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29 mai 2026 5 29 /05 /mai /2026 01:00

Ce mot désigne une opposition active, délibérée et militante au théisme (Wikipedia). J’ai pensé à la position qu’il désigne en parcourant le texte de la récente encyclique du pape Léon XIV Magnifica Humanitas (tribunechrétienne.com, 25/05/2026). C’est une critique en règle, minutieusement argumentée, de la modernité technicienne, et au premier chef de l’IA (Intelligence artificielle), qui la résume. Le texte renvoie à l’épisode biblique de Babel (Genèse 11/1-10). Le sens en est la prétention des hommes à bâtir une tour qui leur permette d’escalader le ciel et d’y détrôner toute forme de divin : c’est bien de leur part un antithéisme. Le même d’ailleurs qui anima, dans la mythologie grecque, le Titan Prométhée, ennemi des dieux et ami des hommes (philanthrope), à qui il apporta le feu, métaphore de la connaissance.

 

Ces histoires veulent toutes dire que l’homme doit se méfier d’une prétention à vouloir tout comprendre et par sa puissance à tout maîtriser de son destin sur la terre. Et en effet les exemples pris par le pape sont bien significatifs de cette ambition : solutions technicistes appliquées à tout problème, recours en chaque occasion pourtant humaine au réflexe numérique, transhumanisme, etc.

 

Mais si je suis d’accord avec les analyses intempestives de l’Encyclique, je suis moins conquis par leur contenu théologique. Il est fondamentalement christocentrique. On y lit par exemple : « Le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné » (Magnifica Humanitas, n°4). Je ne pense pas quand à moi que la mention du Logos johannique et de ses aléas kérygmatiques postérieurs soit indispensable à la compréhension de l’ensemble de l’analyse. En outre, elle pourrait dissuader de lire plus avant. À seulement usage interne, elle pourrait justifier la définition que Borgès donnait de la théologie : « Une branche de la littérature fantastique ».

 

Tous dogmes ôtés, il suffit à mon avis que Dieu soit une façon de dire que nous ne savons pas tout et le tout des choses, même quand nous croyons le contraire. Ni quand nous pensons, ni quand nous agissons nous ne maîtrisons la vie. Aucune IA ou nulle technique ne peut nous donner les clés de notre destin. C’est la prudence salutaire induite en notre esprit par cette constatation qu’on appelle présence de Dieu. C’est une simple façon de parler, mais elle invalide tous les antithéismes.

 

D.R.

 

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27 mai 2026 3 27 /05 /mai /2026 01:00

J’ai regardé sur FR 3, dans la soirée du 20 mai dernier, l’émission 1936, le Front populaire. Sur des vues très émouvantes de foule en liesse, profitant de loisirs pour la première fois, le commentaire indiquait que les travailleurs n’avaient plus à attendre un repos à venir (toujours rêvé et hypothétique), puisqu’ils le connaissaient désormais ici et maintenant. Ce qu’ils espéraient peut-être depuis toujours, voici que cela se réalisait effectivement.

 

Par association d’idées, j’ai pensé au destin de l’attente eschatologique en christianisme. Dans un premier temps, et selon les premières strates rédactionnelles des évangiles, le climat était celui d’une imminence : la venue du Fils de l’homme était vue comme toute proche, et son attente allait rapidement être comblée. « En vérité, je vous le déclare, cette génération ne passera pas que tout cela n’arrive. » (Matthieu 24/32-34 – cf. Marc 13/28-30). Mais la suite a démenti cette attente, et l’on a été obligé, cette venue ne se produisant pas, d’accepter humblement les délais du temps, et de projeter l’attente plus loin. C’est comme quand on attend l’autobus. Au début, on est impatient, et quasiment on le « tire » des yeux, debout dans l’attente. Mais ensuite, comme il ne vient pas, on s’assied, plus patient.

