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21 avril 2026 2 21 /04 /avril /2026 01:00

C’est une dimension essentielle à redécouvrir, malgré l’extraversion et l’activisme de nos contemporains, spécialement dans la conception que nous pouvons avoir de Dieu. C’est à quoi j’ai pensé en voyant sur Internet la reproduction d’une affiche apposée dans une rue de la ville de Genève. [lien]

 

L’affiche porte une seule inscription : « N’aie pas peur, car je suis avec toi. Signé : Dieu ». Mais le mot « avec » a été barré, par un passant sans doute, et remplacé par « en ». Cela fait évidemment une énorme différence. L’enjeu est la position de Dieu par rapport à nous : est-il avec nous, comme un être extérieur à nous, distinct de nous, avec lequel on peut entrer en contact et nouer dialogue, conclure alliance, ou bien au contraire est-il en nous, au fond de nous, où nous pouvons constater seulement sa présence ?

 

Personnellement j’opte pour la seconde possibilité, la première me paraissant dangereuse car potentiellement infantilisante, et aussi par certaines de ses conséquences. En effet si nous avons besoin dans certaines détresses d’une présence consolante à nos côtés (« Dieu avec nous ») n’est-ce pas au fond, même s’il est très compréhensible, un besoin de petit enfant cherchant le secours parental ? Et d’autre part ne devons-nous pas nous méfier de ces élans irréfléchis qui nous font nous abriter derrière le slogan « Dieu avec nous », quand nous voulons écraser les autres ? On connaît les étendards des Guerres saintes, et aussi le Gott mit uns (Dieu avec nous) des nazis, de sinistre mémoire.

 

Il vaut mieux je crois dire que Dieu est en nous, comme d’ailleurs son Royaume (Luc 17/21). Nous sommes en effet le lieu d’un combat intérieur, (comme le djihad pour certains théologiens libéraux musulmans), entre les forces de vie et les forces de mort. Les premières viennent-elles à triompher, nous les appelons divines. Et comme leur triomphe qui se produit en nous n’est pas toujours volontaire et prévisible, ce qui vient de nous, pour nous est plus que nous. Dieu est alors une façon de dire qu’il y a une limite constitutive à notre savoir. Ce n’est pas un être ou une personne, pas plus qu’un principe abstrait. C’est l’aveu que nous ne savons et ne saurons jamais tout. Quant à sa présence en nous, elle se constate, ne s’analyse pas. On peut dire que Dieu est en nous (« enthousiasme ») à certains moments d’élan particuliers, non prévisibles. Rien de plus. Mais aussi rien de plus essentiel.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 18 janvier 2024

 

 

D.R.

 

Voir aussi, sur le même sujet :

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19 avril 2026 7 19 /04 /avril /2026 01:00

Le président états-unien, après avoir violemment critiqué le pape Léon XIV, a publié sur Internet une image le représentant sous les traits de Jésus-Christ, en guérisseur thaumaturge, générée par Intelligence Artificielle. Il a même affirmé ensuite que cette image n’était pas « une représentation » (plus ou moins arbitraire), mais une reproduction ou copie effective de lui-même : « C’était moi ». (Source : lefigaro.fr, 14/04/2026).

 

Peut-être certains ont-ils vu là un blasphème, surtout les catholiques pour qui l’image est encore empreinte de la présence sacrée, du numineux propre à son sujet, qu’elle contient réellement. Les protestants n’ont pas cette vision magique, reproductrice de l’image, dont ils récusent la valeur, car pour eux la présence divine exclut la visibilité. Ils ont raison. Mais il faut encore beaucoup de réflexion pour voir que l’image (comme d’ailleurs aussi le mot) n’est qu’un système de signes sans aucun rapport avec son sujet. Le mot chien n’aboie pas – pas plus que l’image du chien. C’est dans le langage ce qu’on appelle l’illusion référentielle.

 

Trump ignore évidemment ces considérations. On sait qu’il s’est déjà, à l’occasion de l’attentat manqué contre lui, proclamé comme ayant été protégé par Dieu. Il ne manque pas une occasion de prier devant les caméras dans le Bureau ovale. Maintenant le voici dans la peau même de Jésus, se vantant lui-même d’être sa réincarnation imagée. Connaît-il la phrase attribuée à ce dernier : « Si je me rends témoignage à moi-même, mon témoignage n’a pas de valeur » (Jean 5/31) ? Sans doute non : or il y a blasphème, précisément idolâtrie, pour un homme à se proclamer lui-même dieu, ou émanation directe du divin, ce qui est son cas.

 

Je ne sais si cet orgueil narcissique démesuré lui fera perdre des électeurs. Aussi si les considérations théologiques susdites ont quelque prise encore dans des esprits voués aujourd’hui à la superficialité, en une époque où le maelstrom des médias submerge tout indifféremment, où tout s’annule et se vaut, où n’importe quoi convient – anything goes. Je me demande même si finalement la publication présidentielle pourrait ne pas avoir un effet inverse à son contenu normal pour quiconque, et si même cet effet obtenu n’était pas celui recherché : mettre les rieurs de son côté et occuper quotidiennement l’espace d’Internet en le saturant à tout prix.

 

D.R.

 

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17 avril 2026 5 17 /04 /avril /2026 01:00

Mary McAleese, ancienne présidente irlandaise d’un groupe qui se veut réformateur de l’Église catholique a déclaré, en marge du dernier synode, que le baptême des bébés viole les droits de l’homme (Source : tribunechrétienne.com, 09/10/2023)

 

C’est un fait que le baptême des enfants, ou pédobaptisme, peut être vu comme un geste intrusif sur des êtres sans défense, qui ne l’ont jamais demandé et de toute façon ne peuvent en comprendre le sens. Maintenant le dommage de quelques gouttes d’eau versées sur la tête du bébé ne me semble pas si grave, moins en tout cas que la circoncision irréversible des petits enfants en judaïsme, ou celle qu'on peut faire plus tard en islam, et qu’on peut voir comme une mutilation.

 

Pourquoi l’Église catholique a-t-elle instauré le pédobaptisme ? La raison tient sans doute à l’érection en dogme du péché originel, dû à Augustin, pour qui l’humanité toute entière est une masse de condamnés (massa damnata). L’enfant nouveau-né est déjà souillé d’une « tache originelle », dont le baptême le délivre.

 

On comprend que certaines églises aient pris leurs distances avec le pessimisme augustinien, et pratiquent soit le baptême des seuls adultes, soit le rebaptisage (anabaptisme). Dans ces cas l’important est que celui qui reçoit le baptême soit conscient ce qu’il fait, et demandeur de la chose.

 

Mais pour l’Église catholique le sacrement se suffit à lui-même, constitue en soi un rituel magique de délivrance, aussi irréversible et indélébile que la tache qu’il est censé effacer. On ne peut en effet se faire débaptiser, se faire rayer des registres ecclésiaux, comme notification en a été faite à ceux qui l’ont tenté. Ce serait admettre l’apostasie, ce à quoi l’Église se refuse. Y a-t-il dans ce refus une vraie atteinte possible aux « droits de l’homme » ? Cela dépend évidemment de l’importance qu’on lui donne.

 

En tout cas on peut faire au pédobaptisme la critique de sacraliser le rite et de s’en contenter, au risque d’infantiliser les fidèles, comme il se voit chaque fois qu’on a d’un sacrement une conception magique. Le vrai baptême mature suppose en préalable la foi de l’impétrant, et ne fait que la manifester. S’il n’y a pas cette foi, il est sans substance. C’est ce que dit bien l’Évangile : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné. » (Marc 16/16)

 

Article paru dans Golias Hebdo, 11 janvier 2024

 

#Religion. #Baptême. #Circoncision.
D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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