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2 septembre 2022 5 02 /09 /septembre /2022 01:00

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n peut être anticlérical, et aimer fréquenter les prêtres, rechercher sinon leur amitié, au moins leur conversation.

 

C’est précisément mon cas, et en chaque ville que j’ai habitée j’ai toujours essayé de rencontrer le chargé de paroisse de mon quartier.

 

Aussi me suis-je reconnu en lisant le récent article de Télérama consacré au trentième anniversaire de la mort de Georges Brassens. On y lit que ce « légendaire bouffeur de curés » en comptait plusieurs dans son entourage. Et cela ne m’a pas du tout étonné.

 

Comment expliquer ce paradoxe ? Cela est aisé. Qui pourrions-nous vouloir rencontrer, lorsque nous sommes jusqu’à la nausée écœurés par le matérialisme de notre société ? Face à ce « règne inexpiable de l’argent » dont parlait Péguy, et dont il n’y a aucun précédent dans l’histoire de notre monde, qui voir, avec qui parler, qui n’en soit pas a priori prisonnier, et qui soit une occasion de nous ouvrir à ce à quoi notre âme altérée aspire : quelque chose d’autre au moins que tout cela, et qu’il faut bien appeler Transcendance ? Qui nous change des vedettes du show-biz, du foot, de la finance, de l’arrivisme de nos professionnels de la politique ?

 

En principe, à part peut-être certains penseurs ou artistes (dont le nombre n’est pas bien grand, car beaucoup sont pris par le culte de leur ego, quand ce n’est pas par le maelstrom de l’argent), seuls les hommes de Dieu peuvent nous faire entrevoir d’autres horizons que ce royaume de la Mort.

 

Mais seulement quand nous les sentons habités par la même recherche que la nôtre : bref, nos frères en humanité. Mais viennent-ils à nous débiter tel catéchisme ou tel credo, telle injonction insti­tutionnelle, qu’aussitôt le rapprochement se rompt, nous voyons devant nous le pasteur et non plus l’homme, et apparaît inévitablement l’anti­cléri­calisme. C’est que nous n’avons plus devant nous un homme, mais comme disait Drewermann un « fonctionnaire de Dieu ».[1]

 

C’est pourquoi, contre ce type de fossilisation, le « mécréant » Brassens a toujours défendu l’humain. Mais déjà Hugo, ce grand croyant, disait que Dieu sortait de l’église dès lors qu’un prêtre y pénétrait. Quant à moi, j’en pourrais certes dire autant à l’occasion. Mais tout de même, je me contenterai d’espérer rencontrer un homme partageant la même soif que moi, même si c’est pour un Dieu auquel personnellement je ne crois pas.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 31 mars 2011

 

[1] Sur la différence en une même personne entre le pasteur et l’homme, voyez le chapitre « Schizophrénies religieuses », dans mon livre Peur de son ombre – La Lumière est en nous, éd. BoD, 2017.

 

D.R.

 

***

 

Cet article est extrait de mon ouvrage en deux tomes Chroniques religieuses, édité chez BoD. On peut les feuilleter en cliquant ci-dessous sur Lire un extrait. Et on peut les acheter sur le site de l'éditeur en cliquant sur Vers la librairie BoD :

 

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31 août 2022 3 31 /08 /août /2022 01:00

O

n en distingue ordinairement deux types, que l’on oppose : l’amour de désir, en grec éros, et l’amour de don, en grec agapè, mot qui a donné le français agape, repas fraternel. C’est lui seul qui est employé pour dire l’amour dans le texte néotestamentaire. L’équiva­lent latin d’éros est amor, et d’agapè, caritas, qu’uti­lise Jérôme dans sa Vulgate.

 

Caritas a donné charité, mais ce mot a pris maintenant des connotations condescendantes, et on traduit désormais l’agapè chrétienne par amour tout simplement, par exemple dans l’hym­ne célèbre que Paul lui a consacrée, au chapitre 13 de la première épître aux Corinthiens.

 

Théoriquement, ces deux visages de l’amour se distinguent bien l’un de l’autre. Le premier, éros, cultive le désir pour lui-même, et s’y complaît : il recherche un certain état, celui d’être amoureux. Le second, agapè, veut le bien de l’autre : c’est un amour actif, qui se voue et dévoue à l’autre. De ce point de vue, quand on est amoureux, on n’aime pas vraiment, on aime seulement aimer. Aimer au contraire c’est aider.

 

Voilà le catéchisme que j’ai appris, dans ma lecture des ouvrages de Denis de Rougemont, comme L’Amour et l’Occident, ainsi que des thèses d’Anders Nygren, dans son livre essentiel sur Éros et Agapè.

