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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 23:01

 

On vante beaucoup la simplicité et le naturel dont fait preuve le nouveau pape François. On lui oppose le côté trop sérieux et savant de son prédécesseur. Enfin, dit-on, un pasteur proche des gens, qui les comprend et parle comme eux !

Il m’est venu la curiosité de lire son exhortation apostolique Evangelii gaudium du 24 novembre 2013, qu’il a présentée comme le programme de son pontificat. On y lit des choses tout à fait édifiantes. D’abord qui ne serait d’accord avec cet éloge de la joie ? Mais dès le début on lit une formule oxymorique : « L’Évangile, où resplendit glorieuse la Croix du Christ, invite avec insistance à la joie. » (§ 5) Allez faire comprendre à un public simple que la Croix, supplice infâmant, puisse en tant que telle inviter à la joie !

Mais de toute façon, le pape ne s’occupe pas de contradictions de fond, pas plus que d’essayer de les résoudre, car il se méfie de toute réflexion critique, et chez lui l’obscurantisme n’est pas loin. Chez le prédicateur en effet il bannit « des paroles propres à la théologie ou à la catéchèse, dont la signification n’est pas compréhensible pour la majorité des chrétiens. » (§ 158) Le conseil qu’il lui donne est simplement d’entrer en empathie avec les auditeurs, d’agir sur leurs émotions, l’ambiance, la forme de la présentation étant plus importantes que le contenu. Bref il doit s’adresser à ses auditeurs comme une mère parlant à son enfant : « On doit favoriser et cultiver ce milieu maternel et ecclésial dans lequel se développe le dialogue du Seigneur avec son peuple, moyennant la proximité de cœur du prédicateur, la chaleur de son ton de voix, la douceur du style de ses phrases, la joie de ses gestes. » (§ 140) En effet, « l’Église est mère et elle prêche au peuple comme une mère parle à son enfant, sachant que l’enfant a confiance que tout ce qu’elle lui enseigne sera pour son bien parce qu’il se sait aimé. » (§ 139)

Il faut donc rassurer le croyant en le berçant de douces paroles. Plus question de réexaminer ou éclaircir tels ou tels textes et dogmes, qui pourtant auraient bien besoin d’être revisités. Rassure-toi et laisse-toi guider : tu es aimé, et ne t’occupe pas de penser. Ce maternalisme, propre depuis toujours à l’Église catholique et qu’évidemment le pape incarne encore, ne peut qu’infantiliser les fidèles, et les maintenir dans une épouvantable régression.

 

Regression--illustration.jpg

 


 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :


Petite philosophie de l'actualité, format Internet

 

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6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 23:01

 

C’est le fait de rendre à la terre ce corps qui en provient. N’oublions pas que les mots « homme » et « humus » ont la même racine latine. Comme aussi « humble », « humilité ». En hébreu aussi le nom d’Adam, notre ancêtre, signifie : « tiré du sol ». Chouraqui le traduit d’ailleurs par « Le Glébeux » ! Ramassons donc seulement une motte de terre, et nous pouvons méditer sur notre vrai destin. Mourir, c’est seulement revenir d’où nous sommes sortis, et ranimer la nature sous une autre forme. La mort prend, désassemble, et redonne en réassemblant, comme dit Schopenhauer dans sa Métaphysique de la mort. Ou encore comme dit Valéry dans Le Cimetière marin : « Le don de vivre a passé dans les fleurs. »

Là est la sagesse. Mais beaucoup ne l’ont pas. Je pense à ce fait-divers rapporté par la presse (AFP, 04/04/2014) : un tribunal de Blois a ordonné l’exhumation et la séparation des corps d’un couple de divorcés. Il a fait droit à la requête de la nouvelle femme du défunt, qui n’a pas supporté que son mari ait été inhumé, à l’instigation de sa belle-fille, à côté de son ancienne femme. Le Tribunal en l’espèce à parlé de « droits à la sépulture », qui devaient revenir à la seconde femme, la première après le divorce étant devenue « un tiers ».

Outre le côté « clochemerlesque » de ce jugement (délai de 2 mois pour le « déménagement » du corps, sous peine d’astreinte de 50 euros par jour de retard, payables par la belle-fille), je reste rêveur devant l’acharnement de la plaignante. Jusqu’où peuvent bien aller des haines, que la mort même ne peut apaiser ! Il suffit de voir ce qui reste de nous une fois notre corps rendu à la nature. Quiconque a pratiqué ce qu’on appelle une « réduction de tombe » voit bien que nous allons à la poussière. Les plus belles et poétiques épitaphes n’y font rien : quelques vers sur beaucoup d’autres…

Je donnerais volontiers ce conseil à la bénéficiaire du jugement : le vrai tombeau des morts c’est le cœur des vivants. La mémoire qu’on en garde est l’essentiel, et nous mourons vraiment quand plus personne ne se souvient de nous. Laissons où il est  le cadavre, ce je ne sais quoi qui n’a de nom dans aucune langue, selon le mot de Tertullien rapporté par Bossuet. Car cette dame, même « victorieuse », est intérieurement empoisonnée par son animosité. Elle ne vit pas. Elle devrait bien prendre leçon de la parole connue : « Laissez les morts enterrer les morts. » (Matthieu 8/22 ; Luc 9/60)

 

Inhumation--illustration.jpg 

 


 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :


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29 avril 2014 2 29 /04 /avril /2014 23:01

 

Celles que font les hommes sont bien aléatoires, comme ils le constatent à l’expérience. Pourtant tous n’ont pas la sagesse de se rendre à cette évidence, et persistent à leur faire un immodéré crédit. Ainsi ai-je appris, selon une information  rapportée par The Guardian, qu’au Royaume-Uni le ministre des Retraites Steve Webb a proposé que des experts déterminent l’espérance de vie des futurs retraités pour que ceux-ci puissent adapter la gestion de leurs finances à leur date de décès estimée. Des experts pourraient analyser des facteurs comme la consommation de tabac, les habitudes alimentaires, le code postal ou la catégorie socio-économique pour déterminer une espérance de vie probable. (Source : Slate.fr, 17/04/14)

Ainsi, dans le cas où le test montrerait une faible espérance de vie, on n’aurait pas besoin de mettre beaucoup d’argent de côté pour plus tard. Et dans le cas contraire, il faudrait beaucoup épargner pour assurer le confort de sa vieillesse. Quelle belle invention pour rationaliser le système des retraites ! Et quelle belle prouesse économique !

Cette vision prévisionniste et statisticienne de la vie me semble d’une insupportable prétention. Qui sait en effet ce que l’avenir nous réserve ? D’abord nul n’est à l’abri d’un accident extérieur indépendant de sa volonté, et un vieillard peut vivre plus longtemps qu’un jeune : voyez Le Vieillard et les trois jeunes hommes, de La Fontaine. Mais aussi qui oserait prévoir en général son propre destin ? On ne peut avoir maîtrise sur tout, et la vie ne se gère pas comme un compte en banque. De tout temps la sagesse des nations l’a vu : l’homme propose, disait-on autrefois, et Dieu dispose. Bien sûr, c’est un fait que la mort nous attend tous. Mais qui connaît le moment où elle va arriver ? Mors certa, hora incerta, disaient les Latins : La mort est certaine, mais l’heure en est incertaine. L’Évangile dit de même : « Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l’heure. » (Matthieu, 25/13)

C’est un trait de l’époque moderne que la dénégation du destin : on veut à tout prix défataliser la vie, avoir une totale maîtrise sur son déroulement. Un tel triomphalisme relève de cette Hybris, ou orgueil démesuré, que venait pour les Grecs châtier la Némésis, ou justice immanente. Car si l’homme joue, le cours des choses le déjoue, et il n’est jamais prévisible.

Prevision--illustration.jpg

 


 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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