4 octobre 2017
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Des mouvements antiracistes veulent faire enlever le nom de Colbert au fronton de nos établissements publics, dont les lycées, au motif qu’il a rédigé, sur demande de Louis XIV, le Code noir entérinant et réglementant l’esclavage. Ce fait est exact, mais je me demande si on a bien raison d’aller jusque là.
Tout homme a sa part d’ombre, même si par ailleurs il peut avoir des qualités, qui le font paraître lumineux aux yeux de la postérité. À suivre ces iconoclastes, il faudra faire la chasse à tous ceux qui ont pu avoir dans l’histoire des sympathies pour le racisme, ou simplement pour des causes moralement discutables. On pourra incriminer Louis XIV lui-même, puis Napoléon, qui a donné sa bénédiction à l’esclavage en le réactivant. Mais aussi je suis bien sûr qu’on trouvera jusque chez le général de Gaulle des zones d’ombre en telle ou telle de ses positions. Est-ce une raison pour débaptiser rues et avenues, déboulonner les statues sur les places publiques, etc. ?
Partie en si bon chemin, la chasse aux sorcières pourra s’en prendre à quasiment tous les écrivains. Il y a de l’antijudaïsme chez Shakespeare, avec le personnage de Shylock dans Le Marchand de Venise. Chez Voltaire, où la rapacité d’un « marchand juif » est mentionnée dans Candide. Chez Balzac, avec le personnage du baron Nucingen. Chez Baudelaire aussi (« Une nuit que j’étais près d’une affreuse Juive... »), etc. Et pour prendre un autre domaine les admirateurs de Zola lui-même savent-ils comment il traite la Commune de Paris dans La Débâcle ? Les Versaillais y sont présentés comme la partie saine de la France amputant cette dernière de sa partie gangrenée. Est-ce ce qu’on attend d’un écrivain progressiste ?
En vérité, nul n’est parfait. C’est pour chacun le bilan général de l’œuvre qui compte, et c’est aux historiens de le dresser impartialement. Il y a un angélisme exterminateur, qui anime les mouvements susdits. Leur zèle de purification oublie que sauf à critiquer à peu près tout le monde il y a toujours une mesure à garder en toutes choses : Est modus in rebus.
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Chroniques de Golias Hebdo (Actualité)
27 septembre 2017
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J’ai revu à la télé, sur la 5, le film de Michael Cimino, Voyage au bout de l’enfer. Le sujet en est le traumatisme causé sur trois soldats états-uniens par la guerre du Vietnam. Rarement la guerre a été dénoncée avec autant de force. Il y a même deux séquences concernant une épreuve de roulette russe qui sont quasiment irregardables, si grandes sont la violence qu’elles contiennent et la folie qui y mène. Cependant la fin du film m’a laissé perplexe : après l’enterrement d’un des jeunes gens, leurs camarades et amis se réunissent autour du repas traditionnel, et malgré leur tristesse entonnent le God bless America ! (Dieu bénisse l’Amérique !).
J’entends bien qu’il s’agit là d’une forme de catharsis, c’est-à-dire de purgation-purification du climat qui suit le drame, comme un arc-en-ciel après un orage. C’est le prélude à l’apaisement qui va se produire, pour qu’au moins les membres de cette petite communauté puissent malgré les deuils et les épreuves se ressouder et trouver le courage de continuer à vivre. En tout cas je n’ai vu là aucune ironie : c’est très humain, et peut-être inévitable pour la survie des groupes sociaux.
Cependant, une fois passée une émotion indéniable, je me suis demandé s’il n’y avait pas là un aveuglement intellectuel. Peut-on continuer à implorer la bénédiction d’un Dieu qui a laissé faire de tels drames, ou au moins en a été singulièrement absent, au surcroît sur un pays dont la politique les a causés ? Il n’y a dans ce film aucune analyse historique sur les causes de ce conflit, on n’y implique que des soldats états-uniens, et rien n’est dit sur les motivations du camp adverse. Aussi je me dis que les larmes qu’il suscite brouillent le regard, empêchent d’y voir clair.
Comme un torrent, l’émotion emporte tout. Mais n’oublions pas que Brecht considérait la catharsis comme un « plaisir barbare », puisque empêchant toute analyse et toute réflexion. Aussi je pense qu’il peut réellement y avoir une barbarie de l’art, d’autant plus grande que l’œuvre est, comme c’est le cas ici, formellement très réussie.
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Chroniques de Golias Hebdo (Actualité)
23 septembre 2017
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La perspective de permettre aux femmes célibataires ou homosexuelles d’avoir un enfant par procréation médicalement assistée (PMA) pose un point de droit intéressant. En effet le droit des pays latins, influencé par le dogme du péché originel que nous devons à saint Augustin, postule que l’individu n’est pas tout-puissant, et qu’il est nécessaire parfois de le protéger contre lui-même. Ainsi on ne peut chez nous déshériter ses enfants, vendre les composants de son corps, etc. À l’inverse, dans les pays anglo-saxons, l’individu a toute liberté de contracter : comme si chez eux Pélage, partisan de la liberté individuelle, l’avait emporté sur Augustin.
Mais je serais assez partisan de la vision de ce dernier. S’agissant de la PMA généralisée, je trouve là une prétention exorbitante. Autrefois, lors d’une naissance, on disait : « Un enfant nous est donné », ou bien : « Dieu a béni notre union ». Maintenant on parle de « faire un enfant », et ce par tous moyens et dans toutes situations possibles. On voit bien ici l’hybris de l’homme occidental, qui n’accepte pas la soumission à la nature, et veut se substituer à elle. En l’occurrence, le moyen est possible. Mais ce qui est possible est-il toujours légitime ?
On ne sait pas trop où l’on s’engage en généralisant cette PMA, jusqu’ici réservée aux cas de stérilité pour les couples hétérosexuels. Évidemment les couples homosexuels masculins vont vouloir aussitôt l’égalité avec les couples féminins, et on aboutira à la gestation pour autrui (GPA), qui instrumentalise le corps des femmes, au rebours de ce que dit Kant par exemple, pour qui autrui ne doit jamais être traité comme un moyen, mais comme une fin.
Quant à l’idée avancée de « droit à l’enfant » pour tous, elle me semble folle. Nos enfants ne sont pas nos enfants, comme disait Gibran. Ils ne nous appartiennent pas. Il faut avoir pour eux le plus profond respect, nos devoirs sont unilatéraux à leur égard, car ils n’ont pas demandé à naître, et n’ont pas participé à un contrat quelconque. Qui s’occupera alors de leurs droits à eux ?
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Chroniques de Golias Hebdo (Actualité)