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29 août 2024 4 29 /08 /août /2024 01:01

Dimanche 30 octobre, vers 3 heures du matin, les policiers de Toulouse ont été alertés par des passants de la présence en ville d’un homme habillé en noir et kaki et pointant un fusil d’assaut. Selon ces témoins, il aurait également crié « Allahou akbar ! ». L’individu une fois interpellé, il s’est avéré que sa tenue était un déguisement d’Halloween, et que l’arme était factice. Ce jeune homme, âgé de 26 ans, a assuré qu’il « ne comprenait pas ce qu’on lui reprochait ». Et il a expliqué aux policiers : « À Halloween, on a le droit de tout faire. » (Source : Leparisien.fr, 01/11/2016).

 

Manifestement il ne s’est pas effrayé d’effrayer les autres, et il ne s’est même pas demandé s’il risquait lui-même sa vie, en pouvant attirer par la menace qu’il représentait une riposte des forces de l’ordre.

 

Je reste sidéré devant tant d’inconscience. Cela m’a fait penser au film de Bertrand Tavernier, L’Appât (1995), où une jeune femme sert d’« appât » en boîtes de nuit, faisant semblant d’être séduite et permettant ainsi à ses acolytes de s’introduire chez sa proie pour la dépouiller. Ce film, inspiré d’un fait réel, s’achève par une scène de torture et de folie sanguinaire. Et c’est la réflexion de l’héroïne à la fin qui ressemble à celle du jeune homme du fait-divers toulousain. Aux policiers qui l’ont arrêtée, elle demande naïvement « si elle sera sortie pour Noël ».

 

Naïveté et inconscience semblent aujourd’hui ne pas avoir de limites dans certains esprits. La séparation n’y est pas faite entre le jeu et le sérieux. Mais aussi c’est un trait de notre époque, caractérisée par un éthos de l’amusement généralisé, que Baudrillard appelait la fun morality. Je pense encore à ce rire léger et convivial, répandu un peu partout, sur fond de nihilisme, que Lipovetsky naguère a analysé dans L’Ère du vide. Et c’est bien sur un vide, prenant comme ici des profondeurs abyssales, que s’édifie notre modernité. Notre jeune écervelé nous en renvoie bien l’image, véritablement celle d’un monde light : 0% de matière grise !

 

D.R.

D.R.

*

 

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25 août 2024 7 25 /08 /août /2024 01:00

U

n concours de beauté intitulé Miss Holocauste, faisant s’affronter des femmes ayant survécu à la Shoah, vient d’être organisé en Israël (source : Site Internet du journal Elle, 29 juin 2012).

 

Le responsable de cet événement le considère comme une « célébration de la vie », et une Polonaise de 74 ans, une des 300 candidates, a déclaré : « J’ai le privilège de montrer au monde que Hitler a voulu nous exterminer et que nous sommes vivants. Nous profitons de la vie. »

 

Certes, grand bien lui fasse ! Mais quid de toutes les personnes mortes dans ce massacre ? Le sacre d’une survivante ne leur est-il pas une insulte ? Faut-il se féliciter d’avoir survécu à une catastrophe ? Ne faut-il pas au contraire penser avec émotion et silence aux victimes, et respecter la douleur de leurs proches ? N’est-ce pas tuer une seconde fois ceux qui sont morts que de s’affirmer quant à soi bien vivants et heureux de l’être ?

 

On sait que certains survivants à l’holocauste juif n’ont pas supporté d’en avoir réchappé, au point que certains se sont définitivement murés dans le silence, ou bien se sont suicidés, comme Primo Levi.

 

Et c’est psychologiquement compréhensible. En général, selon ce que dit La Bruyère : « Il y a une espèce de honte à être heureux à la vue de certaines misères ». À quoi fait écho la parole de La Sauvage d’Anouilh : « Il y aura toujours un petit chien crevé quelque part qui m’empêchera d’être heureuse. » Il arrive que le bonheur soit une insulte au malheur, qu’il ne respecte pas.

 

L’impudeur du procédé susdit est générale. On fait aujourd’hui concours de tout, et au prix d’un énorme contraste on oublie la substance réelle des choses pour ne retenir que la forme, qui vaut alors pour elle-même et est seule prise en considération.

 

Cela me fait penser à ces « Funérailles à prix coûtant » qui formaient naguère le slogan d’une grande surface. Ou encore à ce « Lancer de nains » pratiqué il y a quelque temps aussi dans certains night-clubs. Avec une parfaite équanimité du regard, on nivelle tous les contenus, que l’on traite avec total cynisme, totale obscénité, totale indécence.

 

De toute façon, sacrer une Miss Holocauste et lui donner de beaux vêtements ne donneront pas forcément plus de sens à sa vie. Restera une macabre et inadmissible mise en scène, où amnésie, formalisme et esprit fun, tous caractères de la modernité, s’unissent pour faire oublier le réel.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 12 juillet 2012

 

D.R.

*

 

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21 août 2024 3 21 /08 /août /2024 01:00

J

e ne sais où s’arrêtera celle de l’art contemporain. Je me demande même si ce mot d’« art » peut être encore employé aujourd’hui.

 

Ainsi on parle d’un petit garçon allemand de sept ans, déjà traité de « mini Picasso », qui réalise des tableaux vendus dans le monde entier pour plusieurs milliers d’euros. Sa technique est simple : il applique des jets de peinture sur la toile muni des gants de boxe de son père. Ce dernier est aussi l’agent de son rejeton, s’occupe de ses affaires à temps plein, et en a fait une marque à succès. À chaque exposition sont vendues des casquettes ornées de la signature de l’« artiste ». Les critiques devant lui sont béats d’admiration, et parlent d’un « prodige de l’expressionnisme ». On ne sait où s’arrêtera le buzz autour de lui (Source : AFP, 09/01/2020).

 

Plusieurs remarques me viennent à l’esprit. D’abord un enfant, s’il est parfois artiste, n’est pas un artiste. Je veux dire qu’il ne sait pas reproduire sa trouvaille. Le miracle qu’il peut produire à telle ou telle occasion ne dispense pas, pour sa réitération, d’une maîtrise nécessaire qui vient bien plus tard. Les enfants prodiges ne sont pas légion. Certes on peut citer Mozart. Mais pour un cas comme le sien, combien d’espérances avortées ! Qui se souvient encore de Minou Drouet ?

 

En second lieu, la technique employée par le phénomène ainsi adulé consiste à abdiquer toute initiative consciente au profit du seul hasard. Taches, maculations, coulures évoquent évidemment le dripping de Pollock, ou encore les Tirs de Niki de Saint Phalle. Il y a là, dans cette complète reddition à l’aléatoire, un suicide créatif.

 

Je veux bien qu’ici on ambitionne d’ouvrir au maximum, par l’absence de maîtrise sur ce qu’on fait, l’éventail des possibles. Mais le résultat est insignifiant, car vouloir tout dire est ne dire rien. Je suis là-dessus de l’avis de Boileau :

 

« Une merveille absurde est pour moi sans appâts. »

 

Il est courant de faire maintenant de l’argent avec le génie supposé des enfants. Dans le film La Grande Bellezza, réalisé par Paolo Sorrentino en 2013, c’est une petite fille que le public snob de Rome porte aux nues : elle se roule sur la toile, s’en enveloppe, et en ressort toute souillée de peinture. Elle fait ce qu’on attend d’elle, mais manifestement elle subit cela comme une contrainte torturante. A-t-on le droit de manipuler, d’instrumentaliser ainsi l’enfance, dans un seul but de cupidité ?

 

Article paru dans Golias Hebdo, 30 janvier 2020

 

Jackson Pollock au travail - D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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