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6 juillet 2023 4 06 /07 /juillet /2023 01:00

L

a Pénitencerie apostolique, le tribunal du Vatican chargé des questions de conscience, vient de publier une note approuvée par le pape rappelant le caractère absolu du secret de la confession.

 

Elle précise que son « inviolabilité (…) provient directement du droit divin révélé et plonge ses racines dans la nature même du sacrement, au point de n’admettre aucune exception ». Ce secret relève de « l’essence même du christianisme et de l’Église », de par la volonté du Christ de sauver les hommes et d’utiliser, pour ce faire, des prêtres par lesquels il agit en personne. Et parce qu’agissant « in persona Christi », les prêtres ne peuvent « en aucune manière », révéler ce qui leur a été confié en confession (Source : La-Croix.com, 01/07/2019).

 

Cette position a une certaine logique en elle-même : s’il n’était pas sûr du secret de la confession, nul n’irait se confesser. On pense aussi au secret médical, spécialement celui confié au psychiatre ou au psychanalyste. On le confierait moins si l’on pensait qu’il peut être divulgué.

 

Cependant un conflit peut se poser ici : celui qui reçoit le secret peut tomber sous le coup de la loi pour non-dénonciation de méfait ou de crime, ou pour non-assistance à personne en danger. Il me semble pourtant que ce type de conflit est moins difficile à résoudre si le secret n’est pas absolutisé et inconditionnel, se prévalant comme dit l’Église d’une origine « divine ».

 

Chez elle, le sacrement de pénitence (ou par euphémisme de réconciliation) donne au prêtre le pouvoir discrétionnaire et thaumaturgique d’ab­soudre les péchés : Ego te absolvo, etc.

 

S’ap­puyant sur certains passages évangéliques, sans doute eux-mêmes écrits pour justifier cette pratique (Matthieu 16/19 ; Jean 20/23), il est admis par les Catholiques et les Orthodoxes.

 

Mais les Réformés l’ont refusé sans doute à cause des abus qu’il permettait, inhérents à tout sacrement (chantage possible, par exemple). Un pasteur protestant ne dirait pas : « Je t’absous », mais seulement : « Que Dieu te pardonne ! » Cette position, il me semble, n’est pas la plus sotte.

 

Et pourquoi seul le prêtre aurait-il le pouvoir d’absoudre ? Dans L’Ingénu, le Huron de Voltaire, après s’être confessé, veut lui-même confesser son confesseur. En quoi il est fidèle lui aussi à l’Écriture : « Confessez-vous donc vos péchés les uns aux autres et priez les uns pour les autres, afin d’être guéris. » (Jacques 5/16)

 

Dans ce cas, le « secret » de la confession peut évidemment venir à la connaissance de tous.

 

Article paru dans Golias Hebdo,18 juillet 2019

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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2 juillet 2023 7 02 /07 /juillet /2023 01:00

C’

est le recours habituel de ceux qui souffrent de faits ou de situations qu’ils ne peuvent soumettre au contrôle de la froide raison. Aveuglés par leurs affects, ils imaginent un ou des ennemis extérieurs, justifiant ce qui arrive. Ils voient de la finalité cachée partout.

 

Cette tendance est de tout temps, mais elle a été réactualisée récemment par un groupe de prélats catholiques, pour qui les mesures sanitaires actuelles prises par les États sont un prétexte pour limiter « d’une manière disproportionnée et injustifiée les libertés fondamentales, y compris l’exercice de la liberté de culte. » Elles annonceraient la venue d’un État totalitaire, qui voudrait « créer la panique parmi la population dans le seul but d’imposer de façon permanente des formes de limitation inacceptables de la liberté, de contrôle des personnes (…), prélude inquiétant à la création d’un gouvernement mondial hors de tout contrôle. » (Source : lemonde.fr, 09/05/2020)

 

