus) le cas au sein des églises tradition­nelles.

 

Il est bien spécifié dans le document que j’ai reçu que ces pratiques ont un fondement biblique. Ce qui est vrai, si on exploite dans ce sens les Psaumes du Premier Testament, ou les prophètes, dont beaucoup de passages servent de prières de délivrance, le fidèle s’adressant à Dieu pour le délivrer précisément des épreuves qu’il rencontre. Dans le Nouveau Testament, on connaît les passages où Jésus chasse les démons : c’est un de ses visages (à côté d’autres bien différents), celui d’un exorciste.

 

On pourra trouver hors d’âge et très primitives ces pratiques de guérisons collectives, proches des cérémonies du vaudou par exemple. C’est un fait qu’elles perdurent dans des sociétés même évoluées, comme Huysmans les a évoquées pour la fin du xixe siècle dans Là-bas, ou comme les cinéastes les ont incarnées au xxe : L’Exorciste, Rosemary’s baby. On n’est pas à l’abri, même au sein d’une civilisation agnostique et laïcisée, d’un retour de la mentalité primitive : si grandes sont la crédulité et l’infantilisation !

 

Pourtant la prière essentielle du chrétien, qui semble en regard si apaisée et humaine, contient bien elle aussi une demande de délivrance : « Délivre-nous du mal » (Matthieu 6/13 ; Luc 11/4). Et même certaines traductions optent ici pour : « Délivre-nous du Malin », ce qui est possible à partir du terme grec et de sa traduction latine. Dans ce dernier cas c’est bien du Diable qu’il est question, et de son combat éternel avec Dieu.

 

Il me semble tout de même que la traduction par le « mal » est moins dangereuse, car elle évite de donner au Diable une réalité physique, celle d’un être qu’il faut conjurer effectivement par l’exorcisme, en s’exposant à tous les psychodrames trauma­tisants que la procédure implique. Gardons le Diable comme symbole, et voyons-nous comme le lieu d’un combat où s’affrontent en nous les forces de vie et les forces de mort. Cela est à mon avis plus digne d’un être humain, qui n’y est pas vu comme le jouet passif de puissances extérieures à lui.

 

Séance de délivrance dans une église évangélique (Cliquer sur l'image) - D.R.

 

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12 juillet 2020 7 12 /07 /juillet /2020 11:41

Il existe de temps immémorial dans toutes les sociétés structurées par des croyances religieuses. Sa fonction est souvent mémorielle, et peut-être est-il nécessaire à l’homme d’avoir une occasion de rappeler à son esprit, à l’occasion de cérémonies rituelles bien déterminées, des événements passés pour éviter qu’ils ne sombrent dans l’oubli. Ainsi en monde chrétien le souvenir de la dernière Cène, instituant l’eucharistie, a cette fonction d’anamnèse (ce mot est celui prononcé par Jésus) : Luc 22/19 ; 1 Cor 11/24-25.

 

Mot prononcé par Jésus, vraiment ? Ou bien ces paroles ne lui ont-elles pas été prêtées, pour précisément instituer ce sacrement essentiel ? Sont-elles compatibles avec une phrase fondamentalement anti-cultuelle comme : « Laisse les morts enterrer leurs morts et toi, va annoncer le royaume de Dieu. » (Luc 9/60 ; cf. Mt 8/22)

 

L’enseignement de Jésus vise à désaliéner l’homme de tout ce qui le retient en arrière, dont le culte, et l’empêche de regarder en avant, de s’ouvrir au nouveau. Mais le clergé, gardien du culte, ne se laisse pas vaincre. Comme disait Loisy : « Jésus annonçait le Royaume, et c’est l’Église qui est venue. »

 

C’est frappant pour le catholicisme par exemple : à la messe, la liturgie « ouvrante » de la Parole est moins importante que celle, régressive à côté, de l’eucharistie. En monde protestant au contraire la prédication ou méditation sur un enseignement tient au contraire, et heureusement, une place plus importante.

 

Lors du confinement imposé par la crise sanitaire, le sacramentel s’est donné en spectacle virtuel, via le numérique. On a filmé des messes, qu’on a même postées sur Facebook. Ce théâtre clérical a assigné aux fidèles un rôle passif, non-participatif. Au lieu de leur montrer une voie de vie conforme à l’enseignement du Maître, il les a maintenus dans une perpétuelle enfance en les étourdissant de belles cérémonies.

 

Voyez alors ce que Spinoza dit dans son Traité théologico-politique (1665) : « Tel fut donc le but des cérémonies du culte : faire que les hommes n’agissent jamais suivant leur propre décret, mais toujours sur le commandement d’autrui, et reconnussent dans toutes leurs actions et dans toutes leurs méditations qu’ils ne s’appartenaient en rien mais étaient entièrement soumis à une règle posée par autrui. Il résulte de tout cela plus clair que le jour que les cérémonies du culte ne contribuent en rien à la félicité. »

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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