Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 00:01

Ce blog est interdisciplinaire. Pour en explorer la grande diversité, pour faire un tri et ne voir que ce qui intéresse, pensez à cliquer sur Catégories, dans la colonne de droite


 ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Antiphrase

C’est le fait de dire une chose pour faire comprendre exactement le contraire. Par exemple : « C’est du propre ! », « C’est du joli ! », « Nous voici dans de beaux draps ! », etc. Il faut évidemment une certaine subtilité d’esprit pour comprendre cette figure, qu’aucun logiciel de lexicométrie informatisée ne peut relever en tant que telle : il se situe toujours, comme on dit, « au premier degré ».

Dans le monde du visible, et précisément des arts plastiques, l’antiphrase consiste à représenter une chose pour y faire entendre son opposé. Par exemple Andy Warhol peut peindre une bouteille de Coca-cola, non pas pour vanter cette boisson, mais pour exprimer l’aliénation matérialiste où elle peut mener chez ses consommateurs. Malheureusement, certains peuvent y voir non pas une critique de la société capitaliste moderne, mais son éloge. Ils peuvent prendre l’image, là encore, au premier degré.

J’ai pensé à tout cela en apprenant qu’une « performance » de l’artiste sud-africain Brett Bailey, baptisée Exhibit B, qui devait se donner au théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, a été supprimée suite à des manifestations violentes qui se sont produites à cette occasion. Il s’agissait, par des tableaux vivants montrant l’humiliation des Noirs, de dénoncer leur utilisation comme bêtes de foire par les colonialistes blancs, tout au long des XIXe et XXe siècles. Mais le public n’a pas vu cette intention, et a vu dans l’exposition de ce « zoo humain » une humiliation des participants attentatoire à leur dignité, procédant du pire des racismes (Source : Le Figaro.fr, 28/11/2014).

Cette méprise me laisse songeur, et me fait réfléchir à la différence entre le monde du verbal et celui du visible. Pour la transmission d’intentions complexes, le premier est assurément mieux armé que le second. À l’oral, les intonations et les gestes peuvent faire comprendre l’antiphrase. Et à l’écrit, certaines précisions aussi. Quand Flaubert écrit dans Madame Bovary : « une forêt vierge bien nettoyée », on en voit tout de suite, par l'oxymore, le kitsch et le ridicule, qu’aucune illustration ne pourrait rendre. Pareillement pour « un tapis de prière en soie accroché au mur », dans Les Choses, de Perec : à lire cette formulation, on comprend tout de suite que la fonction d’un tapis de prière n’est pas d’être absurdement accroché à un mur. Mais une photo de la chose dans un magazine, Art et décoration par exemple, ne soulèverait pas de notre part une interrogation. Si enfin je montre une photo du complexe architectural Antigone, de Ricardo Bofill, à Montpellier, personne ne se posera de question. Mais si j’écris : « Dorique du XXe siècle », mon expression est à la fois description, jugement et condamnation sans appel. Finalement la seule vision est moins riche que la mise en mots. Et ce n’est pas pour rien que le mot vient avant la lumière, dans la Bible (Genèse, 1/3).

 

Antiphrase--illustration.jpg

 


 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

   

Petite philosophie de l'actualité, format Internet

  Cliquer sur l'image 


Partager cet article
Repost0
1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 00:01

Ce blog est interdisciplinaire. Pour en explorer la grande diversité, pour faire un tri et ne voir que ce qui intéresse, pensez à cliquer sur Catégories, dans la colonne de droite


 ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Tigre

On en a vu un il y a quelques jours se promenant en liberté dans la campagne de Seine-et-Marne. La radio a immédiatement recommandé aux enfants de ne pas sortir, et aux adultes de ne se déplacer qu’en voiture. Elle a tout de même précisé qu’on ne savait pas d’où il venait, s’il s’était échappé d’un cirque, etc. Deux cents policiers et gendarmes ont été mobilisés à cette occasion, et des spécialistes des félins appelés à la rescousse. J’imagine le frisson que toutes ces informations alarmistes ont dû produire chez les habitants de ce pays.

