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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 01:01

C’est le maître-mot du parti d’extrême droite chez nous. Eh bien, au risque de choquer mes lecteurs, je dirai que ce mot non seulement ne me parle pas, mais encore qu’il me semble extrêmement dangereux.

 

Certes je ne nie pas qu’il soit parfois utile d’aimer ses racines. Cependant un peu de réflexion nous montre qu’elles sont totalement fortuites, et qu’en la matière on ne peut échapper au relativisme. Montaigne disait bien : « Nous sommes chrétiens au même titre que nous sommes Périgourdins ou Allemands. » De la même façon, que de hasard dans le lieu où nous sommes nés ! C’est pourquoi Socrate se disait non pas « d’Athènes », mais « du monde ».

 

D’autre part, de « patriotisme » on peut glisser catastrophiquement à « nationalisme ». « Le nationalisme, c’est la guerre » : ce fut le message ultime de François Mitterrand dans son dernier discours de président, à Berlin. C’est à l’exacerbation des passions patriotiques et nationalistes que nous devons la grande boucherie de la guerre de 1914-1918. Et à l’inverse c’est au désir du « Plus jamais ça ! » des fondateurs de l’Europe que nous devons chez nous plus de soixante-dix ans de paix.

 

Nos générations ont la mémoire bien courte. Elles oublient que de tous temps les peuples de l’Europe se sont entretués. Les Anglais, puis les Allemands ont été nos ennemis « héréditaires ». Veut-on revenir, par le slogan de la « préférence nationale », à spécifier encore les peuples, ce qui mène fatalement à les dresser les uns contre les autres ?

 

Contre le slogan populiste « Mon pays d’abord ! », qui fait aujourd’hui tache d’huile, écoutons ce que dit Montesquieu dans ses Pensées : « Si je savais quelque chose qui me fût utile, et qui fût préjudiciable à ma famille, je la rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l’Europe, ou bien qui fût utile à l’Europe et préjudiciable au genre humain, je la regarderais comme un crime. »

 

D.R.

D.R.

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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 01:01

La police de Chicago enquête sur le viol présumé d’une Américaine de 15 ans retransmis en direct sur Facebook Live. Une quarantaine de personnes ont regardé la vidéo en direct, selon la police, sans qu’aucune d’elles prévienne les autorités. (Source : lemonde.fr, 23/03/2017)

 

Ce n’est pas la première fois que des événements de ce type, agressions, accidents, suicides même, filmés et diffusés en direct par le même canal, se produisent sans susciter de réactions de la part de ceux qui les regardent. Le réseau social, malgré l’existence de modérateurs, ne supprime les vidéos violentes ou choquantes qu’après qu’elles ont été signalées en tant que telles par des utilisateurs (même source).

 

À l’évidence, ce non-signalement devrait être une infraction à la loi. Quiconque est le témoin d’un fait analogue est normalement tenu d’en informer la police, sauf à être accusé de non-assistance à personne en danger. Il est même plus coupable en un sens que l’acteur lui-même de la scène : laisser faire, disait Péguy, est pire que faire. Car celui qui fait, il a au moins la hardiesse de faire. Mais pour celui qui laisse faire, il y a la lâcheté en plus. Il semble qu’il y ait partout, aujourd’hui, une lâcheté infinie : il y a plus de crimes qui se commettent en fermant les yeux que par vraie scélératesse.

 

Mais en l’espèce les yeux sont restés ouverts par fascination morbide, par voyeurisme. Freud, puis Jacques Lacan ont parlé de la « pulsion scopique », ou « scopophilie », qui renvoie aux zones les plus troubles de l’être, en dépersonnalisant totalement ce qui est regardé.

 

Aussi c’est un trait de civilisation. À force de voir le déluge d’images dont chaque journée nous gratifie, on ne distingue plus l’image du réel : tout n’est que cinéma, ou jeu vidéo. Il y a là une véritable et constante aliénation : l’image sidère et anesthésie, elle ne nous ouvre plus les yeux sur la vie, et ce que nous voyons n’est plus qu’une fantasmagorie de somnambule, un rêve éveillé. Yeux grands ouverts peut-être, mais aussi grands fermés : Eyes wide shut.

 

D.R.

D.R.

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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 01:01

Tout le monde tient à en bénéficier, mais rares sont ceux qui y voient un problème. Ainsi j’ai assisté dernièrement à un très beau concert de piano gratuit, et j’ai pu voir à la fin la foule demandant avec une cruelle insistance à l’instrumentiste de jouer encore en bis morceau sur morceau. Elle n’avait aucun égard à la mine épuisée du musicien, qui venait de jouer une heure et demie des œuvres de Chopin, certaines très difficiles, et de mémoire, sans l’aide d’aucune partition. Je souffrais pour lui, et aurais bien voulu que les « Encore ! » du public eussent été remplacés simplement par des « Merci ! » Mais non, il dut continuer un petit quart d’heure encore, et son triomphe finalement eut pour lui des allures de calvaire.

 

Nous pensons volontiers aujourd’hui que tout nous est dû, que le don gratuit est la norme, sans voir de quelle peine souvent il se paie chez celui qui nous l’offre. Rarement nous vient à l’idée de dire merci, comme je l’ai souligné dans mon article « Reconnaissance », à propos des suicides fréquents dans le monde du travail (Golias Hebdo, n°99). Traditionnellement le don même n’est pas unilatéral, il implique réciprocité, comme Mauss l’a montré dans son Essai sur le don. Le bénéficiaire doit y répondre obligatoirement par un « contre-don » selon des codes préétablis : c’est à ce prix que se fait le lien social.

 

Nous en sommes bien loin. Tous ceux qui font du bénévolat ici me comprendront. Très vite un service rendu gratuitement paraît normal aux autres, et ils ne se font pas un devoir d’en manifester une reconnaissance, même minime, même symbolique : quelques applaudissements pour un conférencier bénévole, ou un bouquet de fleurs, etc. Mais non, l’absence de remerciement est bien souvent la règle.

 

Aussi on veut toujours sur Internet du contenu gratuit, ou bien lire des journaux gratuits, sans se douter qu’ainsi on creuse la fosse des contributeurs. Finalement me vient une idée cruelle et cynique : il semble aux gens que ce qui est gratuit n’a pas autant de valeur que ce qui est payant.

 

Récital Chopin - Lunel (34) - Salle Brassens - 18 mars 2017

Récital Chopin - Lunel (34) - Salle Brassens - 18 mars 2017

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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