Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
17 mai 2022 2 17 /05 /mai /2022 01:00

N

ous en sommes le cousin, depuis les découvertes de Darwin, et malgré ce qu’en disent encore les fondamentalistes bibliques. Les plus proches de nous sont les chimpanzés et les bonobos, qui sont eux-mêmes très proches morphologiquement les uns des autres. Mais non pas quant à leur comportement, et c’est ce qui m’occupe ici.

 

J’ai en effet vu récemment, les concernant, une émission documentaire passant sur Arte, qui analysait la structure sociale des deux groupes, et leurs façons respectives de se conduire.

 

Les chim­panzés sont patriarcaux, accordent une importance prédominante au statut social, et règlent les conflits surgissant entre eux par la violence.

 

Les bonobos au contraire, matriarcaux, ne manifestent pas d’agressivité, et gèrent les mêmes conflits en les apaisant au moyen de l’acte sexuel. La tension y est résolue tout simplement par l’orgasme, dont j’ai fait par ailleurs l’éloge. [v. Orgasme]

 

Entre les deux modes d’être il me semble qu’on ne peut hésiter : mieux vaut faire l’amour que la guerre (même si parfois on fait les deux à la fois !). Trop de rétention sexuelle mène à une frustration de l’individu, qui ne peut générer que la violence. Comme disait l’adage latin : Semen retentum venenum est – La rétention de la semence est un poison. Les bonobos y échappent donc, mais non les chimpanzés.

 

L’opposition du patriarcat et du matriarcat est aussi très significative. Traditionnellement, on dit que l’esprit de compétition, le désir de s’affirmer, et évidemment parfois par le combat, est transmis par le père. Cela peut aboutir à la destruction de l’autre. Au contraire, la mère incarne l’accueil inconditionnel, dont ferait partie pour chacun non pas la défense jalouse et acharnée de son propre corps, mais son don libéral, l’échange avec l’autre.

 

Si maintenant on songe qu’il y a des religions patriarcales, et au premier chef les trois religions abrahamiques (judaïsme, christianisme, et islam), on peut en tirer la conclusion qu’elles sont potentiellement plus violentes que les religions matriarcales.

 

Il y a bien sûr des exceptions : certaines paroles de Jésus par exemple sont bien « féminines » d’inspiration. Et il y a même un Jésus « mère-poule », abritant ses poussins sous ses ailes (Matthieu 23/37 ; Luc 13/34).

 

Les religions patriarcales séparent l’homme de ses instincts profonds. Le Père y incarne la Loi, via la Parole, dont la fonction est précisément la séparation d’avec les pulsions. Il est absurde de les récuser en bloc. Mais quand elles ont montré leurs limites, on comprend qu’on puisse se tourner vers les religions de la « Grande Mère », qui ne poussent pas l’homme à agir pour s’affir­mer, mais à être en harmonie avec les grands rythmes du monde, dont l’exercice de la sexualité est une manifestation majeure.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 24 avril 2014

 

D.R.

 

***

 

Cet article est extrait du livre suivant :

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00€Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

***

 

> Pour voir tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

 

Partager cet article
Repost0
1 mai 2022 7 01 /05 /mai /2022 01:00

L

e 21 novembre dernier, la cour d’assises de la Manche a acquitté un jeune réfugié d’origine bangladaise du viol d’une lycéenne de 15 ans à Saint-Lô, dans la Manche, fin 2015.

 

Au procès, l’avocate de la défense a invoqué des difficultés d’interprétation de son client qui « n’avait pas les codes culturels » pour prendre conscience qu’il imposait une relation non consentie. Quant aux experts, ils ont décrit le réfugié comme empreint de la culture masculine de son pays d’origine où « les femmes sont reléguées au statut d’objet sexuel ». Autrement dit, il n’a fait que suivre les coutumes de son pays. (Source : LeFigaro.fr, 24/11/2018)

 

Il semble bien que ce soit cette absence chez lui de « codes culturels » appropriés qui ait emporté l’adhésion des juges, et ait provoqué l’ac­quittement.

 

Je sais bien qu’en matière de justice un progrès a été fait au cours du temps, lorsqu’on a cessé de considérer seulement l’acte commis en lui-même, pour prendre en compte le contexte, l’intention par exemple de l’agent et la présence chez lui d’une claire conscience de ce qu’il a fait. Mais enfin la décision d’absoudre me semble ici, comme elle l’a paru à beaucoup, totalement inad­missible.

 

Les « codes culturels » ont bon dos. Leur invocation ici procède du plus détestable des relativismes. Je sais bien encore ce que dit Montaigne des Cannibales dans ses Essais : « Chacun appelle barbare ce qui n’est pas de son usage. » Et aussi ce que dit Lévi-Strauss dans Race et Histoire : « Le barbare est celui qui croit à la barbarie. » Mais de telles formules, justes dans un sens, sont insoutenables dans un autre.

 

À ce compte-là, toutes les pratiques seraient également justifiées au regard des habitudes locales : l’esclavage, l’excision, etc.

 

Contre ce localisme spécificateur, qui est un communautarisme, il faut défendre l’abstraction généralisante des droits de l’homme, selon par exemple l’idéal des Lumières. Et traiter autrui, selon le mot de Kant, jamais comme un moyen, mais toujours comme une fin. C’est ce qu’on aurait dû faire comprendre, par un verdict moins absurde, à notre prédateur sexuel.

 

Article paru dans Golias Hebdo,13 décembre 2018

 

D.R.

 

***

 

Cet article est extrait du livre suivant :

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00€Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

***

 

> Pour voir tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

Partager cet article
Repost0
19 avril 2022 2 19 /04 /avril /2022 01:01

Pour faire réfléchir en vue de la prochaine élection présidentielle, je reproduis ci-après un article déjà paru dans Golias Hebdo (22/12/2018)  :

 

Référendum

 

On parle beaucoup actuellement, à propos du mouvement des gilets jaunes, de la possibilité constitutionnelle d’instaurer un référendum d’initiative citoyenne (RIC). Au risque de mécontenter mes lecteurs, je dirai que cette mesure, si elle est adoptée, me semble extrêmement dangereuse.

 

À part certaines questions très locales et purement techniques où cette possibilité pourrait être une bonne chose, à l’image de la pratique suisse des votations, il n’en est pas de même pour les grandes questions, dont beaucoup ont des enjeux moraux importants. Il est évident que si on faisait un référendum pour le rétablissement de la peine de mort, ou pour l’expulsion immédiate des immigrés, la réponse serait oui. La foule réagit par impulsion immédiate, sans s’occuper de réfléchir. Elle préférera toujours Barabbas à Jésus.

 

Il suffit de voir le déluge d’opinions non réfléchies qui se répand sur Internet via ces réseaux sociaux qui ont été à l’origine du mouvement des gilets jaunes. Pour une opinion sensée, combien d’absurdes et de dangereuses ! Agressivité et haine s’y donnent libre cours. Certains même parlent de référendum « révocatoire », qui consisterait à écarter tel ou tel représentant qui ne donnerait pas satisfaction. Mais on pense là aux tribunaux populaires, avec tous leurs excès, que l’on a connus lors de la Révolution française, ou avec le totalitarisme soviétique.

 

Au vu d’ailleurs de la complexité des choses, comment penser qu’une réponse satisfaisante à une question peut être simplement un oui ou un non ? En réalité, le référendum a toujours l’aspect d’un plébiscite : il s’agit de savoir si l’on suit ou non une personne, celle qui pose la question. La porte est ouverte au césarisme : il suffit de voir comment Mussolini et Hitler ont pu jouer du recours immédiat au peuple, en court-circuitant tous les corps intermédiaires et toutes les instances représentatives pour conquérir le pouvoir. L’axiome Vox populi vox Dei (La voix du peuple est la voix de Dieu) qui sous-tend tous les populismes, peut mener aux pires résultats, comme à ceux que nous prédisent les sondages pour les prochaines élections.

 

Golias Hebdo (22/12/2018)

 

D.R.

 

***

 

> Pour voir tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages