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26 octobre 2024 6 26 /10 /octobre /2024 02:00

On l’a crue solidement implantée dans notre pays, mais on nous apprend qu’elle ne fait plus l’unanimité chez les Français, selon ce que dit, sondage à l’appui, le rapport annuel du Conseil économique, social et environnemental (CESE). (Source : leparisien.fr, 22/10/2024)

 

Un Français sur deux (51 %) juge que « seul un pouvoir fort » peut garantir l’ordre et la sécurité. 23 % d’entre eux pensent que la démocratie n’est pas le meilleur système politique existant. Et la proportion monte à 31 % si l’on considère les jeunes (moins de 35 ans).

 

Ce constat alarmant a de quoi faire réfléchir sur l’extrême fragilité d’un système politique qui nous semble sinon le meilleur possible, du moins le moins mauvais, qui sous-tend toutes nos valeurs occidentales, et que nous pensons pouvoir légitimement proposer au monde entier.

 

Comment en est-on arrivé là ? La démocratie, comme Montesquieu l’a bien montré, repose sur ce qu’il appelle la « vertu », nous dirions aujourd’hui le civisme, le sens de l’intérêt commun, qui doit passer avant tous les intérêts particuliers. Et elle se corrompt quand le bien public est oublié au profit des intérêts de chacun. Par exemple l’affligeant spectacle que donnent nos politiques, plus occupés d’intérêts et de carrière personnels que du bien commun, est pour beaucoup, je pense, pour la désaffection de la démocratie. Le recours à un « pouvoir fort », que demande la moitié des sondés, s’explique sans doute par la lassitude causée par leur barnum. Notre situation ressemble assez à celle de l’entre deux guerres au siècle dernier, où divers mouvements fascisants se sont nourris du discrédit de la classe politique.

 

Et cette situation affecte la planète entière, où on serait bien en peine de trouver, à part quelques petites exceptions, une vraie démocratie. L’autocratie y domine, y compris dans ce qui risque d’arriver aux USA avec l’élection du candidat populiste, qui selon John Kelly (ex chef de cabinet de Trump de 2017 à 2019), relayé par Kamala Harris, a tout d’un « fasciste », voulant par exemple se débarrasser des « ennemis intérieurs » en utilisant l’armée. (courrierinternational.com, 24/10/2024)

 

La démocratie véritable suppose la liberté des citoyens. Existe-t-elle encore, non seulement dans les pays autocratiques, mais encore dans ces simulacres que sont les démocraties purement formelles, dites « illibérales » ? L’imposture est de s’en réclamer encore, quand elle n’existe plus.

 

D.R.

 

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24 octobre 2024 4 24 /10 /octobre /2024 01:00

Un exemple criant en est le cas de l’automobiliste qui a volontairement écrasé un cycliste, dernièrement à Paris. Ce conducteur de SUV n’a pas supporté qu’ait été endommagée la carrosserie de sa voiture, avec laquelle sans doute il faisait corps, qui était un prolongement de lui-même. Cette identification, propre aux hommes il me semble, est une vraie folie, surtout quand on voit à quoi elle conduit.

 

Il y a de plus en plus dans les grandes villes des altercations entre automobilistes et cyclistes. Les premiers ne se sont pas consolés de la fin du « tout voiture » à quoi ils étaient habitués depuis les « trente glorieuses ». Aujourd’hui ils ont du mal à partager l’espace urbain. Pourtant qui nierait que le vélo permet de lutter contre la catastrophe écologique qui est déjà là, à laquelle contribue grandement déjà la voiture, et encore plus le SUV (Sans Utilité Véritable) ?

 

Ces conflits au sein des villes contredisent totalement l’« urbanité » qu’étymologiquement on s’attendrait à y trouver. L’espace civilisé que traditionnellement la ville incarne cède la place à l’ensauvagement.

 

En général en effet je suis frappé aujourd’hui par l’affaissement de la maîtrise des pulsions, la tyrannie des affects, la fin du Surmoi de chacun. Voyez le spectacle affligeant que donnent nos députés à la Chambre. L’agressivité y règne sans partage. Les insultes fusent, les noms d’oiseaux volent. La discussion n’existe pas, on ne s’écoute pas, on ne s’occupe qu’à porter des coups. C’est un pugilat verbal, dont on sent bien qu’il suffirait de peu pour qu’il se transforme en pugilat tout court.

 

Il suffit de voir aussi à quel déluge d’insultes se réduit, de la part du candidat populiste, l’actuelle campagne électorale états-unienne. Il évite tout débat rationnel. De toute façon ce n’est pas ce qui lui importe. Il ne cherche, comme un  boxeur, qu’à mettre KO l’adversaire. Et cette « tactique » est efficace, puisqu’il met de son côté ceux qui comme lui partagent le même ressentiment anti-intellectualiste. Je ne comprends pas pourquoi on peut rester sans réaction, ne pas s’insurger devant son comportement.

 

On assiste aujourd’hui à la fin des « formes », si nécessaires pourtant selon Montesquieu dans la vie publique. Mais où va-t-on quand on sacrifie la politesse la plus élémentaire ? Une maille rompue emporte tout l’ouvrage, et sur les ruines de la civilité pointe la guerre civile.

 

D.R.

 

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22 octobre 2024 2 22 /10 /octobre /2024 01:01

E

lle remplace aujourd’hui la supériorité de naguère. Il y a maintenant une volonté d’être connu à tout prix, et d’en tirer le plus grand profit financier possible, sans aucune vergogne. On le voit très bien dans une affaire qui vient d’éclater au Royaume-Uni, et qui laisse rêveur.

 

Je veux parler de cet adolescent britannique de treize ans qui vient d’être père d’un enfant après sa relation avec une adolescente de quinze. La famille de ce « papa bébé » a voulu monnayer cet exploit, et a vendu les droits d’interview exclusive à tel tabloïd à grand tirage. Le comble dans cette histoire est que d’autres adolescents se disputent maintenant la responsabilité de cette paternité, prétendant eux aussi avoir eu des relations avec la jeune fille.

 

La leçon qu’on en tirera naturellement est qu’il suffit de faire des bébés, même dans les conditions les plus scabreuses, pour gagner le plus d’argent possible et pour passer à la télé. Aucun scrupule moral ne retient dans ce cas : on n’y voit plus d’abjection.

 

On connaît le cas d’Érostrate, qui ne supportant pas d’être inconnu incendia une des sept mer­veilles du monde, le temple d’Artémis à Éphèse. En un sens il a réussi, puisqu’on se souvient encore de son nom ! Et ce dernier fait encore le titre d’une nouvelle de Sartre dans Le Mur.

 

Les valeurs changent dans l’histoire des hommes. La Référence suprême aussi. Au « Dieu me l’a dit » des périodes religieuses, au « C’est écrit dans tel ou tel livre » des périodes humanistes suivantes, succède maintenant le « Vu à la télé ». L’Évidence a maintenant changé : les vies dansent dans une euphorie aveuglée.

 

Aujourd’hui, selon le mot d’Andy Warhol, chacun peut avoir son quart d’heure de célébrité. C’est vrai, tout peut arriver. Mais on oublie que quand tout peut arriver, rien n’est intéressant, ne surprend vraiment, ne sort du lot. Toutes choses se banalisent, y compris les pires. Drôle d’épo­que, que celle où l’on se fait maintenant un motif de gloire de ce dont autrefois on se serait fait un sujet de honte !

 

Espérons tout de même, mais peut-être sans trop y croire, que les esprits se reprendront un jour, et écouteront de bien anciennes paroles, en admettant qu’elles puissent leur dire encore quelque chose :

 

« Quels fruits portiez-vous alors ? Des fruits dont vous rougissez aujourd’hui. Car la fin de ces choses, c’est la mort. » (Romains 6/21)

 

Article paru dans Golias Hebdo, 5 mars 2009

 

D.R.

***

Cet article est extrait du livre suivant :

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
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Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

***

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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