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29 mars 2025 6 29 /03 /mars /2025 02:01

C’est en catholicisme celui qui assiste le célébrant à la messe. Beaucoup de mes camarades l’ont été, quand j’étais enfant, et leur chasuble blanche les grandissait à mes yeux, par exemple quand, investis d’une sorte de majesté sacrée, ils faisaient la quête en prononçant un « Dieu vous le rende ! » imposant et comme tombé du ciel. À l’époque, je ne me posais pas la question de savoir pourquoi, parmi les enfants de chœur, il n’y avait pas de petites filles.

 

Mais maintenant je peux y répondre. Car si le pape François a décrété que désormais les femmes pourront avoir accès à l’acolytat et au lectorat, et si on a vu là une initiative novatrice, c’est bien qu’effectivement elle brise un tabou, celui de l’impureté féminine.

 

De tout temps en effet et dans la majorité des religions les femmes ont été stigmatisées à cause de leur sang menstruel. On en voit maintes illustrations dans maints passages de la Bible juive. Encore aujourd’hui dans telle tradition orthodoxe un religieux peut refuser de toucher la main d’une femme, ou d’être touché par elle, au cas où elle aurait ses règles. Voilà donc pourquoi, me dis-je, il n’y avait pas de petite fille parmi  les acolytes de mon enfance.

 

Y réfléchissant, il me souvient aussi d’un vers de Vigny, dans « La Colère de Samson » : « La Femme, enfant malade et douze fois impur ! ». L’ayant appris au Lycée, je n’en comprenais pas le sens. Aucune note de mon manuel ne l’éclairait, et je le récitais machinalement. Tant l’enseignement d’alors était moutonnier, et tant l’ostracisme misogyne qu’il pouvait véhiculer nécessitait voilements et précautions !

 

La décision du pape, heureusement, est dans le droit fil de l’Évangile. Ainsi Jésus accepte d’être touché par une femme souffrant de pertes de sang depuis douze ans, et guérie par son contact (Marc 5/25-34). À l’évidence, le tabou du sang tombe ici. L’impureté véritable est dans la façon de voir les choses, dans l’œil qui est la lampe du corps (Matthieu 6/22 ; Luc 11/34). Elle n’est pas dans le déterminisme biologique qui sépare les êtres, le pur de l’impur, et institue le sacré. Cette vision nouvelle est fondamentalement anti-sacrale et antinaturaliste.

 

Bien sûr l’admission des femmes à l’acolytat et au lectorat ne signifie pas leur admission au sacerdoce. Mais enfin que gagneraient-elles à prendre un rôle de sacrificateur, qui est celui du prêtre, alors qu’elles peuvent donner la vie et sont donc mieux aptes à la préserver ?

 

Article paru dans Golias Hebdo, 17 juin 2021

 

 

 

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27 mars 2025 4 27 /03 /mars /2025 02:00

Loi

L’actuel président des États-Unis a déclaré : « Celui qui sauve son pays ne viole jamais la loi. » Et il vient de décider, à côté d’autres initiatives tout aussi contestables, une croisade contre les juges de son pays, qu’il estime lui être hostiles dans leur quasi-totalité. C’est à quoi le Financial Times vient de consacrer un dossier, titré : All-out assault on the law (Offensive généralisée contre la loi).

 

La phrase du président a des accents religieux. Il se voit comme un Sauveur, selon le schéma et le vocabulaire du scénario sotériologique chrétien. Et son affranchissement de la loi peut faire penser, par exemple et mutatis mutandis, à la démarche de saint Paul qui refusait, contre l’option du judaïsme, qu’elle pût procurer à l’homme un moyen de justification. Je pense aussi aux mouvements de ceux qu’on appelle en christianisme les Antinomistes, que j’ai relevés dans mon Petit lexique des hérésies chrétiennes (Albin Michel, 2005). Pour eux, rien n’était impur pour les consciences pures, les dispositions du cœur étaient l’essentiel, et réaliser cette situation valait absolution pour tout ce qu’ils se permettaient : en bien souvent, mais aussi parfois, hélas, en mal.

 

Je sais bien que le président n’entendrait pas grand-chose à ces rapprochements théologiques, le salut dans sa bouche n’étant qu’un slogan manipulateur, et la loi n’étant que ce qui s’oppose à ses caprices, uniquement ce qui fait obstacle à son narcissisme foncièrement infantile. Sa croisade actuelle ne procède pas de la réflexion, mais n’obéit qu’à des motifs de vengeance personnelle. Comprendrait-il que la loi et les juges qui l’incarnent n’ont été instaurés que pour protéger la démocratie des fantaisies d’un autocrate, dont l’apparition est toujours possible comme on peut le voir actuellement ? J’ai insisté sur l’indépendance nécessaire du pouvoir législatif en démocratie dans mon article Illibéralisme (Golias Hebdo, n° *).

 

La loi n’est pas forcément source de coercition insupportable. Bien observée elle peut même mener à garantir les libertés individuelles, qui ne consistent pas pour chacun à faire tout ce dont il a envie (elle n’est pas la licence), mais à savoir se borner de façon à respecter la liberté de l’autre. Là est le pacte démocratique véritable : il vise à protéger les faibles contre la loi du plus fort, celle de la jungle où nous ramène l’entêtement du président.

 

D.R.

 

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25 mars 2025 2 25 /03 /mars /2025 02:00

I

l est dangereux d’en faire trop, de vouloir à tout prix se mettre en avant. Et il y a des cas où le comportement est même hautement dommageable.

 

C’est à quoi j’ai pensé en lisant un bizarre fait divers, rapporté par l’A.F.P. (20/07/2013) : un pompier volontaire de 22 ans à Valentigney (Doubs) allumait des feux de poubelles pour le plaisir selon lui, ainsi que le rapporte le dossier de police, de pouvoir ensuite les éteindre avec ses collègues.

 

Quelles ont été les motivations de ce pompier pyromane ? Je laisse de côté l’hypothèse, évoquée par certains,  d’une prime éventuelle qu’il eût pu toucher après avoir éteint l’incendie. Les hommes ne sont pas mus toujours par des considérations financières. La simple considération, le désir d’être remarqué et apprécié, les fait agir bien souvent.

 

Il semble que certains ne supportent pas l’obscurité de leur personne, l’anonymat. Ils préfèrent même qu’on parle mal d’eux, plutôt qu’on n’en parle pas du tout. On connaît le cas d’Érostrate, qui incendia le temple d’Artémis à Éphèse, une des sept merveilles du monde, tout simplement pour que son nom passât à la postérité. En quoi il a fort bien réussi, puisqu’il est présent encore dans nos mémoires. Sartre a donné le nom de ce personnage à une de ses nouvelles, dans Le Mur.

 

L’homme peut supporter beaucoup de choses dans sa vie, mais s’il est une chose qu’il tolère très difficilement, c’est le sentiment d’être inutile. Tous les retraités vous le diront, et aussi, je pense, bien des travailleurs aujourd’hui, dépossédés de toute initiative et responsabilité sur ce qu’ils font. Le bore out, l’ennui et le sentiment d’être inutile, les touche autant que le burn out, l’épuisement par la suroccupation.

 

Le désir de de faire du zèle habita peut-être notre jeune pompier. Peut-être voulait-il montrer qu’il valait quelque chose, faire un coup d’éclat en se donnant une occasion d’intervenir. Une telle motivation est aisément compréhensible, et il n’est pas besoin ici d’aller chercher des explications réductrices, comme l’intérêt financier, ou psychanalytiques, comme la secrète fascination causée par ce contre quoi on est chargé de lutter.

 

La seule question est la sottise du procédé utilisé ici, le manque d’intelligence dans la conduite. Comme l’Ours de la fable de La Fontaine, qui casse la tête à son ami le Jardinier en écrasant une mouche posée sur le nez de ce dernier, l’homme a manqué de discernement. Le but était peut-être louable, le résultat catastrophique, parce que marqué au sceau de l’irré­flexion.

 

La leçon à en tirer est que l’intention dans l’action ne suffit jamais : il faut s’interroger sur le moyen qu’on y utilise. Et il est bien dommage que celui-ci puisse disqualifier celle-là.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 1e août 2013

 

D.R.

 

***

 

Cet article est extrait du livre suivant :

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

***

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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