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2 novembre 2021 2 02 /11 /novembre /2021 02:01

> En ce jour de Fête des Morts, voici un ancien article qui prend son actualité :

 

C’

est le fait de rendre à la terre ce corps qui en provient. N’oublions pas que les mots homme et humus ont la même racine latine. Comme aussi humble, et humilité.

 

En hébreu aussi le nom d’Adam, notre ancêtre, signifie : « tiré du sol ». Chouraqui le traduit d’ailleurs par « Le Glébeux » ! Ramassons donc seulement une motte de terre, et nous pouvons méditer sur notre vrai destin. Mourir, c’est seulement revenir d’où nous sommes sortis, et ranimer la nature sous une autre forme. Le plus petit bourgeon printanier suffit à montrer qu’à une autre échelle que celle de notre petite existence la mort n’existe pas.

 

Elle prend, désassemble, et redonne en réassemblant, comme le souligne Schopenhauer dans sa Métaphysique de la mort. Tout n’est que grand cycle. La fleur vient du fumier, et le fumier vient de la fleur. Comme le dit Valéry dans « Le Cimetière marin » : « Le don de vivre a passé dans les fleurs. »

 

... Là est la sagesse. Mais beaucoup ne l’ont pas. Je pense à ce fait-divers rapporté par la presse (AFP, 04/04/2014) : un tribunal de Blois a ordonné l’exhumation et la séparation des corps d’un couple de divorcés. Il a fait droit à la requête de la nouvelle femme du défunt, qui n’a pas supporté que son mari ait été inhumé, à l’instigation de sa belle-fille, à côté de son ancienne femme. Le Tribunal en l’espèce à parlé de « droits à la sépulture », qui devaient revenir à la seconde femme, la première après le divorce étant devenue « un tiers ».

 

Outre le côté « clochemerlesque » de ce jugement (délai de 2 mois pour le « déménagement » du corps, sous peine d’astreinte de 50 euros par jour de retard, payables par la belle-fille), je reste rêveur devant l’acharnement de la plaignante. Jusqu’où peuvent bien aller des haines, que la mort même ne peut apaiser !

 

Il suffit de voir ce qui reste de nous une fois notre corps rendu à la nature. Quiconque a pratiqué ce qu’on appelle une « réduction de tombe » voit bien que nous allons à la poussière. Les plus belles et poétiques épitaphes n’y font rien : ce ne sont que quelques vers sur beaucoup d’autres. Et si haut qu’on soit monté, on finit toujours par des cendres.

 

Je donnerais volontiers ce conseil à la bénéficiaire du jugement : le vrai tombeau des morts c’est le cœur des vivants. La mémoire qu’on en garde est l’essentiel, et nous mourons vraiment non quand nous descendons dans la tombe mais quand plus personne ne se souvient de nous. Laissons là où il est  le cadavre, ce je ne sais quoi qui n’a de nom dans aucune langue, selon le mot de Tertullien rapporté par Bossuet.

 

Car cette dame, même « victorieuse », est intérieurement empoisonnée par son animosité. Elle ne vit pas. Elle devrait bien prendre leçon de la parole connue : « Laissez les morts enterrer les morts. » (Matthieu 8/22 ; Luc 9/60) [v. Éternité]

 

8 mai 2014

 

D.R.

 

 

***

 

Ce texte est extrait du livre suivant, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD) :

 

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00€Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

***

 

> Pour voir tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

 

 

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Enfin n'hésitez pas à visiter mon blog artistique, pour voir des photos, des vidéos, des textes littéraires et poétiques :

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27 octobre 2021 3 27 /10 /octobre /2021 01:01

> Cet article de 2013 est encore actuel, certains ayant fait ou voulant faire la même demande après les scandales sexuels qui ont affecté l'église catholique.

 

 

C

omprenons par ce mot, attesté dans Le Robert, non qu’on veuille changer son nom de baptême, mais qu’on demande qu’il ne soit plus fait mention de son baptême dans les registres de l’Église.

 

C’est ce qu’un requérant a demandé au diocèse de Coutances dans la Manche. Il a obtenu en 2001 que soit inscrite dans le registre la mention : « A renié son baptême ». Mais depuis 2009 il demande de ne plus y apparaître du tout.

 

Le tribunal a donc demandé au diocèse le 30 octobre 2011 d’effacer toute mention de ce baptême, avec le motif suivant : « L’existence de ce baptême sur un registre accessible à des personnes tierces à l’individu concerné constitue en soi une divulgation de ce fait, qui porte par conséquent atteinte à la vie privée. »

 

Mais le diocèse refuse d’effectuer cette suppression, et vient de faire appel (source : AFP, 28/05/2013).

 

Cette réaction de l’Église ne me surprend pas. En effet le baptême est un sacrement indélébile, et en supprimer définitivement la mention reviendrait pour elle à admettre l’apostasie.

 

Mais aussi, cette position ne peut se réclamer de l’Évangile. On lit en effet en Marc 16/16 : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. » Autrement dit, le baptême doit suivre la croyance qui est plus importante que lui, et simplement la signifie, la manifeste. Tout seul, le baptême n’assure pas le salut. Et si la croyance vient à disparaître, ce qui est évidemment le cas pour notre demandeur, le baptême n’a plus de raison d’être. Pour qu’il soit délivré, il faut qu’il y ait une volonté expresse de l’impétrant.

 

C’est pourquoi certaines confessions chrétiennes refusent le baptême des enfants (pédobaptisme), car les enfants ne sont pas capables d’exprimer leur foi : infans en latin signifie littéralement « qui ne parle pas ». D’autres prônent le « rebaptisage » à l’âge adulte (anabaptisme). Ces positions, qui soulignent bien l’importance capitale de la croyance ou de la foi dans l’admi­nistration du baptême, sont plus évangéliques que celle de l’Église officielle.

 

La vérité est que pour elle le baptême est un sacrement pouvant opérer comme un processus magique, en lui-même efficace ou performatif, indépendamment des intentions de celui qui le reçoit. Depuis l’invention augustinienne du péché originel, qui n’a rien d’évangélique, il est nécessaire de l’administrer à quiconque naît, pour le laver de cette tache.

 

Mais derrière ces belles considérations, la raison est moins noble : le baptême dépend du bon vouloir de celui qui l’administre, qui peut s’il le veut le refuser. Tous les chantages ici sont possibles. Comme en bien des domaines, le motif secret de la chose est la sauvegarde d’un pouvoir.

 

[v. Évangélisation]

 

13 juin 2013

 

 

> Cet article est tiré du tome 1 de mes Chroniques religieuses :

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29 septembre 2021 3 29 /09 /septembre /2021 01:01

E

lle peut aller avec la plus grande logique. « Le fou, disait Chesterton, est celui qui a tout perdu, sauf la raison ». Il raisonne très bien en effet, mais à partir de bases ou de principes en eux-mêmes absurdes et parfois très dangereux.

 

C’est à quoi j’ai pensé en apprenant que les États-Unis ont mis leur veto, au Conseil de sécurité de l’ONU, à une résolution visant à condamner le viol utilisé comme arme de guerre. La raison ? Admettre cette résolution est admettre aussi qu’il faut venir en aide aux victimes de ces crimes, et leur donner, par exemple, la possibilité d’avorter. Or le président états-unien actuel est radicalement contre l’avortement (Source : LeMonde.fr, 23/04/2019).

 

Par là il a été tout à fait logique dans son veto, eu égard à ses principes. Mais il a été stupide, et aussi en l’espèce criminel, de les professer. Car que penser de la vie future d’un enfant issu d’un viol ? Comment sa mère l’aimera-t-elle ?

 

Et même à la base, que dire de la sacralisation inconditionnelle de la vie ? Sans parler de l’im­por­­tance de sa qualité, on peut remarquer que sa prolifération même peut être dangereuse, au point parfois de mener à la mort. C’est le cas des cellules tumorales, par exemple, qui se multiplient de façon non régulée, et ne peuvent accomplir leur suicide normalement programmé, leur apoptose.

 

En vérité, en cette matière comme en bien d’autres, les grands principes doivent être laissés de côté. Lao-Tseu écrit au début de son Tao-te-King : « La Voie vraiment voie n’est pas une voie constante. Les termes vraiment termes ne sont pas des termes constants. »

 

Chez nous, la grande intelligence des Jésuites est d’avoir compris que les grandes questions vitales sont affaire de contexte, qui est toujours changeant, ou comme ils disaient affaire de cas : c’est la fameuse casuistique, que Pascal dans ses Provinciales a critiquée avec talent, mais sans profondeur. Il n’y a pas, en matière morale, d’« impératif catégorique » pour reprendre l’ex­pression kantienne. Rien n’y est absolu, ou applicable sans condition, tout n’y est qu’hypo­thé­tique. Sinon, on se coupe du réel. Péguy l’a bien souligné : « Kant a les mains pures, mais il n’a pas de mains. »

 

Sans doute le président états-unien ne comprendrait-il pas grand-chose à ces considérations. Il est prisonnier d’une vision religieuse normative et figée, propre d’un esprit psychorigide. Il doit tenir compte aussi de son électorat, qui partage cette vision. Il reste malgré tout que sa folle décision est objectivement monstrueuse.

 

[v. Cruauté]

16 mai 2019

 

D.R.

 

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Ce texte est extrait du livre suivant, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD) :

 

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00€Livre papier
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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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