Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
5 juillet 2021 1 05 /07 /juillet /2021 01:01

I

l faut bien la distinguer de l’immoralité, qui suppose que soient connues normes et valeurs pour être transgressées. L’amoralité, elle, en est une parfaite ignorance.

 

Je suppose que s’est trouvé dans ce cas ce couple chinois qui a vendu sur Internet sa fillette pour s’acheter un IPhone, de coûteuses chaussures de sport ainsi que d’autres articles (Source : A.F.P., 18/10/2013).

 

De ce point de vue, les œuvres d’art, dont au premier chef le cinéma, préfigurent très souvent ce qui se passe et se vérifie après leur parution. Elles sont à la fois miroir de la vie contemporaine, et prémonitoires de ce qui peut arriver.

 

Ainsi la vente d’un enfant faisait le sujet du film des frères Dardenne, L’Enfant (2005) : le jeune père n’y avait pas l’air très affecté, et de comprendre même la réalité de ce qu’il faisait en vendant son enfant. À sa compagne il allait jusqu’à dire qu’elle pourrait en avoir un autre !

 

À propos de cette inconscience, je pense aussi à L’Appât, de Bertrand Tavernier (1995), où la jeune fille à la fin, après l’affreux assassinat dont elle a été complice, demande aux policiers si elle pourra être rentrée chez elle pour Noël !

 

Ou enfin à Benny’s Video, de Michaël Haneke (1993), où le jeune homme, rendu parfaitement insensible par l’omni­présence des écrans devant lesquels il passe son temps, en vient, à force de confondre le virtuel et le réel, à commettre un meurtre, et à la fin à dénoncer à la police ses parents qui pour lui venir en aide ont voulu dissimuler son forfait. Tant est grand le risque de déréalisation qu’il y a dans le monde omniprésent des images ! [v. Voyeurisme]

 

Le vertige nous prend, et une sorte de sidération, à voir ces sortes d’œuvres, et surtout à constater ensuite que la réalité peut parfaitement les vérifier. On peut faire effectivement argent de tout, d’une vie humaine ou d’une propriété intime. [v. Enchère]

 

Je ne sais si c’est l’ambiance générale qui y pousse, ou l’absence absolue dans certains cas d’éducation, de transmission de valeurs pourtant élémentaires. En tout cas il y a dans de tels cas une totale régression à l’état de nature, qui, elle, est parfaitement amorale, ignorant toutes normes et valeurs. [v. Inconscience]

 

Raison de plus pour bien écouter les artistes qui tels des médiums captent l’air du temps et la direction catastrophique où peut s’en­gager une société. Ce ne sont pas des amuseurs, et il faut les prendre au sérieux.

 

28 novembre 2013

 

***

Ce texte est extrait de mon dernier recueil d'articles Petite philosophie de l'Insolite. L'ouvrage est disponible en deux formats, papier et livre électronique (E-Book). On peut en feuilleter le début en cliquant ci-dessous sur : Lire un extrait. On peut le commander sur le site de l'éditeur en cliquant sur : Vers la librairie BoD. Il est aussi disponible sur commande en librairie et sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00€Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

***

 

Pour voir la liste de tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

 

***

 

Enfin n'hésitez pas à visiter mon blog artistique, pour voir des photos, des vidéos, des textes littéraires et poétiques :

 
 
 
Partager cet article
Repost0
3 juillet 2021 6 03 /07 /juillet /2021 01:01

I

l est le deuil du projet qui l’a précédé, et donc peut provoquer une grande mélancolie, voire une dépression.

 

Je pense à ce qui est arrivé à Neil Amstrong, le premier homme à avoir marché sur la Lune. Il s’est retiré de la vie publique dans son Ohio natal. Il ne donne aucune entrevue. On prétend qu’il ne s’est jamais remis de son « pas de géant » accompli au nom de l’humanité, et que, depuis qu’il est revenu de la Lune, il n’est plus tout à fait le même. Il souffre, dit-on, d’une maladie curieuse : le « syndrome de l’accomplis­sement total ». Ayant concrétisé le plus suprême de ses rêves, il aurait perdu le goût de tout. Il connaîtrait ce que les moines médiévaux appelaient l’acédie, le désintérêt pour toutes choses. (Source Internet : Nox oculis – La cartographie lunaire et l’explo­ration spatiale).

 

Rien de curieux pourtant là-dedans, et l’inso­lite n’est qu’apparent. « Toute œuvre, disait en effet Walter Benjamin, est le masque mor­tu­aire de son intention. » C’est sans doute pourquoi, dans la Bible juive, Dieu dit « bon » ce qu’il a fait au Jour Un ou Jour de l’Unité (en hébreu : Yom Erad, Jour Un – il ne s’agit pas comme on le traduit souvent du « premier » jour). Mais il ne répète pas au deuxi­ème jour son auto-félicitation (Genèse 1/6-8). Celle-ci ne reprend qu’au troisième jour.

 

Tout se passe comme s’il y avait un principe de malédiction, une sorte de moins-être, dans tout accomplis­sement, qui est la rupture de l’infini des possibles présent au départ, l’éclatement catastrophi­que d’une unité première, comme les gnostiques l’ont toujours souligné.

