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24 juin 2026 3 24 /06 /juin /2026 01:00

Un ancien article (27 juin 2024)

 

J’emprunte ce néologisme à Raphaël Glucksmann. Au lendemain de la dissolution de notre Assemblée, il a fait de ce terme une de ses lignes rouges, disant qu’il fallait s’engager à stopper la « brutalisation de la vie politique ».

 

Je suis tout à fait d’accord avec lui. Certes la violence verbale a toujours existé dans le milieu politique. Mais elle se manifestait toujours à l’intérieur des partis eux-mêmes, en quelque sorte en « vase clos ». La différence est que maintenant son flot se déverse sans frein dans l’espace public.

 

Ainsi on a vu au soir de dimanche 9 juin un opposant au président le traiter devant les caméras de « taré », sans recevoir pour cette expression le moindre blâme de quiconque. Et c’est ce même député qui a déclaré ensuite qu’il se sent « capable » d’être premier ministre ! Les insultes verbales sont des coups portés à l’adversaire : coup de langue, coup de lance. L’exemple a été donné les deux dernières années par le parti d’extrême gauche à l’Assemblée, qui a constamment pratiqué l’agit-prop, ou la propagande de masse. Une raison de ce déluge d’invectives est sans doute l’influence des réseaux sociaux, où chacun se lâche sans vergogne, courageusement protégé par l’anonymat.

 

Les nations, disait Giraudoux, meurent d’infimes impolitesses. Ici elles ne sont certes pas « infimes », mais la prédiction est pertinente. Si on commence par tolérer des insultes publiques, où s’arrêtera-t-on ? Il suffit d’un seul accroc au tissu républicain pour tout détricoter à la fin : « Une maille rompue emporte tout l’ouvrage », comme dit La Fontaine dans Le Lion et le Rat. Sur ce chemin, très vite la démocratie dégénère en ochlocratie, ou gouvernement de la populace, où tout respect disparaît.

 

La haine se répand partout, ignorant la limite. Si fondée en effet qu’elle puisse être au départ, elle se disqualifie à l’arrivée par défaut d’une borne nécessaire. Il y a une certaine sorte de haine qui nous met au-dessous de ce que nous haïssons.

 

Et maintenant à la brutalité s’ajoute le cynisme. Ainsi voit-on un ancien ministre condamné pour fraude fiscale projeter de se présenter à la future élection : manifestement il n’y voit pas d’abjection. Mais où est l’exemplarité ?

 

Les ennemis de la démocratie, les autocrates russe et chinois par exemple, doivent se frotter les mains. Point n’est besoin pour eux de pousser eux-mêmes à l’abîme ceux qui s’y plongent tout seuls.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 27 juin 2024

 

D.R.

 

 

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22 juin 2026 1 22 /06 /juin /2026 01:00

Un ancien article (20 juin 2024)

 

Je suis toujours impressionné par la rapidité avec laquelle les émotions, au cours d’une même situation donnée, peuvent changer du tout au tout. Ainsi suis-je récemment passé, en 24 heures seulement, de la fierté la plus attendrie à la honte la plus complète.

 

J’ai assisté à la télévision, le 6 juin dernier, lors des cérémonies commémoratives du débarquement allié en Normandie, à la rencontre d’un vétéran américain et du président de l’Ukraine. Le vieux soldat félicitait l’homme jeune, et voulait même lui baiser la main en signe de reconnaissance pour la défense de la liberté et le salut de son peuple, et pour l’image mémorable qu’il représentait maintenant à ses yeux. Mais ce dernier refusait et même se mettait à genoux devant lui, en hommage à son héroïsme passé, lui disant qu’il avait, lui, sauvé l’Europe. J’ai trouvé là un magnifique symbole de passage de témoin, dans la lutte contre des barbaries autocratiques, nazie et poutinienne, singulièrement proches par l’esprit. Profondément ému par cette scène, je me suis senti fier, pensant qu’il ne faut pas toujours désespérer de l’humanité.

 

Hélas ! Je devais déchanter le lendemain. Le président ukrainien était reçu au sein de notre Assemblée nationale. Mais j’ai remarqué que l’hémicycle était à moitié vide, et que l’ovation des députés, debout, était fort maigre. Là j’ai été submergé par un sentiment de honte. Pourquoi n’y avait-il pas alors une assemblée pleine, applaudissant debout le représentant d’un pays martyr depuis plus de deux ans ? Il semble que c’était là un hommage dû à tant de souffrances subies : c’était pour moi un signe minimal de compassion et de respect.

 

On me dit que les députés absents ont voulu protester par là contre l’initiative de notre président auquel ils s’opposent, en transformant les élections européennes en référendum contre lui. Mais c’est là un réflexe de basse politique politicienne. Que diront-ils plus tard, ces députés, si on leur demande (leur fils par exemple) s’ils étaient dans l’assemblée à cet instant, pour accueillir avec honneur le président d’un peuple souffrant tant d’épreuves ? Assurément on verra qu’à l’honneur ils ont par bas calcul préféré le déshonneur. Il faut saisir les occasions, car l’Histoire ne repasse pas les plats, et la honte est indélébile.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 20 juin 2024

 

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky partage une accolade avec le vétéran amériacin Melvin Hurwitz lors de la cérémonie internationale des 80 ans du Débarquement. • © France Télévisions

 

 

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20 juin 2026 6 20 /06 /juin /2026 01:00

Comme je l’ai souligné dans mon article Virilisme, dans le dernier numéro de Golias Hebdo, elle est le fait majoritairement des hommes dans toute société, et les femmes toujours en pâtissent. Je viens d’en avoir confirmation dans le Journal de la mi-journée diffusé sur France Inter le 17 juin dernier. J’ai appris que selon une toute récente enquête de l’Ifop, la sexualité des jeunes Françaises  intègre de plus en plus de violences, comme des morsures, des griffures, des tirages de cheveux, des fessées, ou des étranglements. Des pratiques trash influencées par la pornographie, et qui posaient nécessairement selon l’émission la question du consentement. (Source : radiofrance.fr, 17/06/2026)

 

Évidemment le consentement dans ce domaine est la moindre des choses. L’initiative de ces pratiques revient toujours à l’homme, et leur acceptation par une femme ne peut qu’avoir des motivations problématiques, comme la peur de fâcher son partenaire : consentir pour ne pas perdre. En tout cas, en imputer le désir à la femme elle-même relève pour moi d’un fantasme masculin. Le même qu’incarne l’héroïne de Belle de jour, le roman de Joseph Kessel. Lassée de l’amour trop éthéré que lui porte son compagnon de cœur, elle se livre à la prostitution et aux humiliations masochistes. Mais qu’elle puisse y trouver la satisfaction de ses sens n’est qu’un a priori de l’auteur, qui fait passer la vision masculine du désir, effectivement exacerbé par la violence, comme une vision commune aux deux sexes.

 

On peut même penser que cette vision de la sexualité agressive et prédatrice, strictement animalisante, peut apparaître, au moins à certains hommes, comme un échec relationnel. Désireux au fond d’eux-mêmes d’autre chose, ils peuvent ne pas se sentir à l’aise avec ce modèle viriliste vu socialement comme une norme : leur refus de l'assumer peut les mener au fiasco.

 

C’est le rôle de la femme, non de vouloir imiter l’homme, mais de le civiliser, de lui faire comprendre que la sexualité doit pour lui être ce qu’elle est pour elle : contextualisée – et non pas réduite simplement à la pulsion déshumanisante, fouettable par la violence. Comprendra-t-il la phrase de Rousseau dans La Nouvelle Héloïse : « Les sensations ne sont rien que ce que le cœur les fait être » ? – Mais à voir l’état actuel des comportements il semble que nous en soyons loin.

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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