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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 23:01

On invoque souvent pour interdire tel ou tel produit ou telle ou telle option le « principe de précaution », car on ne sait pas où peut conduire à terme tout choix technique ou économique que l’on peut faire. Ce principe a même été introduit dans notre Constitution en 2005. En théorie, cette prudence devant l’inconnu semble justifiée.

Mais en théorie seulement. Car on commence à s’apercevoir que ce « principe de précaution » peut conduire à un « principe d’inaction ». On peut en effet se paralyser quant à faire quoi que ce soit, par peur de faire mal. Déjà les Latins disaient que la pire corruption est celle du meilleur : Corruptio optimi pessima.

Deux exemples seulement, parmi bien d’autres, qui montrent que l’application du PP peut aussi se révéler la source de nouveaux risques : 1/ On envisage aujourd’hui de réduire la puissance des antennes-relais. Or cela obligera les opérateurs à multiplier leur nombre pour compenser la réduction des zones de couverture, et donc une telle mesure augmentera l’exposition de 90% des Français. 2/ Au nom du PP et de la lutte contre le réchauffement climatique, on promeut les biocarburants. Ils causent pourtant des distorsions économiques (gaspillages dans l’utilisation des sols, de l’énergie, de l’eau, en termes de pesticides et fertilisants, etc.), contribuent de surcroît à la flambée des prix agricoles et augmentent les risques de crises alimentaires. Même leur impact carbone – pourtant leur principale justification officielle – serait négatif. Ils pourraient causer, selon les estimations, jusqu’à un doublement des émissions de CO2 sur une période de 30 ans. (Source : Le Figaro, 10/02/2014).

On connaît la notion d’« effet pervers » ou d’« effet boomerang » généré par toute action, base de mainte tragédie, que le philosophe Karl Jaspers a ainsi défini : toute action peut engendrer pour son auteur des conséquences dont au départ il ne s’était pas douté. C’est le cas de notre principe, et s’il s’est établi lui-même sur cette notion d’effet pervers potentiel de nos moindres actions, il finit par y exposer lui aussi en bout de course. La leçon est que lorsqu’on agit le choix n’est pas entre un bien et un mal absolus, mais entre des options également problématiques. Il faut mesurer le rapport entre bénéfice et risque, et finalement, sauf à ne rien faire du tout, opter pour un moindre mal.


Precaution--illustration.jpg

 

 


 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :


Petite philosophie de l'actualité, format Internet

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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 23:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo)

On s’en satisfait facilement, surtout dans le domaine du langage. Ainsi en est-il de l’expression qu’on entend aujourd’hui à tout bout de champ : « le mariage pour tous ». Littéralement prise, elle signifie que n’importe qui peut se marier avec n’importe qui. Ce dont un minimum de réflexion montre l’impossibilité.

Si par exemple je suis déjà marié, et si je veux épouser quelqu’un d’autre, cela m’est interdit, car la loi prohibe la bigamie. On voit déjà l’incorrection de notre expression.

Si je veux épouser ma sœur, cela aussi m’est interdit, tant par l’Église catholique que par le droit français, même en cas d’adoption. S’il s’agit d’une cousine germaine, je peux le faire civilement, mais si je veux faire un mariage religieux, je dois demander à l’Église une dispense, que seul le pape peut accorder. Là aussi je n’ai pas toute licence de faire ce que je veux, et le « mariage pour tous » n’est qu’une illusion.

Une affaire intéressante vient d’être plaidée au TGI de Metz. Une femme peut-elle épouser, après la mort de son mari, le fils que ce dernier a eu d’un premier lit ? Ils n’ont pas de liens du sang, et pourtant ils n’auraient pas le droit de se marier, puisque l’article 161 du code civil  indique que le mariage est prohibé « entre tous les ascendants et descendants légitimes et les alliés dans la même ligne ». Ce pourquoi jusqu’ici le procureur de Metz s’est opposé à cette union (Source : France Tv info, 12/06/2014).

On voit que se reproduit ici l’intrigue de la Phèdre de Racine, situation reprise dans La Curée de Zola : Phèdre ne peut espérer s’unir avec son beau-fils Hippolyte, que son mari Thésée a eu avec une autre. La notion ici d’« inceste » ou d’« amour incestueux » n’est donc pas encore sans substance juridique.

Aux dernières nouvelles, les requérants lorrains ont obtenu satisfaction mais le procureur peut interjeter appel (même source, 26/06/2014). Quoi qu’il en soit ou puisse en être à l’avenir, un fin mais solide réseau de lois et d’obligations continuera de nous enserrer, très souvent à notre insu, et nous ne pourrons tout faire à notre guise. Aussi ferions-nous bien de renoncer à l’expression approximative, euphémisante et démagogique de mariage « pour tous », pour la remplacer par la seule expression propre ici : le mariage « entre personnes du même sexe ». Le langage, et par voie de conséquence la clarté des esprits, y gagneront.

 

Approximation--illustration.jpg

 


 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :


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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 23:01

Elle sauve l’âme, c’est le seul recours quand tout semble perdu. Souvenons-nous de ce que disait Montesquieu : « Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé. » Elle seule peut nous montrer qu’existe autre chose que ce que nous connaissons, fussions-nous au fond du malheur. Capitale aussi est la possibilité d’écrire ce que l’on sent, car elle permet de s’en délivrer par la verbalisation clarifiée, la prise de conscience consécutive à l’objectivation ainsi permise, et aussi parfois par le simple pouvoir cathartique de la mise en mots.

Aussi le pire crime est, me semble-t-il, d’interdire la possibilité de ces deux remèdes à quelqu’un, quel qu’il soit. C’est pourtant ce que vient de faire le ministère de la justice britannique, qui a décidé d’interdire l’envoi de livres, de magazines, de papier et de timbres aux détenus. Chris Grayling, le secrétaire d’État, a cru bon d’expliquer qu’il s’agissait de soumettre les prisonniers à des « conditions plus spartiates »,  afin d’accélérer leur « réhabilitation » (Source : Marianne, 6/06/2014)

On reste rêveur devant une telle mesure. Prétendre « réhabiliter » des prisonniers par une telle interdiction est une ineptie. C’est bien plutôt le contraire qui se produira : coupés de la lecture et de l’écriture, comment pourront-ils se reconstruire ? Se mettre à distance des « démons » qui peuvent encore les habiter, sans le secours de la médiation des mots ? Ne resteront que les instincts bruts, et les fameuses « conditions plus spartiates » les enfermeront dans l’animalité, car elles procèdent elles-mêmes de la plus grande barbarie. N’oublions pas, en effet, que s’il y a une barbarie brute, il y a aussi une barbarie thérapeutique, comme on le voit à la fin d’Orange mécanique, le roman de Burgess et le film de Kubrick : le traitement de déconditionnement subi par Alex n’a rien à envier en sauvagerie à celle de ses actions passées.

La justice a pouvoir sur les corps, mais jusqu’ici, heureusement, elle pouvait respecter les âmes : on pouvait être libre derrière les barreaux, en lisant ou en écrivant. Mais ici le cas change. On pourrait lui adapter une phrase de l’évangile, en changeant son contexte : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne. » (Matthieu 10/28)

 

Lecture--illustration.jpg

 

 


 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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