22 mars 2017
3
22
/03
/mars
/2017
02:01
Plus que la pyramide en pierre m’impressionne et me touche la pyramide humaine. J’ai vu sur Arte, le dimanche 12 mars dernier, en début de soirée, le documentaire Géo intitulé : Catalogne – Le défi des pyramides humaines. J’ai déjà vu avec même émotion, lors de mes séjours annuels dans la Cerdagne française, ces tours humaines qui montent à l’assaut du ciel. On en trouvera une description avec photos en consultant sur Internet l’article Castells de Wikipédia.
L’ambition en semble démesurée. En effet, il faut bâtir un Château humain de six à dix étages, sans qu’il s’effondre, aussi bien à la montée vers le ciel que lors de la redescente, une fois l’édifice bâti. D’où vient l’émotion que cela procure ? D’abord de la performance physique, les compétiteurs faisant assaut de surenchères constantes : le cœur bat et on se demande si leur ambition sera récompensée, ou non : il y a donc du suspense. Ensuite le spectateur philosophe pourra méditer sur la finalité de la chose : un peuple aussi croyant que celui-là veut-il arriver ainsi à être plus près de Dieu ? Il pourra penser à saint Siméon stylite, qui dans le même but vécut quarante ans en prières au sommet de sa colonne. À côté de cela, il pourra voir dans ce spectacle l’orgueil des constructeurs de la tour de Babel, qui furent châtiés par un dieu qui ne voulait pas être détrôné.
Mais le plus émouvant à mon avis est la gradation observée dans l’édification de ces châteaux humains. En bas sont les gros bras, puis au fur et à mesure qu’on s’élève les acteurs ont un poids qui va diminuant, jusqu’à faire couronner l’édifice par un tout jeune enfant, qui lève la main en signe de triomphe. Magnifique symbole : les adultes se réunissent et font corps, et tous se mettent au service de cet enfant salvateur. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser au puer aeternus de toutes les religions et spiritualités du monde. Si la société a besoin de la force adulte unie pour s’édifier, son salut se parachève en la personne de ce faible enfant et de sa petite main levée.

D.R.

D.R.
***
Sur le thème du puer aeternus ou de l'enfant salvateur, on peut lire :
Published by www.michel-theron.fr
-
dans
Chroniques de Golias Hebdo (Actualité)
16 mars 2017
4
16
/03
/mars
/2017
02:01
J’ai appris avec stupéfaction qu’un professeur de l’enseignement public, dans l’Indre, a été suspendu par son Inspecteur d’Académie pour avoir fait travailler ses élèves sur quelques extraits de la Bible. Une enquête administrative a été ouverte, mais les parents d’élèves qui ont envoyé une lettre au rectorat pour se plaindre de l’étude d’un texte religieux en classe restent anonymes et ne parlent pas – en quoi évidemment on peut admirer leur courage... (Source : francetvinfo.fr, 04/03/2017)
Cette sanction d’une gravité exceptionnelle me choque totalement. Cela me fait penser à mes débuts de professeur en lycée public. Comme j’avais fait allusion en cours au Notre Père chrétien, où le croyant demande à Dieu de « ne pas le faire entrer en tentation », pour faire réfléchir les élèves, après Paul Ricœur, à l’idée du « Dieu méchant dans la vision tragique de l’existence », mon proviseur me convoqua et me reprocha de faire réciter dans tous mes cours le Notre Père et l’Ave Maria ! Tant la calomnie sournoise et courageusement anonyme peut faire des ravages, comme le dit Basile dans Le Barbier de Séville !
Je ne sais pas évidemment quel a été le contenu de l’enseignement de ce collègue, au demeurant très bien vu de la quasi-totalité de ses élèves et de leurs parents, d’après la source susmentionnée. Mais je sais bien que l’étude d’un texte dit « sacré », biblique ou autre, est tout à fait possible en cours de français, et ne contrevient pas au principe de laïcité. Seuls les laïcistes ou laïcards, ces myopes intellectuels, peuvent s’en formaliser. Leur convient tout à fait le proverbe oriental : « Quand on montre la lune du doigt, l’imbécile regarde le doigt ».
Au reste, je soutiens que vouloir étudier la littérature sans faire référence aux contenus religieux qui la sous-tendent, textes compris, est une ineptie. Comment comprendre Pascal, Racine, Hugo, Baudelaire, etc., sans y faire des allusions, et parfois fort développées ? Ne confondons pas les plans. C’est affaire ici de culture, et non pas de catéchisme.
Published by www.michel-theron.fr
-
dans
Chroniques de Golias Hebdo (Actualité)
10 mars 2017
5
10
/03
/mars
/2017
02:01
C’est le gouvernement de la foule (en grec : ochlos). À la différence du peuple (en grec dêmos), entité structurée autour d’un rêve commun, la foule n’obéit qu’à ses instincts immédiats, sans réfléchir. Dans sa Psychologie des Foules, Gustave Le Bon oppose les foules, faites d’individus atomisés soumis à la seule force d’un chef, aux peuples soudés, organisés par un vrai projet collectif et conscient. Dans l’Histoire, les peuples succèdent aux foules. Mais ce mouvement n’est pas irréversible, et on peut toujours, hélas !, en démocratie même, revenir à la foule initiale.
C’est ce qui se passe actuellement. Le slogan du parti d’extrême droite chez nous est « Au nom du peuple ! ». Mais ce « peuple » n’en est pas vraiment un, car il n’est qu’un agrégat de mécontents, qui n’a de nostalgie que celle d’un chef, en l’occurrence une démagogue qui se contente de surfer sur toutes les frustrations, d’origines fort diverses. Il suffit de voir l’aveuglement qu’il manifeste face aux ennuis judiciaires de sa dirigeante : ferait-elle les pires choses, qu’on ne lui en tiendrait pas rigueur. Il y a toujours, comme dirait Trump, des « vérités alternatives » !
Montesquieu, dans De l’esprit des lois, a bien montré que la démocratie se corrompt lorsque par démagogie le peuple devient foule, ou populace. Ainsi naissent les populismes de tous bords. Le gros Léviathan dont parle Alain n’est que réflexe, et non réflexion. Le « recours au peuple » ira nécessairement vers le pire. La foule préférera toujours Barrabas à Jésus, l’assistanat à la liberté, la peine de mort à son abolition, etc.
L’axiome Vox populi vox Dei (la voix du peuple est la voix de Dieu) me semble ce qu’il y a de plus dangereux. Les deux actuels candidats de droite (extrême et traditionnelle) disent que leur sort ne doit relever que du suffrage populaire. Ils veulent court-circuiter la justice, troisième pouvoir, dont le rôle pourtant est de juger sereinement les personnes. Mais le « peuple » est-il toujours éclairé, et une élection est-elle un plébiscite ?
Published by www.michel-theron.fr
-
dans
Chroniques de Golias Hebdo (Actualité)