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14 juillet 2019 7 14 /07 /juillet /2019 01:01

Le Vatican vient de publier un texte qui rejette la « théorie du genre ». Intitulé Il les créa homme et femme, il est destiné à aider les enseignants des écoles catholiques à contrer cette « idéologie » qui, selon l’instance religieuse, « nie la différence naturelle entre un homme et une femme » (Source : Le Monde avec AFP, 11/06/2019).

 

On sait que beaucoup distinguent le sexe biologique, hérité et auquel on ne peut rien, et le genre, qui est culturellement déterminé, variable donc, et qui par conséquent peut être choisi par l’individu. C’est contre cette théorie que s’élève le document vaticanesque.

 

Je ne m’engagerai pas sur le fond philosophique de la question, mais je m’en tiendrai à l’examen des mots. La formule choisie comme titre (Il les créa homme et femme) renvoie à Genèse 1/27 : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa. »

 

J’ai choisi exprès cette traduction de la TOB : mâle et femelle. Elle est tout à fait conforme aux mots du texte initial, alors que la traduction de la Bible de Jérusalem (homme et femme) n’est pas exacte. Dans la Vulgate par exemple on lit : masculum et feminam, et non pas : virum et mulierem. Il s’agit bien de sexe, dans le sens tout à fait biologique du terme.

 

Maintenant il me semble que cette formule peut être comprise tout autrement que ne l’ont fait les rédacteurs du document susdit : dans le sens d’une androgynie initiale et toujours potentielle de l’être humain.

 

Dans Le Banquet de Platon Aristophane prétend que les êtres humains à l’origine étaient androgynes, cumulaient les deux sexes. Puis les deux moitiés en furent séparées, mais elles continuèrent à vouloir se réunir l’une à l’autre. Je ne sais si ce mythe a pu influencer le texte biblique, mais le résultat est là : et si dans ce premier récit de création il y avait mention d’une indifférenciation des sexes qui justifierait, avec quel paradoxe !, la « théorie du genre » ?

 

L’embryogénèse humaine montre bien d’ailleurs une différenciation sexuelle bien postérieure à la conception. Les organes sexuels masculins par exemple n’apparaissent que tardivement, au point que certains disent que la femme n’est pas née de l’homme, comme dit le second récit de création à propos d’Ève tirée d’Adam, mais que c’est plutôt l’inverse qui est vrai.

 

Qu’il est donc dangereux de s’autoriser, pour défendre des réflexes apeurés, de textes si ambigus !

 

D.R.

 

***

 

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7 juillet 2019 7 07 /07 /juillet /2019 01:01

J’ai pris connaissance de l’homélie prononcée le 15 juin dernier par Mgr Aupetit, archevêque de Paris, lors d’une messe célébrée dans la cathédrale Notre-Dame, pour la fête de sa dédicace. Et j’ai été consterné par ce que j’ai lu. Voici : « Peut-on vraiment, par ignorance ou par idéologie, séparer la culture et le culte ? L’étymologie elle-même nous montre le lien fort qui existe entre les deux, et je le dis avec force : une culture sans culte devient une inculture. » (Source : Lavie.fr, 15/06/2019)

 

Autrement dit les agnostiques et les athées ne savent pas ce qu’est la culture, n’y ont pas accès et sont effectivement des incultes. Ce cléricalisme est terrifiant d’exclusion et de fanatisme (ce mot créé à partir du latin signifie : défense du Temple – fanum). On se demande quelle mouche a piqué ainsi notre archevêque, pour l’amener à prononcer un discours si agressif.

 

Je sais bien que la culture inclut bien souvent la connaissance de l’héritage religieux. En tant qu’ancien professeur, j’ai bien vérifié auprès de mes étudiants que la littérature et l’art, pour être bien compris, impliquent cette connaissance. Mais une chose est d’être au courant, et une autre est d’approuver. C’est faire bon marché de l’examen critique, qui est l’honneur de tout enseignant digne de ce nom, et qui sépare ses cours du catéchisme.

 

Voyez encore comment Mgr Aupetit glisse dans son homélie de la stigmatisation de l’ignorance à celle de la laïcité : « Et si je parle d’inculture, il n’est qu’à voir l’ignorance religieuse abyssale de nos contemporains, en raison de l’exclusion de la notion divine et du nom même de Dieu dans la sphère publique, au nom, soi-disant, d’une laïcité qui exclut toute dimension spirituelle visible. » (même source)

 

Eh bien, malgré lui, je défendrai jusqu’au bout la « soi-disant » laïcité, quand elle est bien comprise, c’est-à dire non combattante et non « laïcarde ». Et quant à l’exclusion du nom de Dieu de l’espace public, qu’il déplore, je rappellerai ce que se dit Julien Sorel dans sa prison, à la fin du roman de Stendhal Le Rouge et le Noir : « Comment, dès qu’on sera trois ensemble, croire à ce grand nom de DIEU, après l’abus effroyable qu’en font nos prêtres ? » (II, 44)

 

D.R.

 

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29 juin 2019 6 29 /06 /juin /2019 01:01

C’est un courant de pensée selon lequel il n’y a pas lieu de discriminer les êtres vivants selon leur espèce, et donc de reconnaître à l’espèce humaine un privilège particulier par rapport aux autres (ce qui est le cas du spécisme). Ce mouvement s’oppose au texte de la Genèse, d’après lequel l’homme, créé à l’image de Dieu et donc à part de toutes les autres espèces, doit soumettre, dominer et s’approprier tout ce qui vit, comme les animaux et les plantes. Les premiers peuvent donc être des personnes, comme il se voit dans le livre d’Olivier Giesberg, L’animal est une personne (Fayard, 2014). Mais on parle aussi maintenant aussi des droits à accorder aux secondes, comme êtres dotés de sensibilité.

 

Cette projection empathique et animiste est très ancienne, et je n’aurais rien à y objecter, sinon sa grande naïveté. Respecter inconditionnellement tout ce qui vit, comme dans l’ahimsa hindouiste, est certes un bel idéal, mais c’est fermer les yeux sur la loi de la nature, où chaque espèce n’a que le choix de manger ou d’être mangée. Peut-être un jour le loup dormira-t-il avec l’agneau, pour reprendre l’espoir d’Isaïe (11/6). Mais ce jour-là, comme disait Woody Allen, l’agneau ne dormira pas beaucoup... Les Végans d’aujourd’hui, qui vandalisent les étals des bouchers, devraient se souvenir de cette réalité.

 

Et puis aussi il me semble qu’il y a une petite différence entre un roseau, par exemple, et un homme : c’est la pensée, qui d’ailleurs a été mise en lui aussi bien pour son malheur que pour son bonheur.

 

Nier la spécificité du « roseau pensant », c’est aller au-devant de situations bien ridicules. Ainsi un coq, surnommé Maurice, accusé par des voisins de chanter trop tôt le matin, a fait l’objet, en tant que « personne » sans doute, d’une assignation en justice à Rochefort (Charente-Maritime). Le procès vient d’être reporté, Maurice, « fatigué », n’étant pas à l’audience (Source : AFP, 07/06/2019).

 

Les procès d’animaux de toutes sortes ont déjà fleuri au Moyen-Âge. Ils se tenaient selon les mêmes formes que les procès d’êtres humains, avec accusateur et défenseur, puis condamnation et exécution. Et on sait aussi que des excommunications ont été proférées à l’encontre de petits animaux, tels les insectes dévoreurs des récoltes. Mon Rituel romain est plein de monitoires (objurgations à s’en aller), et d’exorcismes à cet égard.

 

Il me semble donc qu’il demeure beaucoup d’archaïsme dans notre modernité.

 

Le coq "Maurice" à Saint-Pierre-d'Oléron, le 5 juin 2019 ©XAVIER LEOTY, AFP

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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