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20 juillet 2026 1 20 /07 /juillet /2026 01:00

Le Ministre de la Guerre états-unien vient d’annoncer qu’un contrôle du taux de testostérone chez les militaires doit obligatoirement être fait. L’idée est de remédier aux carences présentées quant à cette hormone. Mais on peut se demander si en vérité on ne veut pas doper les soldats en les virilisant au maximum, et en quelque sorte les transformer en combattants « augmentés », en surhommes. En outre ce processus présente médicalement, comme tout dopage, de réels dangers pour le sujet humain. (Source : rtbf.be, 16/07/2026)

 

On peut se demander ce qu’il en sera, quant à cette mesure, des personnels féminins et transgenres dans l’armée américaine. Sauf à penser qu’effectivement ils n’y seront pas les bienvenus et que, si encore ils y figurent, ils doivent en être bannis. Cette mesure s’inscrit dans un contexte viriliste, bien en accord avec l’ambiance générale qui a porté au pouvoir l’actuel président des États-Unis. On notera que, dans l’Histoire récente, les deux régimes qui ont eu ce réflexe masculiniste sont le fascisme italien et le nazisme.

 

On nous dit que l’hormone de la testostérone augmente l’agressivité. C’est possible, mais est-on sûr que l’agressivité est la meilleure qualité du combattant ? Que fait-on de l’intelligence, de la ruse, de la réflexion tactique ? Sauf à considérer le soldat comme une machine agressive aveugle, et promise en tant que telle à alimenter le feu de l’ennemi – ou au « hachoir à viande », comme dans la Russie de Poutine.

 

Il en est de l’agressivité comme de la colère selon Sénèque dans le De ira. Elle est peu soucieuse de sa propre vie, pourvu qu’elle nuise à autrui : telle l’abeille, qui laisse sa vie dans la blessure qu’elle fait. Le résultat est évidemment un énorme gaspillage, même si certains encore parlent dans un tel cas de sacrifice héroïque.

 

À l’opposé on pourra admirer le comportement intelligent d’Ulysse bernant le Cyclope dans L’Odyssée. Ou d’Horace, chez Corneille, triomphant de trois ennemis inégalement blessés grâce à une fuite intelligente – toutes histoires montrant que la force brute et brutale ne suffit pas pour remporter la victoire. Au lieu de leur proposer le dopage testostéroné, ou encore de faire la chasse – comme il l’a fait – à l’embonpoint de ses personnels, le ministre états-unien aurait pu y réfléchir davantage, et abandonner ici une vision archaïque et purement animale.

 

D.R.

 

 

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18 juillet 2026 6 18 /07 /juillet /2026 01:00

Un ancien article (11 septembre 2024)

 

Elle peut être volontaire, selon ce que dit le Discours de La Boétie. C’est à quoi j’ai pensé en voyant sur Arte, dans la soirée du 20 août dernier, l’émission Sous l’œil de Pékin : total Trust, consacrée à l’asservissement des citoyens chinois par les divers systèmes numériques de contrôle (caméras, flicage, etc.) mis au point par le gouvernement.

 

J’ai toujours pensé qu’un organisme policier, si développé soit-il, ne peut mettre en situation de dépendance des millions de sujets sans qu’il y ait à cela un minimum d’acquiescement de leur part. En somme, ils doivent chérir leur esclavage, ou au moins avoir favorisé son installation. On touche là des zones sombres de l’être, quand le désir de liberté s’y trouve remplacé par celui d’une prise en charge déresponsabilisatrice, par l’assistanat par exemple. Le chien ne lèche-t-il pas la main qui le frappe ?

 

Cette transition est progressive. En l’espèce, la majorité du peuple chinois n’a pas commencé par réagir aux premières mesures mettant en place un « crédit social » censé récompenser les bons citoyens en leur donnant des « points », et à punir les mauvais en leur en enlevant. Mieux, beaucoup ont vu là un « jeu » auquel ils ont consenti de bonne grâce. Mais au fil du temps les mesures plus sévères ont suivi, comme l’embauche dans les villes de « surveillants de quartier » chargés de faire la police, qu’on a acceptées parce que vues finalement comme indolores. Là est le machiavélisme de ce type de mesures : dans leur imposition progressive.

 

On connaît la parabole de la grenouille. Plongée dans une eau bouillante, elle s’en échappe aussitôt. Mais dans une eau qui se réchauffe par paliers, elle s’y habitue et ne songe plus à s’échapper. À la fin elle meurt ébouillantée.

 

« Une maille rompue emporta tout l’ouvrage », dit La Fontaine dans Le Lion et le Rat. Autrement dit, une seule mesure potentiellement liberticide, si infime soit-elle au départ, peut avoir des conséquences incommensurables. Mais l’homme est toujours responsable des dernières pour avoir au départ accepté la première.

 

Au sein des systèmes totalitaires, il faut bien sûr qu’il y ait toujours des résistants dans la route vers la servitude. Mais on gagnera aussi à s’observer soi-même, par introspection, et à comprendre que la démission par l’apathie et l’amnésie engendrée par l’accoutumance sont des tentations qui nous constituent et nous menacent toujours.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 11 septembre 2024

 

D.R.

 

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16 juillet 2026 4 16 /07 /juillet /2026 01:00

Elle vient de faire l’objet d’un vibrant plaidoyer de la part du pape François, dans une lettre du 4 août dernier qui défend son importance dans la formation de chaque chrétien. Ce propos est d’autant plus important qu’il est nouveau, et s’inscrit contre la vieille tradition de l’Église censurant les livres interdits en les mettant à l’Index. Certains n’hésitent pas à le qualifier de « révolutionnaire ». (Source : lemonde.fr, 23/08/2024)

 

À mes oreilles, il sonne très agréablement, non seulement en tant que professeur, mais amoureux depuis  toujours de la littérature. Elle nous met au contact de la réalité humaine profonde et complexe, aux antipodes de la simplification de la dogmatique et de la monosémie du catéchisme, dont le nom signifie la répétition en écho (ékhein) d’une voix venue d’en-haut (kata). La littérature de ce point de vue est libératrice, elle brise selon le mot de Kafka « la mer gelée en nous ».

 

Elle favorise aussi la reconnaissance des opinions autres que les siennes, et même d’une « polyphonie » de la Révélation. C’est là un aveu remarquable qui échappe à toute confiscation injonctive et institutionnelle du message chrétien. On sait la critique constante que fait le pape du « cléricalisme », et je ne peux que lui donner  raison.

 

Il souligne aussi l’importance, en christianisme, de l’Incarnation de Dieu en la personne de Jésus. Ce dernier fut un homme, de chair et de sang. Il n’est donc pas étonnant que les passions charnelles, domaine propre de la littérature, l’aient habité, et de ce point de vue on peut entrer avec lui en empathie humaine. Il ne faut pas désincarner son message.

 

Il est vrai que le pape ici tente une synthèse problématique, bien dans la manière jésuite, quand il parle de « la pleine humanité du Seigneur Jésus dans laquelle se déverse pleinement sa divinité. »  Certes le dogme de la double nature du Christ, pleinement homme et pleinement Dieu, promulgué au concile de Chalcédoine, n’est pas sans poser de sérieux problèmes de cohérence. Je les ai évoqués dans mon livre Les Mystères du Credo – Un christianisme pluriel (BoD, 2018). Mais enfin on peut quand même voir la synthèse chrétienne comme la plus humaine des trois religions abrahamiques, et donc, à en croire le pape, la plus ouverte à la littérature.

 

Il faut absolument lire ce riche document, qui éclaire la route, et permet d’imaginer un christianisme nouveau, résolument non clérical.

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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