 

Cependant, j’ai toujours aimé revisiter les catéchismes. Ainsi ai-je remarqué qu’en grec moderne aimer se dit tout simplement agapân, le mot incluant toute sorte d’amour, éros compris. Et d’autre part les Pères de l’Église disent que Dieu a pour les hommes un amour fou, manikos eros, exactement comme dans le recueil éponyme de Breton.

 

Aussi ai-je entrepris une enquête sur cette opposition, en la confrontant à mon expérience personnelle de l’amour. Et il m’a semblé que les deux types d’amour non seulement ne s’opposent pas radicalement, mais qu’ils peuvent coexister dans une seule vie : passion et compassion ne sont pas des ennemies. Et même au sein même de la seconde l’absence constatée de la première, du fait de l’écoulement inexorable du temps, peut être très mal vécue.

 

Simplement il y a des dangers symétriques qui guettent éros et agapè : la dangereuse méconnaissance de l’autre, simple objet de projection,  dans le premier cas – et le très contestable sacrifice de soi-même, souvent renvoyant à un dolorisme d’essence religieuse, dans le second.

 

Et enfin l’idée m’est venue d’explorer des voies que l’on pourrait suivre pour préserver l’amour de son grand ennemi : le temps qui passe.[1]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 13 mars 2014

 


[1] On trouvera toutes les étapes de cette enquête dans mon livre Savoir aimer – Entre rêve et réalité, éd. BoD, 2020.

 

 

D.R.

 

***

 

Cet article est extrait de mon ouvrage en deux tomes Chroniques religieuses, édité chez BoD. On peut les feuilleter en cliquant ci-dessous sur Lire un extrait. Et on peut les acheter sur le site de l'éditeur en cliquant sur Vers la librairie BoD :

 

Chroniques religieuses
Théron, Michel
14,00€Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont une sélection d'articles parus dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils concernent toujours directement ou indirectement des sujets ayant trait à la religion et à la spiritualité. Vu leur brièveté (deux pages), on peut en faire une lecture picorante et fragmentée. Ce livre n'est pas un traité systématique, mais un recueil familier permettant de petites méditations quotidiennes sur des sujets concrets.

Chroniques religieuses
Théron, Michel
16,00€Livre papier
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Les textes composant cet ouvrage sont une sélection d'articles parus dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils concernent toujours directement ou indirectement des sujets ayant trait à la religion et à la spiritualité. Vu leur brièveté (deux pages), on peut en faire une lecture picorante et fragmentée. Ce livre n'est pas un traité systématique, mais un recueil familier permettant de petites méditations quotidiennes sur des sujets concrets.

 
 
 
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29 août 2022 1 29 /08 /août /2022 01:00

J’ai donné une attention particulière aux informations qui ont été données dans le Journal de 20H, le samedi 27 août dernier, sur France 2. D’abord on s’est longuement félicité de la reprise de la fréquentation touristique sur notre territoire, incluant celle des étrangers (supérieure même, a-t-on dit, à ce qu’elle était avec la crise du Covid). Le ton en était totalement triomphal, tout le monde convenant que l’été avait été très beau. Ensuite, après une enquête sur la consommation, il y a eu une information, sur le mode du péan, sur le lancement d’une fusée états-unienne à destination de la lune. Bref, tout le monde était pleinement content de la journée qui s’achevait. Et le monde d’après, comme on disait au temps de la crise sanitaire, ressemblait beaucoup au monde d’avant. On y va continuer à prendre l'avion, à faire marcher la climatisation, etc.

 

Mais cette édition a totalement passé sous silence d’autres rappels, ou informations dont je n’ai eu connaissance que par la radio. D’abord le « bel été » a été suffocant pendant plus de deux mois pour beaucoup, qui évidemment ne l’ont pas trouvé tel. Et les canicules successives ont été accompagnées de méga-feux, ainsi que de catastrophiques inondations, dont la dernière a causé plus de 1000 morts au Pakistan, le jour même où cette édition du JT a été diffusée, et dont je ne peux croire que la rédaction n’ait pas été informée. Tous ces cataclysmes, au surplus, étant appelés à cause du changement climatique à se reproduire à l’avenir de façon inéluctable.

 

Quant à l’enthousiasme soulevé par la fusée lunaire, que pèse-t-il à côté du bombardement de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia, où risquent de se produire maintenant incendies et fuites radioactives ? Là encore, cette information pourtant essentielle a été passée sous silence.

 

Il est humain de vouloir « faire l’autruche », ne pas vouloir voir ce qui nous fâche. Mais venant d’un média public, obligé à l’information complète, cette politique est éminemment contestable. Avec la rétention de certaines dépêches, le décervelage n’est pas loin. Ne veut-on pas gâcher les retours de vacances ? Soit ! Dormez, braves gens, mais attention à votre réveil !

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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