Ce conspirationnisme ecclésial s’explique évidemment par la nostalgie d’un pouvoir perdu, un cléricalisme forcené, qui n’admet pas la déchristianisation et la sécularisation actuelles de la société. Pour ces prélats il s’agit tout simplement de « choisir son camp : avec le Christ, ou contre le Christ. »

 

On en sourirait, si cette attitude maximaliste et exclusiviste n’était pas malheureusement autorisée par certaines paroles qu’on a mises dans la bouche de ce dernier. Ainsi : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui ne rassemble pas avec moi disperse. » (Matthieu 12/30) Ou encore : « C’est moi qui suis le chemin, la vérité et la vie. On ne vient au Père qu’en passant par moi. » (Jean 14/6)

 

Au lieu de s’interroger sur les raisons d’une désaffection des fidèles, qui peut tenir pour une part au maximalisme des paroles susdites, les prélats ont préféré se créer un ennemi invisible, dont ils s’imaginent être les victimes. Se croire persécuté est le propre d’un esprit paranoïaque. Ce trait s’ajoute ici à une psychorigidité naturelle, pour former une situation gravement pathologique.

 

Mais le plus inadmissible est l’irresponsabilité de leur discours. Ils ont revendiqué de pouvoir célébrer la messe à leur guise, l’État n’ayant « pas le droit de s’ingérer, pour quelque raison que ce soit, dans la souveraineté de l’Église » et donc d’interdire ou de limiter le culte public. De combien de morts alors seront-ils responsables, par des messes célébrées avec des églises dépourvues de mesures sanitaires ?

 

Article paru dans Golias Hebdo, 11 juin 2020

 

D.R.

 

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Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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30 juin 2023 5 30 /06 /juin /2023 01:00

L’importance de l’intelligence artificielle (IA), que l’apparition de ChatGPT a rendue évidente, va avoir des conséquences décisives sur le monde du travail. Même on peut se demander si elle est simplement une révolution « industrielle ». Ne serait-ce pas plutôt une révolution « sociétale » ? Quel est en effet l’avenir du travail dans nos sociétés ?

 

McKinsey vient de publier un rapport décoiffant sur le sujet. Il prévoit que l’IA va faire exploser la productivité. Elle va avoir un impact majeur sur toutes les industries, de la banque à la santé en passant par la technologie. « L’Intelligence générative va permettre d’automatiser à hauteur de 60 à 70% des tâches qui occupent les employés aujourd’hui. »

 

La nouveauté, c’est que cette révolution, contrairement aux autres, ne créée pas de nouveaux emplois, ou seulement à la marge. Elle remplace les emplois. McKinsey écrit pudiquement qu’il faudra « soutenir les travailleurs » pour qu’ils changent de jobs ou d’activité.

 

Le seul aspect positif est que c’est la première révolution qui ne touche pas les classes les plus défavorisées : les « low cost jobs » ne sont pas remplaçables par l’IA, ils pourraient même être revalorisés, ce qui serait une excellente chose, car la réalité humaine dans toute son épaisseur et sa dimension y est vraiment affrontée.

 

Mais pour les autres, à part les activités et métiers de haute créativité inaccessibles à l’IA, le spectre du chômage menace. On dira que c’est un bien, que les nouvelles générations s’éloignent de la surconsommation par égard pour la planète, et récusent le « travailler plus pour gagner plus ». En quoi cela tombe bien : de toute façon on ne pourra pas travailler « plus ».

 

Pourtant je ne suis pas si optimiste, si grand est le souci des hommes de remplir leur vie par le travail. Beaucoup verront venir la perspective de l’ennui. Trouveront-ils des hobbies pour se distraire ? Et il faudra que les couples soient bien soudés, pour survivre à une cohabitation de plus en plus grande.

 

Au fond, ce travail s’éloignant de plus en plus de l’horizon, une obligation s’effaçant où l’on a pu voir une aliénation, il importe que l’homme qui va maintenant en être progressivement libéré en tire leçon : qu’il cesse de se fuir, accepte de faire retour sur lui-même, et soit capable de voir ce qui compte vraiment pour lui, où résident ses vraies richesses.

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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