 

Ce tournant s’est produit en christianisme à la charnière des 1e et 2e siècles. Ainsi le Christ johannique dit-il que son Royaume n’est « pas de ce monde » (Jean 18/36) On diffère une venue, et on l’intériorise dans l’âme de chacun, quand elle est démentie dans les faits par la situation actuelle. Va dans ce sens notre traduction du Notre Père sur la venue du Royaume : « sur la terre comme au ciel ». Autrement dit, si on suit l’ordre des mots : Que ce qui se commence ici se parachève là. La terre n’est qu’une propédeutique ou une antichambre au ciel.

 

Pourtant il y aurait un grand intérêt à maintenir la disposition du texte initial, qui dit aussi bien en grec qu’en latin : « Vienne ton Royaume, comme au ciel, ainsi sur la terre » Autrement dit : Que ciel descende sur la terre ! C’est dès ici-bas que la vie doit être céleste. Le ciel n’est pas une récompense pour l’au-delà, mais un modèle pouvant s’incarner réellement dans nos vies. Je pense que cette perspective est préférable à celle de la récompense différée, et que les travailleurs de 1936 en auraient été d’accord.

D.R.

 

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25 mai 2026 1 25 /05 /mai /2026 01:00

Un ancien article (avril 2024)

 

J’ai vu sur Arte, le 23 avril dernier, le film La Confession, de Nicolas Boukhrief, inspiré du roman Léon Morin prêtre de Béatrix Beck (prix Goncourt 1952). L’héroïne est une jeune femme communiste athée qui par bravade entreprend une relation avec un prêtre, dont finalement elle tombe amoureuse. Mais lui la repousse catégoriquement, et cet amour qui lui est offert se heurte chez lui, même si secrètement il peut lui être sensible, à une armure sans faille, où j’ai vu pour ma part un bloc inexpugnable de doctrine.

 

Le principal moteur de l’histoire est évidemment le caractère sacré du prêtre, au sens propre de séparé des autres hommes, et agissant in persona Christi (dans la personne du Christ), par exemple dans la pratique de la confession, qui est un motif essentiel et une scène récurrente du film. Je me suis alors demandé d’abord si ce non possum du prêtre, ce refus de partager l’amour qui lui est porté, était bien compatible avec un minimum d’humanité. S’accordait-il ensuite avec les textes évangéliques, dont pourtant se réclame toute la construction chrétienne ? Jésus ne laisse-t-il pas venir à lui telle pécheresse dont il nous dit qu’en l’approchant elle a montré beaucoup d’amour (Luc 7/47) ?

 

Je sais bien qu’on peut dire qu’il y a amour et amour, en pensant par exemple aux anciens Agapètes, qui en mêlaient les genres (rien d'impur pour qui est pur). Mais réflexion faite je ne suis pas d’accord avec leur condamnation pour hérésie, pas plus qu’avec les censeurs ecclésiaux et doctrinaires qui pourraient prétendre encore trancher entre amour humain et amour divin. Qui nous dit d’ailleurs que le premier ne peut pas être une propédeutique ou une anticipation du second ? Et que penser du refus que le prêtre lui oppose d’emblée, au risque de condamner celle qui le lui offre à un reste de vie fait de frustration et de douloureux échec, comme dans le film, ou même à la mort volontaire comme dans La Faute de l’abbé Mouret, de Zola ? Suffit-il de pleurer sur l’éternel mélodrame de l’invitus invitam (ils se séparèrent malgré lui, malgré elle) ?

 

Mais heureusement on vient d’apprendre qu’en Espagne l’évêque émérite de Solsona, Mgr Xavier Novell, qui avait démissionné de sa charge en 2021, à l’âge de 52 ans, a obtenu une dispense du pape François pour pouvoir se marier à l’église avec la psychologue et écrivaine Silvia Caballol (Source : cath.ch, 02.04.2024) Allons ! La doctrine n’est peut-être pas inflexible !

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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