Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
27 août 2022 6 27 /08 /août /2022 01:00

I

l est le deuil du projet qui l’a précédé, et donc peut provoquer une grande mélancolie, voire une dépression.

 

Je pense à ce qui est arrivé à Neil Amstrong, le premier homme à avoir marché sur la Lune. Il s’est retiré de la vie publique dans son Ohio natal. Il ne donne aucune entrevue. On prétend qu’il ne s’est jamais remis de son « pas de géant » accompli au nom de l’humanité, et que, depuis qu’il est revenu de la Lune, il n’est plus tout à fait le même. Il souffre, dit-on, d’une maladie curieuse : le « syndrome de l’accomplis­sement total ». Ayant concrétisé le plus suprême de ses rêves, il aurait perdu le goût de tout. (Source Internet : Nox oculis – La cartographie lunaire et l’explo­ration spatiale).

 

Rien de curieux pourtant là-dedans. « Toute œuvre, disait Walter Benjamin, est le masque mor­tu­aire de son intention. » C’est sans doute pourquoi, dans la Bible juive, Dieu dit « bon » ce qu’il a fait au jour Un ou jour de l’Unité (en hébreu : Yom Erad – il ne s’agit pas comme on le traduit souvent du « premier » jour). Mais il ne répète pas au deuxi­ème jour son auto-félicitation (Genèse 1/6-8). Celle-ci ne reprend qu’au troisième jour.

 

Tout se passe comme s’il y avait un principe de malédiction, une sorte de moins-être, dans tout accomplis­sement, qui est la rupture de l’infini des possibles présent au départ, l’éclatement catastrophi­que d’une unité première, comme les Gnostiques l’ont toujours souligné.

 

On peut en effet menacer quelqu’un de l’accom­­­plissement de ce qu’il souhaite le plus ardemment. Car s’il l’obtient, il n’aura plus rien à désirer, ce qui est sans doute le pire des états. « Laisser à désirer » n’est pas péjoratif, et les dieux nous punissent en nous exauçant. Changeons donc nos cartes de vœux : « Je vous souhaite de ne pas obtenir cette année tout ce que vous désirez ! » Je ne sais quelle tête ferait le destinataire, mais cela vaut le coup toujours d’essayer.

 

Le désir fleurit, la possession flétrit toute chose. La vraie fête, c’est la veille de la fête. Le vrai dimanche, c’est le samedi soir. Les vraies vacances, c’est le jour où on les prend.

 

Il y a un vrai pouvoir de l’absence. Loin des yeux, près du cœur. « Comme vous étiez jolie, hier soir au téléphone ! » a dit joliment  Sacha Guitry. Le meilleur moment en amour, c’est quand on monte l’escalier. Comme l'emballage est souvent meilleur que le cadeau, l'amour est meilleur dans les rêves que dans les draps. L’homme descend du Songe : il meurt de le réaliser…

 

Sachons méditer tout cela, ne nous laissons pas prendre à ceux qui nous disent par catéchisme que tout accomplissement est positif, comme ceux qui ne voient pas dans le texte de la Genèse l’importante faille que j’ai signalée. Écoutons plutôt ici ce que dit l’Apôtre : « L’espérance qu’on voit n’est plus espérance : ce qu’on voit, peut-on l’espérer encore ? » (Romains 8/24)

 

Article paru dans Golias Hebdo, 17 novembre 2011

 

D.R.

 

***

 

Cet article est extrait de mon ouvrage en deux tomes Chroniques religieuses, édité chez BoD. On peut les feuilleter en cliquant ci-dessous sur Lire un extrait. Et on peut les acheter sur le site de l'éditeur en cliquant sur Vers la librairie BoD :

 

Chroniques religieuses
Théron, Michel
14,00€Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont une sélection d'articles parus dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils concernent toujours directement ou indirectement des sujets ayant trait à la religion et à la spiritualité. Vu leur brièveté (deux pages), on peut en faire une lecture picorante et fragmentée. Ce livre n'est pas un traité systématique, mais un recueil familier permettant de petites méditations quotidiennes sur des sujets concrets.

Chroniques religieuses
Théron, Michel
16,00€Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont une sélection d'articles parus dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils concernent toujours directement ou indirectement des sujets ayant trait à la religion et à la spiritualité. Vu leur brièveté (deux pages), on peut en faire une lecture picorante et fragmentée. Ce livre n'est pas un traité systématique, mais un recueil familier permettant de petites méditations quotidiennes sur des sujets concrets.

 
 
 
Partager cet article
Repost0
23 août 2022 2 23 /08 /août /2022 01:00

La dernière livraison de la Lettre électronique qui me parvient quotidiennement, et dont j’ai parlé dans mon précédent article (lien), comporte deux nouvelles qui se suivent sans aucune transition : « L’OMS rappelle que ‘la pire catastrophe dans le monde’ a actuellement lieu en Éthiopie. Les revenus des clubs du premier championnat anglais devraient passer la barre des 7 milliards d’euros pour la saison (4 fois plus que la Ligue 1 française). »

 

Cette juxtaposition me semble extrêmement significative de l’état de notre monde. Il est fait de contrastes maximaux, certains n’ayant rien, et d’autres tout. Cette vision donne le vertige à celui qui y réfléchit. Est-ce là un état de fait auquel on peut remédier ?

 

Bien sûr de tout temps on a souhaité le faire. Je pense par exemple à l’espérance eschatologique exprimée dans l’Apocalypse : « Voici, je fais toutes choses nouvelles ! » Et aussi au chant révolutionnaire L’Internationale, qui en a pris le relais au xixe siècle : « Nous ne sommes rien, soyons tout ! » Cette parole d’Eugène Pottier appelle à une inversion absolue des situations, mais avec évidemment les risques historiques que cela comporte : on ne résout pas le problème de la pauvreté en faisant des pauvres des riches, et des riches des pauvres. Tout au plus on le repose en le réactualisant.

 

À côté de tous ces espoirs, certains doutent qu’un changement, si minime soit-il, soit possible. Les démentis en sont immémoriaux. Eadem omnia semper – Toutes choses sont toujours pareilles. À cette remarque de Lucrèce fait écho celle de l’Ecclésiaste : « Rien de nouveau sous le soleil. » Et à l’époque moderne, celle du sage La Fontaine : « C’est un torrent, qu’y faire ? Il faut qu’il ait son cours. Cela fut et sera toujours. »

 

Je pense que la raison est de leur côté. Mais le cœur en nous répugne à cette résignation. Toujours les contrastes constatés le révolteront. Alors, s’agissant de l’injustice sociale, il faudrait défendre l’esprit de pauvreté, dont parle le Sermon sur la Montagne, qui pourrait inspirer une vraie théologie de la libération. Au fond, il n’y a de changement durable qu’intérieur, dont on peut espérer qu’il se diffuse ensuite par contagion auprès des autres. La révolution, le changement d’état d’esprit, la metanoïa évangélique, se font d’abord à l’intérieur de soi. Comme disait Gandhi : « Soyez vous-même le changement que vous voulez voir chez les autres. »

 

undefined
D.R.

 

Partager cet article
Repost0
10 juillet 2022 7 10 /07 /juillet /2022 01:00

N

ous sommes en Occident si habitués à la lutte contre ce qui nous arrive que nous avons du mal à considérer comme salutaire son acceptation en pleine conscience, sans jugement aucun.

 

En quoi nous avons tort. Bien sûr je fais exception des injustices sociales, qu’il faut combattre sur leur propre terrain. Mais pour le reste, nous ferions bien mieux d’accepter ce que nous apporte le présent, en le voyant clairement, et en y adhérant sans réserve.

 

Une étude médicale dernièrement parue montre que l’état de « pleine conscience » (mindfulness), utilisé dans le cadre de la méditation, a un impact salutaire sur la santé. Il réduit l’impact du stress et de l’anxiété, qui exposent à une production excessive d’hormones et peuvent créer dépression, prise de poids, problèmes digestifs, baisse de la concentration et de la capacité de mémorisation. Mais les sujets qui acceptent leurs émotions négatives ou les situations imprévues sans rumination peuvent limiter cette réponse physiologique (Source : Slate, 13/06/2014).

 

L’article fait référence, comme origine de cette posture, au bouddhisme. Mais point n’est besoin d’y recourir, car l’attitude d’acceptation est une constante de toute religion et de toute spiritualité, et existe donc aussi chez nous.

 

Voyez le Fiat ! (« Que cela soit !) qu’on trouve dans la deuxième demande du Notre Père, ainsi que dans la réponse de Marie à l’Ange lors de la scène de l’Annonciation (Luc 1/38). Les Beatles ont même paraphrasé ce dernier exemple dans leur célèbre chanson Let it be ! Cette formule, ce mantra, nous les devons comme ils le disent à notre Mère Marie (Mother Mary) qui peut venir vers nous pour nous donner une leçon de sagesse (wisdom).

 

Adhérer à ce qui se produit ici et maintenant (hic et nunc) est le meilleur moyen de se délivrer des tensions qui de toute façon ne le feront pas disparaître, mais ne feront qu’amplifier notre souffrance.

 

Quand on fait de la voile, s’il y a un coup de vent, le réflexe est de se crisper et de tirer sur les écoutes : c’est le meilleur moyen d’aller à l’eau. Si ou contraire on lâche tout, le bateau flotte comme un bouchon, et on ne risque rien.

 

Sachons donc être totalement lucides sur ce que nous vivons, ne pas être dans le déni ou le refus qui aveuglent, ne pas fermer nos poings pour la lutte, mais au contraire ouvrir nos mains pour l’accueil.

 

Cela bien sûr, par exemple en monde chrétien, récuse toute eschatologie, toute posture d’attente, et même toute idée d’espérance. L’acquiescement au présent en effet est bien différent de l’attente d’un salut futur, même si les deux postures peuvent parfois coexister dans une même construction religieuse.[1]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 26 juin 2014

 

[1] Toutes ces considérations sont reprises et développées dans mon ouvrage Sur les chemins de la sagesse – Des clés pour mieux vivre, éd. BoD, 2019.

 

D.R.

 

***

 

Cet article est extrait de mon ouvrage en deux tomes Chroniques religieuses, édité chez BoD. On peut les feuilleter en cliquant ci-dessous sur Lire un extrait. Et on peut les acheter sur le site de l'éditeur en cliquant sur Vers la librairie BoD :

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages