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30 mars 2022 3 30 /03 /mars /2022 01:00

C’est une arme redoutable dans les conflits, et par elle on peut triompher d’un adversaire sans l’attaquer de front. Le personnage d’Ulysse, par exemple, en est l’incarnation. Son intelligence, sa mètis, lui permet dans l’Odyssée de triompher du Cyclope, des Sirènes, etc. De même, comment les anciens Grecs auraient-ils pris Troie, sans le stratagème du fameux cheval ?

 

Face à Vladimir Poutine, qui dans le conflit russo-ukrainien incarne la force brutale, seule arme à laquelle il croit, on aurait attendu de la part des Occidentaux plus de ruse et d’invention. Par exemple le président états-unien aurait pu se dispenser de dire avant même le déclenchement du conflit qu’aucun soldat de l’OTAN ne combattrait sur le sol ukrainien. Cette parole ne pouvait que fortifier Vladimir Poutine dans son projet d’invasion. Pareillement les Occidentaux auraient pu se dispenser de dire publiquement qu’ils allaient livrer des armes à l’Ukraine. Cela a naturellement servi la propagande russe, et n’a pu qu’augmenter le déferlement de missiles sur le pays envahi. Si on voulait aider ce dernier, il suffisait de fournir des armes sans le dire, clandestinement.

 

Il n’est jamais de bonne tactique que de dire à l’avance à un ennemi ce qu’on va faire. Et si on le dit, il faut ensuite le faire. Ne pas se trouver dans la position du président Obama, qui après avoir parlé de ligne rouge à ne pas franchir à propos de l’utilisation d’armes chimiques en Syrie, n’a rien fait ensuite pour mettre sa menace à exécution quand ces armes ont été utilisées. De cette reculade Vladimir Poutine a évidemment retiré l’idée que l’Occident était fragile et peu déterminé : il y a vu un encouragement à poursuivre sa politique impérialiste.

 

Dernièrement le président Biden en Pologne a appelé de ses vœux le départ de Vladimir Poutine du pouvoir. Cette parole venait du cœur d’un homme plein d’empathie pour les victimes de cette guerre. Mais aussitôt après la Maison-Blanche a fait savoir qu’il n’était pas dans les intentions des USA de provoquer un changement de régime en Russie. Évidemment elle a voulu rompre avec l’habitude états-unienne de ce genre d’entreprises, comme il s’est vu en Irak et en Afghanistan. Mais quel besoin avait-on de faire cette correction ? Voulait-on ne pas indisposer Vladimir Poutine ? Bien plutôt ce dernier a-t-il dû se féliciter de cette nouvelle reculade, qui lui a montré encore une fois la faiblesse de son ennemi.

 

Il est certes permis d’être hésitant et indécis. Mais il ne faut pas le montrer à l’adversaire, qui y trouve un blanc-seing et une absolution pour ce qu’il fait.

 

« Voici que moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; soyez donc rusés comme les serpents et candides comme les colombes. » (Matthieu 10/16) Il me semble que l’Occident ici est plus candide que rusé...

 

D.R.

 

***

 

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28 mars 2022 1 28 /03 /mars /2022 01:00

L’Occident s’étonne que son modèle et ses valeurs ne soient pas facilement acceptés par les autres pays. C’est un fait que leur importation en terre étrangère n’est pas automatiquement réalisable, comme on l’a vu par exemple dans les pays où les États-Unis ont voulu par les armes apporter la liberté.

 

À cela il y a deux réponses. D’abord dans les vieux pays d’Europe la démocratie a mis beaucoup de temps à être acceptée : plusieurs siècles. Elle s’est heurtée à beaucoup de résistances et d’intérêts tenant au poids du passé. Il ne faut donc pas s’étonner qu’elle ne puisse l’être très rapidement dans de nouveaux pays. En toutes choses il faut laisser du temps au temps.

 

Ensuite se pose le problème de l’image que les pays démocratiques donnent à ceux qui les voient de l’extérieur. Elle n’est pas toujours parfaite, et ces pays ont beau jeu à dénoncer le hiatus qu’il y a entre ce qu’ils constatent effectivement et les valeurs qu’on leur claironne.

 

La démocratie pour bien fonctionner suppose ce que Montesquieu appelait la « vertu », nous dirions aujourd’hui le civisme. C’est le sentiment de l’intérêt public, auquel doivent toujours se subordonner les revendications particulières. La perception aussi que la liberté n’est pas la licence, que seule la loi peut la garantir en punissant les écarts, et que tout droit suppose un devoir qui lui est indissolublement lié, en vertu d’un contrat tacite liant l’individu à son prochain.

 

Or on constate aujourd’hui un repliement dans les démocraties occidentales sur la sphère privée. Le civisme est remplacé par l’individualisme. Le citoyen devient un consommateur, et l’usager un client, signifiant la fin du service public. La seule norme admise est l’intérêt de chacun. Et la seule valeur reconnue devient l’argent. On voyait bien pourtant dans le film Good Bye Lenin que les liens sociaux existaient dans la feue Allemagne de l’Est, même si le régime était liberticide.

 

Pour peu que se greffe là-dessus la fin de la morale traditionnelle du Devoir, au nom d’un relativisme subjectiviste, on comprend bien qu’à regarder l’ensemble du tableau certains puissent penser que l’Occident a renié ses valeurs. C’est le cas par exemple de Vladimir Poutine.

 

Bien entendu je ne partage pas la haine qu’il a pour l’Occident, pas plus que j'approuve le régime qu’il a mis à la place. Simplement je cois qu’il faudrait que nous ayons plus de modestie quand nous vantons notre propre modèle.

 

D.R.

 

***

 

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24 mars 2022 4 24 /03 /mars /2022 02:00

Elle est bien souvent, comme dit le proverbe, mauvaise conseillère. On peut le vérifier en considérant le destin de Vladimir Poutine.

 

Il a commencé, sous l’ère soviétique, par être lieutenant-colonel du KGB, où il voulait faire carrière dans le contre-espionnage. Le propre de cette fonction est de se méfier de tout et de tous, et de voir autour de soi des traîtres et des complots incessants. Bref, un complexe de l’assiégé ou obsidional, qui peut mener à la folie et au délire paranoïaque (Jean-Jacques Rousseau chez nous en était atteint). Or quand on se sent persécuté, c’est bien de la peur qu’on ressent vis-à-vis du persécuteur, et qui se tourne ensuite, comme un moyen de la faire cesser, en violence contre lui.

 

L’effondrement de la Russie soviétique a été l’effondrement du propre monde de Vladimir Poutine. Il ne s’en est jamais remis, et aussi il n’a de cesse au fil des années que de la reconstituer à sa façon. Ce système qu’il a connu dans sa jeunesse lui semble le seul possible, il fait corps avec lui, et tout facteur qui s’en écarte ou le compromet lui fait peur. Aussi comme toujours il veut intervenir pour l’anéantir. Parfaitement psychorigide, refusant tout changement et toute évolution, il n’admet pas que s’éveille dans le cœur des hommes un quelconque élan vers la liberté. Soit il admet qu’il est naturel et qu’il faut le combattre, soit plutôt il imagine, toujours dans la logique complotiste, qu’un tel élan est suscité ou manipulé de l’extérieur. L’OTAN lui fait peur, car ce qu’il signifie met en question son propre régime totalitaire et liberticide, et en dernière instance, sa propre raison d’être et même sa propre existence.

 

Bien entendu les reproches qu’il adresse à l’Occident ne sont pas tous infondés, et il a beau jeu de pointer les contradictions qu’il y a chez ce dernier entre ce qu’il prône et la façon dont il se comporte parfois. Il ne faut pas en être surpris. Si Vladimir Poutine est obstiné, il n’est pas du tout incohérent. Il raisonne très bien au contraire. « Le fou, disait Chesterton, est celui qui a tout perdu, sauf la raison. » L’erreur de l’Occident est de ne pas avoir pris au sérieux les divers avertissements qu’il a déjà donnés au fil des années.

 

La violence vient toujours d’une peur qu’on ressent au fond de soi et qu’on veut combattre : y recourir est le moyen de la compenser et de la surmonter. Parmi les chiens, celui qui aboie le plus fort est le plus petit : celui qui se sent le plus faible. Il compense sa faiblesse par l’intensité de ses aboiements, qui sont ses rodomontades à lui. À l’inverse, quand on est vraiment fort on n’a pas besoin de le montrer.

 

Malheureusement la peur est contagieuse. Qui a peur, par sa violence et sa brutalité fait peur aux autres. On voit bien que l’entourage de Vladimir Poutine tremble de peur devant lui, comme celui de Staline naguère. On n’ose pas lui dire la vérité sur les opérations militaires, de peur d’un châtiment. Le peuple russe aussi se retient d’élever la voix contre lui pour la même raison. Et nous aussi nous avons peur de lui, qui le sait bien et en profite. C’est une cascade de peurs, partie de celui qui l’a lui-même initiée, pour compenser celle qu’il a éprouvée au fond de lui-même, quand le monde auquel il croyait s’est effondré.

 

Je viens de citer Staline. Il me semble que l’Histoire ici se répète. Voyez avec quelle agressivité Poutine traite maintenant de « traîtres » ceux de son entourage qui s’opposent à lui. Il veut en purifier son pays. Les purges sont donc en passe de revenir. Combien de temps cela perdurera-t-il ? Il est difficile d’être optimiste. Staline est mort dans son lit...

 

De tout cela il faut tirer une leçon générale. La peur, comme disait Fassbinder, dévore l’âme. Dans nos vies, c’est donc de la peur elle-même qu’il faut avoir peur, et non d’autre chose.

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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