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15 novembre 2017 3 15 /11 /novembre /2017 02:01

Il en est de virtuels, et Facebook en est un. Il compte déjà 2 milliards d’utilisateurs, et chaque minute trois personnes qui y sont inscrites meurent dans le monde. À cette cadence, le nombre de profils de personnes décédées devrait dépasser celui de personnes vivantes d’ici cinq ans (Source : sudouest.fr, 01/11/2017).

 

Le profil d’une personne décédée peut être transformé par sa famille et ses amis en « page souvenir », et être alimenté avec des photos ou des hommages. Si cela peut soulager les proches de la victime, cela peut aussi les empêcher de faire leur deuil, et de surmonter la peine de la perte en regardant plutôt vers l’avenir que vers le passé. En outre de telles pages suscitent parfois un voyeurisme malsain.

 

Dans le cas aussi où nul ne voudrait perpétuer cette « page souvenir », le fait de laisser le profil Facebook d’un mort à l’abandon pose aussi problème. Ces pages fantômes ne disparaissent pas pour autant : elles reviennent hanter les proches de la victime, et s’incrustent dans le monde des vivants à grands coups de notifications automatiques et de rappels d’anniversaire. L’informatique ignore l’oubli, et on peut y traîner des casseroles non seulement toute sa vie, mais encore toute sa mort : une éternité de rappels, qui ne sont pas forcément bienvenus, aussi bien pour sa propre mémoire que pour la vie des survivants.

 

En vérité, les vivants doivent se séparer des morts pour pouvoir continuer à vivre. En Afrique, on dit qu’il faut « tuer le mort », et le transformer en « ancêtre ». Si le poids du mort sur le vivant est trop grand, le second est vampirisé par le premier. Le vampire est celui qui n’est pas encore mort, un mort-vivant s’acharnant sur les vivants et se nourrissant de leur substance.

 

L’éternité Facebook oublie cette séparation symbolique nécessaire des deux mondes. Elle est faite dans nos cimetières par le mur, souvent élevé, qui les enclot. Sinon on n’en comprendrait pas l’utilité : ceux qui sont à l’intérieur ne peuvent pas en sortir, et ceux qui sont dehors ne veulent pas y entrer ! Sachons donc en tirer leçon...

 

D.R.

 

Tombe avec code QR (D.R.)

 

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5 novembre 2017 7 05 /11 /novembre /2017 02:01

On parle maintenant d’écriture inclusive pour assurer une représentation plus égalitaire des femmes et des hommes dans notre langue. On en trouvera quelques procédés sur Internet : francetvinfo, 02/09/2017.

 

Ainsi, comme tous les mots ne sont pas épicènes, c’est-à-dire recouvrant les deux sexes (« enfant, secrétaire »), on veut féminiser les fonctions : dire « la présidente » pour « Madame le président ». Soit, encore que je ne sais comment on désignera alors la femme du président.

 

Mais combiner le masculin et le féminin pour désigner un groupe qui comprend les femmes et les hommes (« les électeurs et les électrices ») me semble trop compliqué, car allongeant trop les formulations. Et puis, quel sexe mettra-t-on en premier ?

 

Le « pompon » en la matière est l’utilisation du signe « · », appelé point médian ou point-milieu. Exemple : « Les Français·es sont divisé·es sur cette réforme. » Le résultat est esthétiquement catastrophique, et je souhaite bon courage à ceux qui sur un clavier d’ordinateur veulent trouver ce point médian !

 

Avant le point médian, on avait pensé aux parenthèses : « Les Français(es) sont divisé(es) sur cette réforme. ». Mais on les a abandonnées au prétexte qu'elles servaient à inclure quelque chose de moins important, d'accessoire. Ce qui montre qu'on ne connaît rien à la fonction des parenthèses. Chez Proust par exemple elles sont loin d'inclure quelque chose de moins important, d'accessoire !

 

Les habitudes aussi d’écrire sont tellement ancrées en nous qu’il sera difficile d’admettre l’accord de proximité (« Les hommes et les femmes sont belles »), même si cette règle a pu être en vigueur jusqu’au XVIIe siècle. Il y a un attachement affectif à ce qu’on a appris depuis sa petite enfance, qu’il sera difficile à combattre.

 

Mais le plus ridicule et le plus dangereux à mon avis est le refus d’employer les noms seuls d’« homme » et de « femme » en s’aveuglant sur leur sens général possible. Ainsi les « droits de l’homme » doivent disparaître au profit des « droits humains », et la « journée de la femme » doit être proscrite, parce que pour le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes, parler de « la femme » évoque « le fantasme, le mythe, qui correspondent à des images stéréotypées et réductrices telles que la figure de ‘l'Arabe’ ou ‘du Juif’. » Eh bien, n’en déplaise au Haut Conseil, je continuerai à essentialiser la Femme, à la suite des derniers mots de Goethe dans le Second Faust : « Et l’Éternel féminin toujours vers le haut nous attire. »

 

Au reste toutes ces arguties occultent l’essentiel : défendre vraiment les femmes, c’est lutter contre le harcèlement de rue, l’excision, l’inégalité des salaires avec les hommes, etc. Laissons ces nouvelles Précieuses féministes s’amuser du langage :

 

« Nous serons par nos lois les juges des ouvrages.

Par nos lois, prose et vers, tout nous sera soumis.

Nul n’aura de l’esprit, hors nous et nos amis.

Nous chercherons partout à trouver à redire,

Et ne verrons que nous qui sache bien écrire. »

 

(Molière, Les Femmes savantes, III, 2)

 

 

Ecriture inclusive
D.R.

 

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26 octobre 2017 4 26 /10 /octobre /2017 01:01

On en parle beaucoup aujourd’hui à la suite du scandale provoqué par un producteur important d’Hollywood, qui a abusé sexuellement de bon nombre de femmes. Les langues se délient, et un slogan même a été lancé par des féministes pour y contribuer : « Balance ton porc ! ».

 

Il est bon de briser une omerta séculaire. Mais les excès ne sont pas loin. D’abord le slogan en question peut conduire à la délation pure et simple visant des hommes à qui on dénie en fait toute présomption d’innocence. Dès que leur nom circule sur Internet, c’est fini, le mal est fait. Leur honneur est, comme disait Mitterrand à propos du suicide de Bérégovoy, « jeté aux chiens ». Ici ce sera : aux « chiennes de garde » !

 

Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ! Je pense à l’affreux proverbe où fatalement ici on aboutira : « Il n’y a pas de fumée sans feu ! » La liste est innombrable des incriminations sans preuve. Elle l’est dans la réalité, et aussi dans la fiction, depuis la femme de Putiphar accusant Joseph dans la Bible, Phèdre accusant Hippolyte chez Racine, jusqu’au film de Cayatte Les Risques du métier, où un instituteur est de la part d’une élève l’objet d’accusations qui sont de pures affabulations.

 

En dernier lieu, comment définira-t-on un harcèlement sexuel ? Certes on est en terrain sûr avec les gestes et les comportements physiques, depuis les attouchements jusqu’au viol, et la qualification des peines encourues en ce cas va déjà jusqu’au crime. Mais que dire des paroles et des regards ? Si je dis à une femme qu’elle est belle, est-ce du harcèlement ? Et pareillement, si je la regarde avec sidération et comme ébloui, à quoi vais-je m’exposer ? Dévisager, est-ce envisager ?

 

En fait, la notion reste floue. Et le danger est de creuser irrémédiablement le fossé entre les hommes et les femmes. Aux États-Unis on ne parle pas à une femme dans une pièce dont la porte est fermée : elle doit rester ouverte, par précaution. Que gagnera-t-on quand on aura perdu cette notion pourtant essentielle et vitale pour les relations entre les sexes : la confiance ?

 

D.R.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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