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12 février 2022 6 12 /02 /février /2022 02:00

C’

est aux yeux de tous une grave pathologie, s’opposant à l’état de normalité. Chacun pense qu’il en est préservé.

 

Mais cette rassurante opposition m’a quitté, quand j’ai lu un intéressant article émanant de médecins américains selon lequel les grandes figures du monothéisme ont souffert de pathologies mentales (Source : Slate.fr, 30/03/2016).

 

Elles illustreraient parfaitement la phrase du psychiatre Thomas Szasz : « Si vous parlez à Dieu, vous êtes religieux. Si Dieu vous parle, vous êtes psychotique. »

 

Ainsi d’après l’article en question Abraham incarna-t-il le premier un cas de psychose, manifestée par des hallucinations, à commencer par celle, auditive, qui lui enjoignit de sacrifier son fils à Dieu, délire mystique qui le mena à tenter un passage à l’acte.

 

Moïse souffrit lui aussi de psychose hallucinatoire chronique, manifestée par exemple dans l’épi­sode du Buisson ardent. À quoi s’est ajouté un symptôme dit de graphorrhée ou d’impulsivité irrésistible à écrire, visible dans l’épisode des Dix Commandements.

 

Jésus fut, lui, un bipolaire oscillant entre phases d’exaltation maniaque et phases dépressives, voire mélancoliques, ces dernières accompagnant son choix final d’une mort volontaire, sorte de suicide par procuration, nécessitant pour s’accomplir l’intervention miséricordieuse de Judas.

 

Paul, lui, fut un hystérique, dont le trouble de conversion ressemble fort à une crise d’épilepsie.

 

Pour Mahomet, les auteurs de l’article vont jusqu’à évoquer l’hypothèse d’une tumeur cérébrale.

 

***

 

... Que penser de tout cela ? On pourrait y voir une démystification voltairienne et ricanante de tous ces grands fondateurs, qui auraient pu être guéris par des antidépresseurs ou des électrochocs. Ces insolites comparaisons ne sont pas farfelues. On sait par exemple que l’épilepsie était déjà pour les anciens Grecs et Romains une maladie « sacrée », manifestation en l’homme de la présence divine.

 

Mais je préfère y voir un encouragement donné aux vrais malades, une réhabilitation qui leur est donnée par l’exemple de ces grandes figures, à l’image desquelles ils peuvent se considérer eux-mêmes.

 

Artistes et écrivains se reconnaîtront aussi dans le trouble bipolaire : c’est un fait bien connu que l’exaltation maniaque, si elle est ordinairement dangereuse, favorise aussi bel et bien la créativité.

 

Ainsi, sans aller jusqu’à dire, comme le Knock de Jules Romains, que tout bien portant est un malade qui s’ignore, je dirai que les linéaments de toutes ces maladies sont déjà en nous-mêmes, et qu’entre elles et nous il n’y a pas une différence de nature, mais de degré.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 14 avril 2016

 

D.R.

***

 

Cet article est extrait du livre suivant :

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

***

 

> Pour voir tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

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15 janvier 2022 6 15 /01 /janvier /2022 02:00

M

étrobus, la régie publicitaire de la RATP, vient d’enlever, dans les affiches le représentant, la pipe de Monsieur Hulot, personnage fétiche de Jacques Tati.

 

Même chose vient d’être faite pour l’affiche du film consacré à Coco Chanel, où la cigarette que tenait l’actrice principale a été ôtée. Affiches dénicotinisées, donc…

 

On peut penser aussi au brin d'herbe qui a remplacé la cigarette de Lucky Luke dans les albums de Morris.

 

C’est le conformisme, le désir de sacrifier au politiquement correct si répandu aujourd’hui, mais aussi, au fond de tout cela, la peur d’encou­rir les foudres de la loi Even qui a mû ces publicitaires. Or cette loi n’interdit que la promotion direc­te du tabac, et non pas les représentations culturelles où il peut figurer, mais à tout autre but que d’en vanter l’usage. En l’espèce, Métrobus a fait du zèle.

 

À ce compte, il faut aussi enlever la pipe de Maigret, celle du capitaine Haddock, aussi la cigarette d’Humphrey Bogart, et de tous les privés des films noirs américains, etc. Et pourquoi pas, si on prend un si bon chemin, supprimer de tous les manuels de littérature La Pipe de Baudelaire, le cigare que chante Mallarmé dans son Art poétique, et jusqu’à cet éloge dithyrambique du tabac que fait Sganarelle au début du Dom Juan de Molière… La liste évidemment n’est pas limitative. Dieu lui-même ne sera plus, comme disait Gainsbourg, « un fumeur de havane »

 

Cette peur dénote un singulier manque d’humour et de sens du ridicule. Et pourquoi se corseter ainsi dans les peurs ? Ce culte fanatique de la pureté, dans tous les sens du mot (allant de l’hygiène à la morale), est un vrai angélisme exterminateur, ce qu’on pourrait appeler le complexe des écuries d’Augias. [v. Cruauté]

 

Cela me fait penser aussi à cette moraline ou obsession de la morale, anathématisée par Nietzsche, par laquelle l’homme occidental se paralyse, coupe son élan vital. En réalité, rien n’est pur dans la vie : notre tâche est simplement de faire reculer, autant que nous pouvons, l’impu­reté, en sachant bien que nous ne pourrons jamais la supprimer totalement. [v. Transparence]

 

Est modus in rebus, disaient les Anciens : il faut en toutes choses garder mesure. Réfléchissons aussi à l’inconséquence que nous manifestons. Nous condamnons le fumeur comme si son cas était comparable, par exemple, à celui d’un chauffard alcoolisé qui cause un accident mortel. Il y a des gradations élémentaires à respecter, il me semble, dans les anathèmes que nous for­mulons.

 

En plus nous fermons les yeux sur les forfaits de tel ou tel requin de la finance. Nous applaudissons même à l’argent-roi qui s’étale avec indécence, dans la vitrine de nos magazines people. Examinons-nous d’abord, avant d’anathématiser l’autre :

 

« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? » (Matthieu, 7/3)

 

> Article paru dans Golias Hebdo, 30 avril 2009

 

***

Cet article est extrait du livre suivant :

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
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Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

***

 

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13 janvier 2022 4 13 /01 /janvier /2022 02:01

C

e mot est censé maintenant faire partie du domaine de l’art, mais je laisse mes lecteurs en juger au vu d’événements récents.

 

L’« artiste » français Abraham Poincheval a passé trois semaines à couver des œufs, enfermé dans une boîte en plexiglas au vu du public, au Palais de Tokyo à Paris. Pour son « premier travail avec du vivant », il a été récompensé de sa patience : un premier poussin vient d’éclore, lui confirmant qu’il avait lui aussi le pouvoir de « donner la vie ».

 

Il n’en est pas à sa première tentative : il a déjà passé huit jours dans un trou sous une pierre d’une tonne, deux semaines à l’intérieur d’un ours naturalisé, une semaine sur une plate-forme à 20 mètres au-dessus du sol devant la Gare de Lyon, traversé les Alpes-de-Haute-Provence en poussant un cylindre qui lui servait d’abri, et vécu à bord d’une bouteille géante (6 mètres de long) en remontant le Rhône (Source : LeParisien.fr., 18/04/2017).

 

Ces « exploits » relèvent du spectacle, du cirque ou du sport, ou bien de la téléréalité. Mais pourquoi parler d’« art » à leur propos ? Une posture, une mise en scène, même intentionnelles et voulant faire réfléchir, ne sont pas de l’art.

 

Ce qu’on appelle « art conceptuel » par exemple oublie qu’entre l’intention, le projet de l’œuvre, et sa réalisation il y a la médiation d’une activité spécifique, très souvent longuement et durement apprise, et la mise en œuvre d’un matériau qui lui est propre : l’art n’est pas la vie elle-même, crue et brute, il la représente ou l’évoque par des moyens techniques appropriés. Mais aujourd’hui ils ne sont pas à l’honneur, et on peut bien parler, comme le faisait Lévi-Strauss naguère, de « métier perdu ».

 

De là viennent les impostures de beaucoup de « performances », happenings, « installations » modernes : la nécessaire « digestion » de l’art, le fossé entre l’art et la vie n’y sont pas respectés.

 

Il a été ignoré aussi naguère au musée d’Orsay, le 29 mai 2014, par une « artiste » féministe luxembourgeoise qui s’est assise par terre, cuisses ouvertes, dévoilant son sexe, sous la toile de Courbet L’Origine du monde. Elle a été emmenée par la police, mais finalement elle a été relâchée, et le délit d’exhibitionnisme n’a pas été retenu contre elle. L’intéressant est ce qu’elle a déclaré : « Il s’agit d’une œuvre d’art, réfléchie depuis au moins huit ans. Ce n’est pas un acte impulsif, c’est mon regard d’artiste qui compte. » Elle voulait protester contre la censure machiste, la même qui en son temps a décrété obscène le tableau même de Courbet.

 

Je suis d’accord pour dire qu’elle s’est livrée à une manifestation, comme celles des Femen qui s’exposent seins nus pour défendre leurs idées. Mais cet acte est-il une « œuvre d’art » ? Et que penser de l’art contemporain, si des « artistes » de ce genre en font partie ?

 [v. Art (I), Art (II), Œuvre]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 11 mai 2017

 

D.R.

Voir aussi : 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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