Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 23:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Sélection

C’est un mot tabou dans le monde de l’enseignement, et d’ailleurs la sélection des bacheliers pour entrer à l’Université par exemple, exception faite pour la médecine, est interdite par la loi. Cependant certaines formations en licence très prisées (sciences politiques, éco-gestion, langues étrangères appliquées, arts du spectacle, information-communication, psychologie, etc.) doivent faire face à un afflux important de candidats. Aussi la solution qu’elles ont trouvée est l’admission par tirage au sort, que les juges ont décrété légale, puisque la sélection au mérite est prohibée (Source : Libération, 15/07/2014 : « Sélection : il y a du tirage à l’Université ».

On conviendra qu’il n’y a rien de plus injuste pour les candidats méritants que le tirage au sort : s’il leur est défavorable, les voilà pénalisés pour toute leur vie. Mais on doit évidemment se demander pourquoi on en est arrivé à une telle absurdité. Tout simplement parce que le système scolaire dans son ensemble récuse toute idée de mérite et de choix reposant sur lui, au nom d’une idéologie angélique et égalitaire, démagogue aussi, selon laquelle chacun doit pouvoir faire le seul type d’étude qui l’intéresse, indépendamment de sa propre capacité. On sait que la moitié des bacheliers est éliminée pour insuffisance de niveau à l’issue de la première année d’études à l’Université. Cela n’est pas étonnant, puisque le baccalauréat n’est plus qu’une formalité : 87,9 % d’admis lors de la dernière session (Source : Le Figaro Étudiant, 10/07/2014). Il est bien loin de valoir l’ancien Certificat d’études primaires, où faire cinq fautes dans une dictée était éliminatoire !

Les Anciens le disaient bien : Non omnia possumus omnes – Nous ne pouvons pas tous les mêmes choses. Bien sûr, il faut lutter contre les handicaps sociaux, qu’il faut réduire le plus possible. Mais, comme le disait Voltaire, « Ce n’est pas l’inégalité qui est un grand malheur, c’est la dépendance. » Une fois le déterminisme social réduit, il y a place pour tout le monde, et comme le dit le proverbe il n’y a pas de sot métier. Qui osera reconnaître qu’un plombier, une infirmière, sont plus utiles que tel docteur en sociologie ou en psychologie ? Dire le contraire, c’est flatter les jeunes et les tromper, et c’est ainsi qu’on arrive, en bout de course, à confier leur destin à la loterie d’un tirage au sort.

Selection--illustration.jpg

 

 


 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :


Petite philosophie de l'actualité, format Internet

  Cliquer sur l'image



Partager cet article
Repost0
29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 23:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo)

 

Souci

 

Je suis très attentif aux tics langagiers qui se répandent partout. Ainsi en est-il de l’expression « Pas de souci ! », que l’on entend maintenant à tout bout de champ, et qui supplante l’ancienne formule : « Pas de problème ! ». Je m’interroge donc sur le sens de cette substitution, sur ce qu’elle peut vouloir dire quant à l’état actuel de nos mœurs, dont le langage est un miroir.

Logiquement le problème vient avant le souci, et le cause. Dire donc « souci » à la place de « problème » est dire l’effet pour dire la cause. C’est une variante de ce qu’on appelle une métonymie (en grec : changement de nom) : on remplace une notion par une autre avec laquelle elle a un rapport de liaison, de contiguïté logiques. Ici la liaison est de causalité, le résultat (le souci) remplaçant le processus qui l’amène (le problème). Comme il y a plusieurs types de métonymies, et si on voulait être plus précis, on pourrait parler ici de métalepse (en grec : transposition), variante de métonymie consistant à dire précisément l’état final où l’on se trouve au lieu du facteur qui l’a déclenché. Ainsi on peut dire : « Nous le pleurons », au lieu de dire : « Il est mort ». – Sur le sens de ces figures je renvoie le lecteur à mon livre électronique Cours de stylistique en 99 leçons (Le Publieur, 2014).

La métalepse décrit un état émotionnel, et donc est très utilisée dans le discours littéraire, qui s’adresse principalement à la sensibilité. Giraudoux par exemple en était très friand. On voit bien que « Nous le pleurons » est sensible, tandis que « Il est mort » est conceptuel, notionnel, et donc touche moins. Mais en même temps aussi « Nous le pleurons » est euphémisant, évite de nommer directement ce qui cause les pleurs, et qu’il serait choquant de dire.

Eh bien ! il me semble qu’il en est de même pour notre « Pas de souci ! ». On s’adresse à la seule sensibilité, et on gomme le négatif de l’existence, qui pourtant est bien faite de « problèmes » ! Ces derniers, on ne veut pas les voir, ou y penser. C’est un trait des mœurs d’aujourd’hui. On cherche à être rassuré, consolé, et à éviter d’évoquer ce qui fâche. En quoi il y a mensonge. Évitement : et vite ment… Aussi faut-il me semble-t-il rappeler à nos contemporains que derrière le souci il y a un problème, que souvent il faut prendre à bras le corps, yeux ouverts, pour le résoudre !

 

Souci--illustration-copie-1.jpg



 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :


Petite philosophie de l'actualité, format Internet

  Cliquer sur l'image


Partager cet article
Repost0
22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 23:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo) 

 

Loterie

 

On ne gagne pas dans la vie si on a peur de perdre, et si cette peur paralyse pour agir. On peut alors par avance décider de confier tout ce qui arrive au résultat d’une loterie, qui rassure tous les gens en les présentant identiquement égaux face à l’aléatoire, et dispense chacun de faire un effort soi-même pour améliorer sa situation.

Beaucoup de matches dans la dernière Coupe du Monde de football ont illustré cette vérité, et en particulier la seconde demi-finale, qui s’est terminée après prolongations sur le score de 0 à 0, et par la loterie des tirs au but, que manifestement recherchaient tous les joueurs : paralysés par la peur de perdre, ils n’ont rien fait pour jouer vraiment, c’est-à-dire en attaquant, et se sont tous ensemble par avance confiés au sort qui devait désigner le vainqueur indépendamment de son mérite. Résultat : une prestation totalement insipide et inutile, puisque la partie ne fut pas jouée. Mieux vaudrait, dans ce type de cas, très fréquent, la commencer par les tirs au but, et on serait plus vite fixé sur le résultat !

Parmi les joueurs et dans l’assistance, beaucoup alors priaient à l’occasion de ce quasi-divin jugement du sort, pour qu’il leur fût favorable. Passant alors du sport à la théologie, j’ai alors pensé à ce primat de la foi dans le salut procuré par la grâce toute-puissante, telle qu’on la trouve dans l’Épître aux Romains (3/28) : à l’image de toute loterie, elle n’est finalement qu’une injustice dont on bénéficie. Luther et Calvin en ont fait le leitmotiv de leur pensée. Je lui préfère personnellement l’Épître de Jacques, que Luther considérait comme une « épître de paille », selon laquelle foi ou confiance ne sont rien sans les « œuvres », c’est-à-dire dans ce que nous faisons pour bien agir (2/26).

Finalement, la fameuse « glorieuse incertitude du sport » peut masquer, à l’image de la théologie de la grâce toute-puissante, la démission personnelle vis-à-vis de l’action, et la reddition prédéterminée à une force arbitraire totalement extérieure à nous. Nos proverbes disent bien pourtant : « Aide-toi, et le ciel t’aidera », ou encore : « La fortune sourit aux audacieux » (en latin : Audaces fortuna juvat). Prenons donc notre destin en main, même si bien sûr il n’est pas totalement en notre dépendance. Et cessons de vivre dans la crainte, que nous soyons footballeurs ou prédestinateurs !

 

Loterie--illustration.jpg

 



 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :


Petite philosophie de l'actualité, format Internet

 

 Cliquer sur l'image

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages