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3 avril 2024 3 03 /04 /avril /2024 01:00

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n se demande où va s’arrêter le nihilisme où s’engloutit chaque jour davantage le monde de l’art contemporain.

 

Lors d’une vente aux enchères chez Sotheby’s à Londres, une toile de l’artiste Banksy, star du street art, La Fille au ballon rouge, qui venait d’être adjugée au prix record d’1,2 million d’euros, a été déchiquetée en lamelles par une broyeuse dissimulée dans son cadre, télécommandée par l’artiste lui-même.

 

Stupéfait, le public a mitraillé le dispositif, pour immortaliser le moment avant la destruction complète. Pour Nicolas Laugero Lasserre, spécialiste du street-art, Banksy « va devenir par ce coup de génie l’artiste le plus coté au monde. » (Source : Francetvinfo.fr, 06/10/2018)

 

Sans doute le geste iconoclaste de l’artiste avait-il pour but de montrer la totale déconnection du marché de l’art où les prix atteignent des valeurs stratosphériques, avec la réalité des objets eux-mêmes proposés à la vente, soumis à la pure loi de la marchandisation et de la spéculation. Le même tableau vendu avec un nom connu verra son prix s’envoler, et au contraire s’il est proposé par un inconnu il n’intéressera personne. On n’achète pas une œuvre, mais du vent médiatisé.

 

Le paradoxe est que cette entreprise faite pour dessiller les yeux des acheteurs est récupérée par le système lui-même, et qu’elle donne une plus-value à celui qui en est l’auteur. Plus l’artiste déconstruit le système, plus sa cote monte.

 

L’œuvre elle-même disparaît en tant que telle, et ce qui compte est le buzz qui se fait autour d’elle : non sa valeur esthétique ou d’« usage », mais sa valeur de représentation, toute arbitraire (sa cote financière, décorrélée de tout substrat réel). Ainsi, après avoir fait l’acquisition d’une sérigraphie du même Banksy, la start up Injectice Protocol a procédé à sa destruction en mars 2021. La combustion, filmée, horodatée, valorisée, a ensuite été vendue sous la forme d’un fichier numérique, quatre fois plus cher que l’original. (Source : Télérama, 0906/2021, p.30) 

 

Les galeries suivent le mouvement, et il est très facile, comme on dit, de les épater...

 

... Comment expliquer cet aveuglement ? Je pense aux nobles qui assistaient aux pièces de Beaumarchais, et qui applaudissaient aux critiques mêmes dont ils y faisaient l’objet. Ne les comprenaient-ils pas ? Ou bien succombaient-ils à un vertige masochiste ? Ou les deux ?

 

Quoi qu’il en soit, ce système fou où toute notion de réalité est perdue subsiste, comme le disait Baudrillard de la société de consommation, « avec une fixité obscène ». Quelques tout petits pourcents de la population possèdent la majorité des richesses de la planète, dont ils n’ont que faire que de s’en amuser. Nous vivons une apocalypse joyeuse, et l’orchestre du Titanic continue de jouer en plein naufrage...

 

[v. Art ]

Article paru dans Golias Hebdo, 18 octobre 2018

 

D.R.

*

 

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1 avril 2024 1 01 /04 /avril /2024 01:00

Art

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n admettait naguère que son but était la recherche de la Beauté, et que ses temples étaient précisément les musées des « Beaux-Arts ».

 

Mais aujourd’hui tout cela a bien changé. Certains « artistes » revendiquent hautement la laideur et la médiocrité de leurs créations. Ils assument par exemple totalement l’idée d’une mauvaise peinture (bad painting). Voyez la pratique de Jean-Michel Basquiat : l’« œuvre » est volontairement bâclée et négligée, elle mêle collages, graffitis, couleurs vives, traits grossiers, publicités, etc.

 

Mieux, l’artiste belge Jacques Lizène revendique lui-même un « art nul » et des créations lamentables et sans intérêt. On peut consulter (preuve qu’il rencontre de l’écho) sa notice sur Wikipédia.

 

Sur le même site on pourra voir la longue rubrique consacrée au Museum of bad art (MOBA), ouvert récemment dans le Massachussetts. Ce musée s’est fixé pour but de collecter et d’expo­ser des œuvres « trop mauvaises pour être ignorées ». Ses fondateurs disent que la collection est un hommage à la sincérité des artistes qui ont persévéré, malgré la catastrophe du résultat : « Nous sommes là pour célébrer le droit de l’artiste à l’échec glorieux ».

 

De fait, la sélection est sévère, et neuf tableaux sur dix sont refusés, car ils ne sont pas assez laids. Le but est de désinhiber les candidats-artistes, en leur montrant ce qu’il y a de pire, pour les délivrer de la peur qu’ils pourraient avoir à s’exprimer eux-mêmes – quitte évidemment à ce qu’ils fassent la même chose que ce qu’ils voient...

 

Le point de départ de la collection a été une toile déchirée découverte dans une poubelle de Boston, par quelqu’un qui à l’origine voulait en récupérer seulement le cadre. La déchirure même en a fait la valeur. Autrement dit, tout peut toucher, et l’intérêt qu’on porte à quelque chose n’a aucun rapport avec sa qualité.

 

Lorsque Bourdieu dans La Distinction affirmait la relativité des jugements esthétiques, avait-il prévu le résultat de son entreprise de déconstruction ? Arroseur arrosé, ou pompier pyromane, est-on fondé ensuite à critiquer le nihilisme, à quoi aboutit nécessairement la mise en avant de l’échec ?

 

Article paru dans Golias Hebdo, 25 janvier 2018

 

Jean-Michel Basquiat (D.R.)

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30 mars 2024 6 30 /03 /mars /2024 02:00

D’

après une étude américaine récemment publiée et dont je viens de prendre connaissance, s’il arrive qu’on ait mal quelque part dans son corps, le meilleur remède est de tomber amoureux. Cela sécrèterait dans l’organisme de bénéfiques « substances psycho-actives », qui comme leur nom l’indique seraient susceptibles de nous redonner du tonus, de l’élan et de l’allant.

 

Je ne sais quel humoriste a dit que passé un certain âge, que je ne préciserai pas par précaution, si on n’a mal nulle part lorsqu’on se réveille, c’est qu’on est mort. Eh bien, voici maintenant le remède : tomber amoureux.

 

Certes il y a là une solution pour lutter contre la dépression du désenchantement, l’acédie ou le « À quoi bon ? » où nous mène inexorablement le poids des ans. Comme dit l’Évangile, « Si le sel perd sa saveur, comment le lui redonnera-t-on ? » (Matthieu 5/13 ; Marc 9/50 ; Luc 14/34) Évidemment les rédacteurs de ces textes n’avaient pas pensé, comme palliatif, à la voie sus-évoquée. Mais nous vivons une époque moderne, et nous serions bien sots d’en éluder les progrès.

 

Les Anciens disaient que l’amour dans la vieillesse est une chose honteuse : Turpe senilis amor. Démentons-les donc, et ouvrons à nouveau notre cœur, laissons-le battre selon tous ces merveilleux horizons que nous ouvre, quand nous sommes amoureux, notre imagination. Y trouverons-nous des ennuis ? Qu’à cela ne tienne ! Les ennuis chassent l’ennui. Ceux de l’amour ont ceci de bon qu’ils n’ennuient jamais. De toute façon, il vaut mieux se perdre dans sa passion que de perdre sa passion.

 

Ne risquons-nous pas, si nous aimons, de ne pas être payés de retour ? Tant pis. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ! À nous donc les voyages organisés, les clubs de rencontre, les liaisons sur Internet, les cours de danse où s’épanouira à nouveau notre vie au contact d’un nouveau partenaire ! N’hésitons pas. Écoutons les médecins, ces gourous modernes. Sans aucun doute notre corps s’en trouvera mieux, si nous passons des rhumatismes au romantisme.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 5 mai 2011

 

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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