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10 juillet 2022 7 10 /07 /juillet /2022 01:00

N

ous sommes en Occident si habitués à la lutte contre ce qui nous arrive que nous avons du mal à considérer comme salutaire son acceptation en pleine conscience, sans jugement aucun.

 

En quoi nous avons tort. Bien sûr je fais exception des injustices sociales, qu’il faut combattre sur leur propre terrain. Mais pour le reste, nous ferions bien mieux d’accepter ce que nous apporte le présent, en le voyant clairement, et en y adhérant sans réserve.

 

Une étude médicale dernièrement parue montre que l’état de « pleine conscience » (mindfulness), utilisé dans le cadre de la méditation, a un impact salutaire sur la santé. Il réduit l’impact du stress et de l’anxiété, qui exposent à une production excessive d’hormones et peuvent créer dépression, prise de poids, problèmes digestifs, baisse de la concentration et de la capacité de mémorisation. Mais les sujets qui acceptent leurs émotions négatives ou les situations imprévues sans rumination peuvent limiter cette réponse physiologique (Source : Slate, 13/06/2014).

 

L’article fait référence, comme origine de cette posture, au bouddhisme. Mais point n’est besoin d’y recourir, car l’attitude d’acceptation est une constante de toute religion et de toute spiritualité, et existe donc aussi chez nous.

 

Voyez le Fiat ! (« Que cela soit !) qu’on trouve dans la deuxième demande du Notre Père, ainsi que dans la réponse de Marie à l’Ange lors de la scène de l’Annonciation (Luc 1/38). Les Beatles ont même paraphrasé ce dernier exemple dans leur célèbre chanson Let it be ! Cette formule, ce mantra, nous les devons comme ils le disent à notre Mère Marie (Mother Mary) qui peut venir vers nous pour nous donner une leçon de sagesse (wisdom).

 

Adhérer à ce qui se produit ici et maintenant (hic et nunc) est le meilleur moyen de se délivrer des tensions qui de toute façon ne le feront pas disparaître, mais ne feront qu’amplifier notre souffrance.

 

Quand on fait de la voile, s’il y a un coup de vent, le réflexe est de se crisper et de tirer sur les écoutes : c’est le meilleur moyen d’aller à l’eau. Si ou contraire on lâche tout, le bateau flotte comme un bouchon, et on ne risque rien.

 

Sachons donc être totalement lucides sur ce que nous vivons, ne pas être dans le déni ou le refus qui aveuglent, ne pas fermer nos poings pour la lutte, mais au contraire ouvrir nos mains pour l’accueil.

 

Cela bien sûr, par exemple en monde chrétien, récuse toute eschatologie, toute posture d’attente, et même toute idée d’espérance. L’acquiescement au présent en effet est bien différent de l’attente d’un salut futur, même si les deux postures peuvent parfois coexister dans une même construction religieuse.[1]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 26 juin 2014

 

[1] Toutes ces considérations sont reprises et développées dans mon ouvrage Sur les chemins de la sagesse – Des clés pour mieux vivre, éd. BoD, 2019.

 

D.R.

 

***

 

Cet article est extrait de mon ouvrage en deux tomes Chroniques religieuses, édité chez BoD. On peut les feuilleter en cliquant ci-dessous sur Lire un extrait. Et on peut les acheter sur le site de l'éditeur en cliquant sur Vers la librairie BoD :

 

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24 juin 2022 5 24 /06 /juin /2022 01:00

C

e mot est ordinairement connoté négativement, et personne ne voudrait avouer s’en rendre coupable. Pourtant la perception inverse vient de se produire.

 

En effet, Hasbro, le fabriquant du jeu mythique Monopoly, vient de commercialiser, pour répondre selon lui à la demande de nombreux joueurs, un « Monopoly des tricheurs ». Cette version ajoute 15 cartes représentant les arnaques les plus communes tentées par les participants : sauter une case, changer un hôtel de place ou voler quelques billets... Si la supercherie n’est pas révélée avant la fin d’un tour, le tricheur gagne un hôtel ou de l’argent. Mais tout de même, s’il est pris la main dans le sac, il va directement en prison (Source : AFP, 03/02/2018).

 

Assurément la possibilité de tricher va donner du piment au jeu : le cœur bat davantage quand on prend des risques et quand on s’aventure hors des clous. Qui ne l’a pas essayé déjà, dans un jeu quelconque ? C’est de tout temps, comme il se voit par exemple dans le tableau de Georges de La Tour Le Tricheur à l’as de carreau.

 

Mais le problème est d’insérer cette possibilité dans un jeu qui déjà incarne le capitalisme le plus impitoyable et dépourvu de sens moral, où tout est fait pour favoriser gain et profit.

 

Son principe, immuable depuis sa création en 1935, est de devenir le plus riche possible en achetant des terrains pour y construire des hôtels rapportant des loyers. Le jeu était interdit dans l’ex-URSS, précisément car incarnant le capitalisme le plus sauvage et le plus débridé.

 

L’idéologie en était et demeure une version du darwinisme social : dans la lutte pour la vie, seul survit le plus adapté, ou le plus malin et le plus écraseur des autres, et pour le reste « Malheur aux vaincus ! ». Toujours le « maillon faible » doit sortir.

 

Finalement le jeu initial ignorait évidemment toute éthique, et la nouvelle version pour tricheurs ne fait que pousser à son point normal d’aboutissement sa philosophie première. Il semble même qu’elle colle de plus en plus à l’actualité, les tricheurs étant aujourd’hui de plus en plus nombreux.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 15 février 2018

 

D.R.

 

***

 

Cet article est extrait du livre suivant :

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

***

 

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20 juin 2022 1 20 /06 /juin /2022 01:00

L

e passage d’une langue à une autre peut conduire à de graves méprises, et être la cause de grands drames..

 

Ainsi en Israël un palestinien a été arrêté après une traduction particulière de Facebook. L’homme avait publié une photo de lui dans une colonie israélienne, posant avec un bulldozer, un véhicule déjà utilisé par le passé pour des attaques, et écrit « Bonne journée ! » en arabe, phrase que le logiciel du réseau social a traduit par « Attaquez-les ! » en hébreu, et « Faites-leur du mal ! » en anglais. Aucun traducteur n’est intervenu avant l’arrestation. Après interrogatoire, l’homme a été libéré, la police s’apercevant de son erreur (Source : LeParisien.fr, 22/10/2017).

 

Il est heureux que l’affaire se soit bien terminée. Mais plusieurs remarques me viennent à l’esprit.

 

D’abord sur la méfiance qu’il faut avoir, n’en déplaise aux partisans de l’intelligence artificielle qui croient aux miracles en la matière, vis-à-vis des logiciels de traduction automatique informatisée. Si puissants que soient les algorithmes utilisés, ils ne peuvent rien saisir du sens d’expres­sions ou de phrases complexes. Efficaces peut-être pour traduire un manuel pratique, ils sont totalement inopérants pour tout ce qui touche à la sémantique. La signification du langage proprement humain leur échappe par nature. Et d’ailleurs, pour le cas qui nous occupe, qui nous dit que « Bonne journée ! » n’aurait pas pu être antiphrastique ? [v. Intelligence]

 

En second lieu, la traduction a déjà eu des conséquences tragiques. Ainsi le bombardement états-unien sur Hiroshima et Nagasaki vient, au dire de certains historiens, d’une traduction particulière sur un mot japonais, Mokusatsu, que le gouvernement nippon avait employé pour répondre à l’ultimatum qui lui avait été adressé. Ce mot peut signifier soit « opposer une fin de non-recevoir » soit « s’abstenir de tout commentaire ». Ce n’est évidemment pas la même chose. Mais la première traduction a été choisie, et non la seconde, et le feu nucléaire a été lancé.

 

Montaigne avait bien raison, quand il disait que « la plupart des causes de trouble du monde sont grammairiennes. »

 

Article paru dans Golias Hebdo, 23 novembre 2017

 

D.R.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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