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10 août 2025 7 10 /08 /août /2025 01:00

Ce néologisme désigne un système de valeurs faisant de la personne dite « valide » la norme sociale, d’où les jugements dévalorisants à l’encontre des personnes vivant un handicap. On emploie aussi le mot de capacitisme. Les deux mots sont la traduction du terme anglais ableism. (Source : Wikipédia)

 

Ce mot est significatif d’une société qui devient de plus en plus brutale, valorisant réussite, record ou performance. On maintient à l’écart celui dont on pense que son incapacité l’empêche de vivre normalement, et de s’insérer convenablement dans la société. Le résultat est la ségrégation ou l’apartheid de fait des personnes différentes, et le refus de leur inclusion. Cela peut aller jusqu’à l’eugénisme.

 

Pourtant d’abord il n’est pas sûr qu’un handicap soit définitif et irréversible, et doive essentialiser celui qui le porte, ce que souligne bien chez nous le choix de l’expression « personne en situation de handicap ». Ensuite, si c’est le cas, qui dit qu’il ne puisse être compensé à force de désir de s’insérer dans la « normalité » ?

 

Ainsi j’ai lu dans la presse qu’une amputée des quatre membres après un paludisme a décidé de gravir, début juillet dernier, le mont Fuji au Japon. Appareillée, une photo la montre s’entraînant pour cet exploit. (Source : ouest-France.fr, 30/06/2025)

 

En réalité c’est notre regard et notre peur qui condamnent ceux qui sont différents de nous. Le texte évangélique dit bien que ce qui est impur n’est pas ce qui entre en nous, mais ce qui sort de nous (Marc 7/15). C’est le cas de la façon de regarder. Combien de fois un « handicapé » s’est-il senti humilié par la façon dont on le considère ! Ou bien simplement par la façon de détourner le regard en le voyant ! C’est le contraire de la vraie empathie, car on ne se met pas à la place de quelqu’un pour sympathiser avec lui et lui venir en aide, mais parce qu’on imagine, de façon totalement égocentrique, ce qu’il en serait de soi si l’on était dans la même situation que lui.

 

En vérité le vrai amour est transformateur. Si repoussant que nous semble l’autre, il faut d’abord l’aimer pour qu’il devienne aimable, comme il se voit dans le conte La Belle et la Bête. Ce qui nous fait peur n’attend pour changer à nos yeux que nous lui accordions notre intérêt. C’est ce qu’oublie précisément l’impitoyable et méprisant validisme, posture vraiment moderne à cet égard, uniquement repliée sur soi.

 

D.R.

 

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8 août 2025 5 08 /08 /août /2025 01:01

Un ancien article (26 août 2021)

 

Il y a des mots, disait Valéry, qui ont plus de valeur que de sens. C’est le cas du mot de liberté, que l’on arbore avec beaucoup d’exaltation, mais dont la signification est souvent totalement creuse parce qu’abstraite, générale, et fourre-tout.

 

On connaît le poème éponyme d’Éluard. La liberté y est célébrée sur un mode litanique. Mais de quelle liberté s’agit-il : de celle d’un chômeur, de celle d’un migrant, de celle d’un cancéreux ? Ils n’ont pas tous les mêmes possibilités. Ce poème est essentiellement religieux, comme le souligne bien Benjamin Péret dans Le Déshonneur des poètes. Le plus grand flou le caractérise, il fait penser à ce langage des prêtres de tous ordres qui sont, toujours selon Valéry, les « préposés aux choses vagues ».

 

Si demain je vais à l’Élysée et salue le président de la République d’un retentissant « Bonjour Mademoiselle ! », on verra si je serai libre de le faire...

 

... C’est à quoi j’ai pensé en entendant les anti-vaccins défendre leur liberté lors de nombreuses manifestations, et accusant le pouvoir en place de dictature. Car enfin, de quelle liberté s’agit-il ? De celle de faire tout ce dont on a envie ? Mais ce n’est pas la liberté, c’est la licence. La liberté de chacun s’arrête où commence celle des autres, et doit nécessairement être bornée : à cela servent les lois précisément, qui défendent tous les citoyens sans exception, contre les exactions de certains. On se reportera ici à ce que dit Montesquieu dans L’Esprit des lois, en montrant comment se corrompt la démocratie par l’abandon du souci de l’autre et de la responsabilité afférente : « On était libre avec les lois, on veut être libre contre elles. »

 

Un seul principe, mais fondamental, régit la vie individuelle et celle des sociétés : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. » Les opposants à la vaccination ne voudraient pas assurément être contaminés par le virus. Cependant ils ne se soucient pas de contaminer les autres. Ils ne pensent qu’à eux, sans voir au-delà de leurs envies immédiates.

 

Ce principe me semble si facilement compréhensible que ces manifestations n’apparaissent à l’évidence que comme un prétexte pour se dresser contre le pouvoir en place. Ce n’est pas pour rien qu’on a vu les Gilets Jaunes s’y adjoindre. Et sur les braises de l’émoi soufflent les démagogues de tout poil, qui instrumentalisent et manipulent la naïveté de certains crédules apeurés.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 26 août 2021

 

D.R.

Signification de cette image : La liberté absolue n'existe pas. Se libérer n'est que sauter de contraintes étroites à simplement des contraintes plus larges, comme le poisson du premier au second bocal.

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6 août 2025 3 06 /08 /août /2025 01:00

Le recours au peuple (« Nous sommes le peuple ») est fréquent dans la bouche de certains politiques. Mais a-ton bien défini ce mot, dont on se gargarise ? En fait j’y vois deux acceptions possibles, bien différentes.

 

Ou bien le peuple est compris comme la réunion volontaire d’individus de caractère et d’intérêts au départ bien distincts, qui s’agrègent et décident de vivre ensemble selon un pacte expressément formulé. C’est la procédure du Contrat social. Pour garantir cette démarche la raison est le meilleur recours. C’est elle, via le vote de lois toujours modifiables et ajustables, qui arbitre les conflits entre les citoyens. C’est cette vision délibérative du peuple qui prévaut chez nous depuis la Révolution. C’est d’elle qu’il s’agit quand on dit par exemple que la justice est rendue « au nom du peuple français ».

 

L’autre vision du peuple est bien différente. Elle implique d’y voir un ensemble homogène et organique, dont on fait partie par héritage reçu et dévotion affective pour une transmission générationnelle infrangible, dont l’origine se perd dans la nuit des temps. C’est une vision holistique de la nationalité, quasi biologique comme dans le Volk allemand. Les us et coutumes de chaque peuple ne sont pas remis en question, et ceux qui se risqueraient à le faire sont appelés cosmopolites, comme ceux qui pourraient penser trouver une solution aux problèmes sociaux par leur internationalisation. D’ailleurs on ne pense pas que l’État ait ici un quelconque rôle à jouer dans l’amélioration des conditions matérielles des citoyens : on laisse les choses se faire d’elles-mêmes. Par contre l’État a un rôle décisif, celui d’assurer la sécurité de ses assujettis, et de lutter contre ce qui pourrait corrompre la pureté biologique de l’ensemble : le virus causé en son sein par la présence des étrangers.

 

Ces deux visions du peuple sont irréconciliables. Populisme et nationalisme (la « préférence nationale ») choisissent la seconde, tandis que la première a pour horizon progrès et humanisme, contre toute xénophobie. Le peuple dans la seconde est mythifié, et le passé seul est convoqué. « La terre et les morts » pourrait en être le slogan. Tandis que « La mer et les vivants », qui regarde vers le futur, pourrait caractériser la première. Mieux vaut la préférer, au moins si l’on recherche la paix. Car qui ne voit qu’en réalité le nationalisme c’est la guerre ?

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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