 

On peut en effet menacer quelqu’un de l’accom­­­plissement de ce qu’il souhaite le plus ardemment. Car s’il l’obtient, il n’aura plus rien à désirer, ce qui est sans doute le pire des états. Les dieux nous punissent en nous exauçant. Changeons donc nos cartes de vœux : « Je vous souhaite de ne pas obtenir cette année tout ce que vous désirez ! » Je ne sais quelle tête ferait le destinataire, mais cela vaut le coup toujours d’essayer.

 

Le désir fleurit, la possession flétrit toute chose. La vraie fête, c’est la veille de la fête. Le vrai dimanche, c’est le samedi soir. Les vraies vacances, c’est le jour où on les prend.

 

Loin des yeux, près du cœur. « Comme vous étiez jolie, hier soir au téléphone ! » : beau mot de Sacha Guitry. Le meilleur moment en amour, c’est quand on monte l’escalier. Il est meilleur dans les rêves que dans les draps. L’homme descend du Songe : il meurt de le réaliser…

 

Sachons méditer tout cela, ne nous laissons pas prendre à ceux qui nous disent que tout accomplissement est positif, comme ceux qui ne voient pas dans le texte de la Genèse l’importante faille que j’ai signalée. Écoutons plutôt ici ce que dit l’Apôtre : « L’espérance qu’on voit n’est plus espérance : ce qu’on voit, peut-on l’espérer encore ? » (Romains 8/24)

 

17 novembre 2011

 

***

Ce texte est extrait de mon dernier recueil d'articles Petite philosophie de l'Insolite. L'ouvrage est disponible en deux formats, papier et livre électronique (E-Book). On peut en feuilleter le début en cliquant ci-dessous sur : Lire un extrait. On peut le commander sur le site de l'éditeur en cliquant sur : Vers la librairie BoD. Il est aussi disponible sur commande en librairie et sur les sites de vente en ligne.

***

 

Pour voir la liste de tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

 

***

 

Enfin n'hésitez pas à visiter mon blog artistique, pour voir des photos, des vidéos, des textes littéraires et poétiques :

Partager cet article
Repost0
1 juillet 2021 4 01 /07 /juillet /2021 01:01

« L

e bonheur, aujourd’hui ça se décide… » Tel est le titre d’une publicité pour un site de rencontres, que je viens de lire et qui m’a rempli d’éton­nement.

 

Quelle prétention, quelle arrogance ! J’ai pensé au « Dernier homme » mis en scène dans le prologue du Zarathoustra de Nietzsche, prototype de l’homme unidimensionnel moderne, sautillant misérablement sur la terre, et clamant triomphalement, comme seule valeur admissible pour lui : « Nous avons inventé le bonheur ! »

 

Certes il y a bien dans le bonheur une question de disposition, éventuellement cultivable, que marque le mot grec eudaimonia. Mais il y a aussi une question de hasard, qui ne dépend pas de nous. Pour ce dire, les grecs avaient eutukheia. Le français de même l’indique : bon heur, bonne chance (latin augurium). L’anglais aussi : happiness, what happens, ce qui arrive. Mais le latin déjà le savait, qui distinguait bien felicitas (la chance) de beatitudo. C’est bien ce rôle de la chance qu’ignore cette folle ambition de défataliser la vie qui me semble l’essentiel de notre modernité.

 

Soyons plus prudents. Nous n’avons pas maîtrise sur tout. Et aussi nous aurions intérêt à bien distinguer le bonheur d’une part du plaisir, à quoi la plupart des gens le ramènent, et de l’autre de la joie, qui, elle seule, est véritablement à notre niveau et à notre portée. C’est pour cette dernière que l’homme est fait, bien qu’il ne cesse d’aspirer au premier et se contente le plus souvent du deuxième.

 

Le bonheur suppose un état qui dure indéfiniment, et sans doute est-il incompatible avec la vie dans le temps. « Si l’on bâtissait la maison du bonheur, disait Jules Renard, la plus grande pièce en serait la salle d’attente. »

 

Quant au plaisir, il est bref d’une part, et localisé de l’autre, c’est-à-dire n’impliquant pas la totalité de notre être : faire l’amour sans amour, par exemple. Loin d’y être unifié, on s’y trouve partagé, et cette division est bien diabolique (diaballein : diviser). Quand dans une relation conduite et sentiment, corps et cœur sont séparés, quoi de pire que cette ambivalence ? Elle est un véritable enfer, et il ne faut souhaiter cet état à personne.

 

Reste la joie, qui, elle, nous engage totalement, même si ce n’est pas pour toujours : écouter une belle musique, voir un beau paysage ou un beau tableau, etc. Là est notre vraie mesure.

 

Mais là non plus nous ne « décidons » rien pour reprendre le mot de notre publicité. Car la joie est encore précaire, c’est-à-dire étymologiquement obtenue par prière (latin precari, prier). Joyeux certes nous pouvons l’être en écoutant le choral de Bach : « Jésus, que ma joie demeure ! » Mais n’en oublions pas les paroles, qui sont de prière, donc de prudence…

 

20 janvier 2011

 

 

***

 

Ce texte est paru en son temps dans le journal Golias Hebdo. Il figure maintenant, avec d'autres textes comparables, dans l'ouvrage suivant, premier tome d'une collection, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Le livre est aussi disponible sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'actualité
Théron, Michel
15,00€Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils ont cependant un contenu intemporel, et se prêtent toujours à une réflexion philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

Pour voir l'ensemble des volumes parus dans cette collection, cliquer ici.

 

***

 

Pour voir la liste de tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages