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7 novembre 2022 1 07 /11 /novembre /2022 02:00

O

n a tout intérêt à y croire, même si bien sûr c’est de façon symbolique. Nier son existence est se faire une image angélique de l’homme, qui ne résiste pas à l’expérience.

 

Il signifie ce qui nous embrouille, nous divise, comme le dit son étymologie en grec : diaballein, diviser. Par exemple le fait de tenir à quelqu’un par le corps, et par l’âme de le mépriser. Les exem­­ples sont innombrables, en sorte que le bon critérium pour juger de la valeur ou de la profitabilité d’un sentiment pour nous est de savoir s’il nous unifie, ou non. Dans ce dernier cas, celui de l’écartèlement ou de la division, la situation est bien diabolique. Je l'ai développée dans mon livre Savoir aimer - Entre rêve et réalité (lien).

 

Le Diable montre aussi la vanité de toutes les morales intellectualistes. Elles nous disent que nul n’est méchant volontairement, ou qu’il suffit de bien juger pour bien faire. Mais cela est faux. On peut voir le bien et faire le mal, comme le dit saint Paul, et comme le montrent la Phèdre de Sénèque et celle de Racine. Voici d’ailleurs com­ment ce dernier traduit saint Paul :

 

« Je veux et n’accomplis jamais,

Je veux, mais ô misère extrême,

Je ne fais pas le bien que j’aime

Et je fais le mal que je hais. »

 

Et non seulement le mal n’est pas une paralysie de la volonté, mais il peut même exister en l’homme une volonté délibérément mauvaise. « Je me fais de sa peine une image charmante », dit sadiquement Néron dans Britannicus, du même Racine, qui n’est pas le doux et tendre poète que l’école nous enseigne. Il a su faire, et c’est fort bien, la part du Diable.

 

Méfions-nous donc de toutes ces impostures langagières qui nous le font euphémiser : le Mal, le Malin, ne se réduisent pas au « négatif ». Nous sommes à une « époque Carrefour », où nous voulons tout positiver. Mais d’être oublié, d’être au chômage, d’être devenu un pauvre diable, il n’a pas disparu du fond de nous-mêmes.

 

Innombrables sont ses visages. Parfois il se cache dans les plus petites choses : Diabolus in infimis latet. Parfois il est une fêlure dans la musique de nos vies : Diabolus in musica

 

Les Lumières chez nous ont voulu le détruire. « Tous les hommes deviennent frères », dit à la fin de la dernière symphonie de Beethoven l’Hym­­ne à la joie, qui est aujourd’hui l’hymne européen. Fort bien. Mais que dire de cet officier nazi qui a demandé à une mère de choisir entre ses deux fils lequel il devait fusiller ? C’est le sujet du Choix de Sophie, de William Styron.

 

Les Lumières ont bel et bien sombré dans l’horreur des camps. Comme disait C-G. Jung : « À force de nier le Diable, nous avons ouvert toutes grandes les portes de l’Enfer ». Au fond, il n’y avait pas tant de barbarie aux temps mêmes où on y croyait. Se vérifie ici le profond mot de Baudelaire : « La plus grande ruse du Diable est de nous faire croire qu’il n’existe pas. »

 

Article paru dans Golias Hebdo,10 juin 2010

 

D.R.

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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6 novembre 2022 7 06 /11 /novembre /2022 17:55

Voici, mis sur mon blog artistique, un extrait d'un tome de mon dernier ouvrage Petites méditations photographiques (5 volumes parus) :

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3 novembre 2022 4 03 /11 /novembre /2022 02:00

À

 propos de la neige qui a récemment recouvert Marseille, notre Premier ministre a parlé d’un « blocage inacceptable ». Mais comment faire la chasse au responsable ? Faudra-t-il bientôt manifester contre la météo ?

 

Que l’hiver soit l’hiver, voilà ce qu’on n’ac­cep­te pas. J’y vois un signe des temps, où aucune limite à nos désirs n’est admise. Traditionnellement cette limite avait nom : destin. Manifestement c’est un mot qui n’a pas bonne presse.

 

Nous avons oublié le châtiment infligé à Prométhée, pour cause de révolte contre le pouvoir des dieux : nous voulons défataliser la vie. Ainsi nous nions le refroidissement, non seulement de la neige, mais celui qui est inhérent à la vie entière, son entropie, ce Temps (Chronos) qui selon les anciens Grecs dévorait ses propres enfants : nous ne voulons pas vieillir, comme si l’on pouvait rester éternellement jeune et bronzé ! Telle drogue vendue en pharmacie et vantant le « choc-jeunesse » ou le « choc-beauté » s’appelle Age killer ! Nous nions même la mort, figure destinale par excellence, dans l’acharnement thérapeutique.

 

À l’autre extrémité, autrefois lorsqu’un enfant naissait, on disait : « Un enfant nous est donné », quand ce n’était pas : « Dieu a béni notre union ». Mais maintenant on parle de « faire un enfant » !

 

Il y a une grande arrogance dans cet activisme, cette ambition d’enfant gâté. Une grande paranoïa aussi, qui ramène tout à soi. À cela il faut opposer le changement de regard, la metanoïa évangélique par exemple, la conversion qui nous détache du petit moi, et nous fait accepter ce qui arrive : Fiat ! Que cela soit ! « Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie ? » (Matthieu 6/27)

 

Ce Fiat ! est la première demande du Notre Père. C’est aussi la réponse de Marie à l’Ange de l’Annonciation, que les Beatles ont démarquée dans leur morceau célèbre Let it be ! Là est sans doute la plus grande sagesse (wisdom, disent les Beatles). Cette posture d’ac­cep­tation et de dépossession de soi, que rend possible la prière religieuse mains ouvertes, est essentielle dans toute démarche spirituelle.

 

La prise en compte du destin, du non maîtrisable dans nos vies, a paradoxalement une conséquence positive : au lieu de faire de nous ce prétentieux ingrat, image de l’homme moderne, elle peut nous remplir de reconnaissance au moins vis-à-vis du présent que nous vivons, puisque demain n’est jamais sûr. C’est la leçon du Carpe diem d’Horace : « Cueille le jour, fie-toi le moins possible au lendemain. »

 

Goûtons-le donc comme un cadeau : le présent du présent. Comme dit le logion 91 de l’évangile selon Thomas : « Vous sondez le visage du ciel et de la terre, et vous ne savez pas apprécier le moment présent. » Conscients de sa précarité, nous ne l’en aimerons que mieux.

 

[v. Acceptation]

 

Article paru  dans Golias Hebdo, 22 janvier 2009

 

D.R.

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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