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20 septembre 2019 5 20 /09 /septembre /2019 01:01

Il est souvent mis à mal par le réductionnisme scientiste. Ainsi un savant néo-zélandais vient d’avancer l’hypothèse que Nessie, le monstre du Loch Ness en Écosse, ne serait en fait qu’une anguille géante, une quantité importante d’ADN d’anguille ayant  été retrouvée dans le lac et rendant la supposition « plausible » (Source : nouvelobs.com, 05/09/2019).

 

On ne s’est pas demandé pourquoi tant de gens depuis le VIe siècle ap. J-C. ont cru et pour certains croient encore à ce monstre surnaturel, mais simplement quel fait positif est à la source de cette croyance.

 

Voyez aussi celle concernant les feux follets, où l’on a longtemps vu la manifestation d’âmes en peine venues sous forme de petites flammes hanter les cimetières. La science positive explique qu’ils sont simplement dus aux gaz de décomposition qui s’échappaient des cadavres quand ils n’étaient pas ensachés.

 

On peut aller plus loin dans les démystifications. Ainsi le Buisson ardent apparu à Moïse dans la Bible viendrait d’une illusion d’optique, l’air donnant en effet l’impression de trembler sur toutes choses quand il fait très chaud.

 

Et pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Les apparitions de la Vierge à Bernadette viendraient d’un rendez-vous donné à son amant par la pharmacienne de Lourdes, Madame Pailhasson, qui aurait été surpris par la pauvre bergère. Pour ne pas être reconnue, la belle dame aurait rabattu son châle sur la tête, et se serait fait passer pour une apparition surnaturelle.

 

On sait que dans son Cours de philosophie positive, Auguste Comte dit que l’humanité passe successivement par trois états : l’état théologique ou fictif, où l’on explique tout par l’intervention des dieux – l’état métaphysique ou abstrait, qui n’est qu’une variante du premier, où l’on explique tout par des abstractions – et enfin l’état positif, où l’on explique tout par des vraies causes ou raisons des choses. Pour Comte, le dernier état invalide définitivement les deux premiers.

 

Je ne lui donne pas raison. Je pense en effet qu’il y a une multipolarité de l’esprit, qui appréhende les choses tantôt de façon scientifique, mais tantôt aussi de façon mythologique ou symbolique (voir mon billet Symbole, Golias Hebdo, n°590). Les mythes, si on les lit bien, nous disent toujours des choses importantes. Comme disait Breton : « Ces êtres, faut-il les convaincre qu’ils procèdent du mirage ou leur donner l’occasion de se découvrir ? »

 

D.R.

 

***

 

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4 septembre 2019 3 04 /09 /septembre /2019 01:01

Le père Arturo Sosa, supérieur général des Jésuites, a estimé dans la presse italienne que Satan était une « réalité symbolique ». L’Association internationale des exorcistes s’en est émue, rappelant que l’Église enseigne que le Diable est une créature bien réelle. (Source : la-croix.com, 23/08/2019)

 

Pourtant, la vision symbolique du Diable présente un grand intérêt. D’abord on se débarrasse de fables ridicules prises littéralement. Déjà dans le monde antique Lucrèce soulignait que les châtiments infernaux ne faisaient que symboliser les tourments que l’homme s’inflige à lui-même dans cette vie-ci : l’ambition insatiable pour le mythe de Tantale ou de Sisyphe, la démangeaison constante du désir pour celui du tonneau des Danaïdes, etc.

 

L’Église elle-même suggère une version symbolique de l’eucharistie, avec les paroles de la consécration : « Sanctifie ces offrandes... pour qu’elles deviennent pour nous le Corps et le Sang du Sauveur... » Ce « pour nous » peut certes signifier : « pour nous venir en aide ». Mais aussi, et pourquoi pas : « à nos yeux ». Autrement dit : « Fais que nous les prenions pour telles. » En somme, telles nous les verrons ou croirons, telles elles seront. L’idée est très fine. – Mais le célébrant est si attaché à la « présence réelle » qu’il omet souvent ce « pour nous » ambigu. L’enjeu ici est son propre pouvoir : celui d’effectuer réellement par ses paroles, de façon thaumaturgique, la transsubstantiation. On préfère éblouir le peuple par le miracle que l’éclairer par le symbole.

 

Qu’une chose soit symbolique ne signifie pas qu’elle n’existe pas. Existe ce à quoi on fait crédit, on accorde confiance ou fiducia. Voyez en médecine l’effet placebo : il existe réellement, même si scientifiquement on ne peut le justifier. Par exemple l’homéopathie, improuvable par la science, agit vraiment, par le seul crédit qu’on lui donne. Ses détracteurs mêmes le reconnaissent.

 

Je ne comprends pas pourquoi, sauf à maintenir les fidèles dans une éternelle enfance, les Institutions ecclésiales s’attacheraient à maintenir une version littérale de leurs textes et rites. Il est plus mature et plus intelligent d’en offrir une version symbolique, à laquelle les adultes mûris pourront croire davantage. Le symbolo-fidéisme, que l’on doit au protestant Auguste Sabatier, incarne cette nouvelle voie. Mais l’Église romaine est-elle ainsi prête à se protestantifier ?

 

Les Damnés menés en Enfer par le Diable - Façade occidentale de Notre-Dame de Paris - D.R.

 

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27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 01:01

De ce qu’un fait s’est sans doute déjà produit autrefois, on n’en peut pas faire une norme, en le banalisant.

 

C’est pourtant ce que vient de faire aux États-Unis le républicain Steve King, qui avait déjà fait parler de lui pour ses déclarations racistes en faveur du suprématisme blanc. Cet élu ultraconservateur, opposé à l’avortement dans toutes les circonstances, a de nouveau fait scandale, dans un discours prononcé le 14 août dernier dans l’Iowa, l’État qu’il représente au Congrès, en estimant que c’est grâce aux viols et aux incestes survenus au cours de l’Histoire que l’espèce humaine a survécu. « Et si on remontait tous les arbres généalogiques et qu’on en retirait ceux qui ont été le produit de viol ou d’inceste ? Est-ce qu’il resterait un humain dans le monde ? » s’est-il demandé. Parlant de lui-même, il a ajouté : « Vu toutes les guerres, tous les viols, tous les pillages qui ont eu lieu (...), je ne peux pas affirmer que je n’en suis pas le produit. » Évidemment ces déclarations ont horrifié, et pas seulement les démocrates. (Source : Francetvinfo.fr, 15/08/2019)

 

Il ne s’agit pas de nier ce type de faits, qui ont pu se produire dans l’histoire passée, et dont les mythes et récits se font l’écho dans les différentes cultures. Pour l’inceste, il n’est que de voir dans la Bible ce que font les filles de Loth, qui couchent avec leur père pour lui assurer une descendance. Et pour le viol, il suffit de considérer le rapt des Sabines par les Romains, qui n’ont pas chez eux assez de femmes pour maintenir l’existence de leur groupe – épisode raconté par Tite-Live et Plutarque.

 

Il est évident que dans ce cas la femme n’est qu’une matrice servant à la perpétuation de l’espèce. On pense à la phrase de Napoléon 1er à propos de Marie-Louise d’Autriche, dont il n’attendait qu’un rejeton : « C’est un ventre que j’épouse. »

 

Mais faut-il faire de cette instrumentalisation une règle générale ? Une chose est un événement qui a pu se produire, une autre est son absolution de type hégélien au nom d’une supposée utilité dans l'Histoire. La conscience humaine doit intervenir, c’est à elle d’édicter des lois. Si le fait lui répugne, il devient condamnable. Le droit dit très bien alors que nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude, et que l’abus ne supprime pas l’usage (abusus non tollit usum). C’est ce qu’a bien oublié notre personnage, pour qui seul le fait constaté vaut droit.

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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