 

Eh bien, ce fut à tort. Car après de nouvelles analyses réalisées par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) et le Parc des félins, un zoo spécialisé du département, des examens plus poussés des empreintes ont montré que l’animal, qui aux dernières nouvelles court toujours à une quarantaine de kilomètres à l’est de Paris, est un félin de petite taille, bien loin du fauve menaçant qu’on redoutait. Même la piste du lynx a été exclue. Selon l’ONCFS, le seul félin présent à l’état sauvage en Seine-et-Marne est un « chat forestier », un animal inoffensif qui ressemble à un gros matou (Source : 6Medias, 15/11/2014).

 

Ce m’est ici l’occasion de réfléchir au pouvoir amplificateur de l’imagination, que Pascal appelait une « puissance trompeuse ». Vue de loin, n’importe quelle bête, telle celle du Gévaudan, peut sembler un monstre. Les Latins le disaient bien : Major e longinquo reverentia – La considération augmente avec la distance. Puis la contagion de la peur fait le reste. Et au lieu de s’assurer de la réalité des faits, on va toujours aux supputations sur les causes, comme Fontenelle l’a montré dans son Histoire des Oracles, avec le fameux épisode de la Dent d’or.

 

Ce tigre n’était donc qu’une projection imaginaire d’individus apeurés. Il pourrait faire la matière d’une fable, qu’on pourrait aussi appliquer aux hommes, comme La Fontaine le fait dans Le Chameau et les bâtons flottants : « J’en sais beaucoup de par le monde / À qui ceci conviendrait bien : / De loin, c’est quelque chose, et de près ce n’est rien. » (Fables, IV, 10) Combien de puissants de ce monde ne sont que des « tigres de papier » ! Ils n’ont de stature que celle que nous leur donnons. Comme le dit La Boétie : « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. » Ce sont nos peurs, nos projections, qui créent notre obéissance. Merci donc à ce « tigre » inopiné, qui m’a permis une réflexion politique !

 

 

Tigre--illustration.jpg

 


 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

   

Petite philosophie de l'actualité, format Internet  Cliquer sur l'image

Partager cet article
Repost0
25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 00:01

Ce blog est interdisciplinaire. Pour en explorer la grande diversité, pour faire un tri et ne voir que ce qui intéresse, pensez à cliquer sur Catégories, dans la colonne de droite


 ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Gaspillage

C’est une notion à quoi j’ai pensé à la suite de différentes informations qui nous sont parvenues. On sait par exemple que le réchauffement climatique est dû à la pollution humaine. Eh bien, comme ce réchauffement amène la prolifération des moustiques, la firme allemande Bayer va faire de l’argent en mettant au point des produits anti-moustiques. Or ce consortium chimique lui-même a contribué au réchauffement du climat par la pollution qu’il a engendrée. Le méfait profite ainsi à son auteur. On s’enrichit d’abord par la cause, et puis par l’effet.

Autre exemple : les compagnies minières, qui sont des pollueurs majeurs et quasiment des voyous de l’environnement, applaudissent au réchauffement climatique, car du fait de la fonte des glaces qu’il provoque dans l’Arctique, elles vont exploiter les richesses souterraines du Groenland : c’est pour elles une véritable aubaine. Le processus est toujours le même : d’abord on fait les dégâts, et ensuite on en tire profit, sans s’interroger en aucune façon sur la moralité du processus d’ensemble. Le seul moteur est la cupidité, et la bonne affaire passe avant tout. Comme disent les Anglais, ces pragmatistes cyniques, Business as usual  – « Les affaires comme d’habitude ».

À suivre ce raisonnement, on peut penser qu’il est bon de détruire, dans les guerres par exemple, puisqu’après il faudra reconstruire. On gagne sur les deux tableaux : d’abord on fait marcher l’industrie de l’armement, puis celle du bâtiment.

Devant tant de gaspillage, je ne peux m’empêcher de penser à ce que dit Montesquieu dans De l’esprit des lois : « Quand les sauvages de la Louisiane veulent avoir du fruit, ils coupent l’arbre au pied, et cueillent le fruit. » Il utilisait cet exemple pour caractériser le gouvernement despotique. Mais on peut l’appliquer au capitalisme effréné, à la cupidité systématique qui caractérise la situation actuelle. On n’y agit qu’à très courte vue, on pille et détruit partout sur la terre de façon irréfléchie et absurde : on est bien loin de s’occuper du « développement durable » ! En fait, on ne s’occupe que de s’emplir les poches.

→ Voir aussi : Gaz de schistes


 

Gaspillage--illustration.jpg




 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

   

Petite philosophie de l'actualité, format Internet  Cliquer sur l'image


Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages