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11 novembre 2018 7 11 /11 /novembre /2018 02:01

On a reproché à notre Président de faire de la commémoration de l’armistice de la Grande Guerre un éloge de la paix, plutôt que de rappeler la victoire des Français sur les Allemands, et le salut de notre patrie obtenu par l’héroïsme de nos poilus. Pour ce qui me concerne, je suis sur ce point de son avis.

 

Cette guerre a été une énorme boucherie, totalement absurde, et les soldats qui y ont survécu ont été simplement soulagés qu’elle cesse, avec l’espoir qu’il n’y en aurait plus d’autres ensuite. Bien sûr il faut se souvenir d’eux, mais comme de victimes innocentes offertes au moderne Minotaure, assoiffé de chair humaine. Mais la rhétorique guerrière visible en bien des monuments aux morts fait d’eux, comme en celui de mon petit village natal, des « morts glorieux » – au point qu’enfant, je me demandais où étaient mis ceux qui ne l’étaient pas...

 

Le champ d’honneur est toujours un champ d’horreur, et aucune euphémisation ne peut justifier une guerre sans signification faite par de pauvres gens qui ne se connaissent pas, commandés par des gens qui se connaissent mais qui ne la font pas. Le sacrifice des malheureux poilus est un gigantesque gaspillage. On ne meurt pas pour la patrie, mais pour enrichir les marchands de canons. Il y a bien eu des monuments aux morts antimilitaristes, où on pouvait lire : « Mort à la guerre ! ». Mais ils ont heurté les Anciens combattants, défenseurs d'une « victoire » qui ne fut en réalité que la défaite de l'humanité.

 

Notre président a raison de souligner la périlleuse montée actuelle des nationalismes. « Le nationalisme, c’est la guerre », disait justement François Mitterrand. Tant de morts nous engagent à aimer la paix ! Et quant à l’héroïsme, laissons-le où il est. Les soldats vraiment acharnés à tuer l’ennemi et « performants » dans cette activité sont des héros qu’on décore en temps de guerre, mais des psychopathes qu’on interne en temps de paix. Les autres sont des pauvres diables pris dans quelque chose qui les dépasse.

 

La guerre, comme dit Voltaire dans Candide, est une « boucherie héroïque ». Il ne faut pas que « l’héroïsme » nous fasse oublier la boucherie.

 

 

Monument aux morts de N. (Hérault), mon village natal

 

***

 

Sur ce sujet, on peut aussi lire mon article Le sacrifice religieux laïcisé, et suivre les liens qui y figurent :

 

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28 octobre 2018 7 28 /10 /octobre /2018 02:01

Pour être intéressante d’un point de vue pédagogique, elle doit reposer sur le sentiment d’une analogie minimale admissible par la raison. Sinon, si les termes comparés sont manifestement trop éloignés et étrangers l’un à l’autre, leur mise en rapport ne peut emporter l’adhésion. Se justifie alors la phrase de Talleyrand : « Tout ce qui est excessif est insignifiant. »

 

C’est à quoi j’ai pensé en prenant connaissance d’une phrase du pape François à propos de l’avortement. Il a déclaré, devant les fidèles rassemblés place Saint-Pierre à Rome : « Est-il juste d’avoir recours à un tueur à gages pour résoudre un problème ? » (Source : Lci.fr, 10/10/2018).

 

Cette mention d’un « tueur à gages » en cette matière me semble hors de toute proportion. L’hyperbole ou l’exagération qui y est contenue invalide à mon avis, du strict point de vue de la formulation, la position papale.

 

Sur le fond, il me semble d’abord que la question de l’avortement concerne les femmes elles-mêmes, et que c’est à elles, et non aux hommes, d’avoir un avis à ce sujet. D’autre part la sacralisation inconditionnelle de la vie ne résiste pas à l’examen. Qu’est-ce qui caractérise une cellule cancéreuse par exemple, sinon le fait qu’elle est malheureusement toujours vivante, et ne peut pas accomplir son suicide spontané, son apoptose ? Enfin que peut être la vie future d’un embryon, si physiquement une maladie de la mère l’a condamné à subir un grave handicap ? Et aussi affectivement, si sa conception a été le résultat d’un viol ?

 

Bien sûr l’avortement ne peut pas servir de moyen de contraception. Bien sûr aussi il est toujours une épreuve, et tous les couples qui y ont été confrontés n’ont pu qu’en retirer l’impression d’un tragique gaspillage. Mais enfin les grands principes psychorigides ne sont pas de mise en cette matière, comme en toutes les autres. Tout, y compris ce qui concerne la vie, est affaire de cas particuliers. Lao-Tseu a raison de commencer ainsi son Tao-te-King : « La Voie vraiment voie n’est pas une voie constante. Les termes vraiment termes ne sont pas des termes constants. »

 

D.R.

 

***

 

Nota : Ce texte est aussi publié en volume. Retrouvez-le, avec toutes mes chroniques revues et enrichies, réunies sous forme de livres édités chez BoD en version papier et en version électronique, et constituant une collection de plusieurs tomes :

 

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24 octobre 2018 3 24 /10 /octobre /2018 01:01

On se demande où va s’arrêter le nihilisme où s’engloutit chaque jour davantage le monde de l’art contemporain. Lors d’une vente aux enchères chez Sotheby’s à Londres, une toile de l’artiste Banksy, La Fille au ballon rouge, qui venait d’être adjugée au prix record d’1,2 million d’euros, a été déchiquetée en lamelles par une broyeuse dissimulée dans son cadre, télécommandée par l’artiste lui-même. Stupéfait, le public a mitraillé le dispositif, pour immortaliser le moment avant la destruction complète. Pour Nicolas Laugero Lasserre, spécialiste du street-art, Banksy « va devenir par ce coup de génie l’artiste le plus coté au monde » (Source : francetvinfo.fr, 06/10/2018).

 

Sans doute le geste iconoclaste de l’artiste avait-il pour but de montrer la totale déconnection du marché de l’art, où les prix atteignent des valeurs stratosphériques, avec la réalité des objets eux-mêmes proposés à la vente, soumis à la pure loi de la marchandisation et de la spéculation. Le même tableau vendu par un nom connu verra son prix s’envoler, et au contraire s’il est proposé par un inconnu il n’intéressera personne. On n’achète pas une œuvre, mais du vent médiatisé.

 

Le paradoxe est que cette entreprise faite pour dessiller les yeux des acheteurs est récupérée par le système lui-même, et qu’elle donne une plus-value à celui qui en est l’auteur. Plus l’artiste déconstruit le système, plus sa cote monte.

 

Comment expliquer cet aveuglement ? Je pense aux nobles qui assistaient aux pièces de Beaumarchais, et qui applaudissaient aux critiques mêmes dont ils y faisaient l’objet. Ne les comprenaient-ils pas ? Ou bien succombaient-ils à un vertige masochiste ? Ou les deux ?

 

Quoi qu’il en soit, ce système fou où toute notion de réalité est perdue subsiste, comme le disait Baudrillard de la société de consommation, « avec une fixité obscène ». Quelques tout petits pourcents de la population possèdent la majorité des richesses de la planète, dont ils n’ont que faire que de s’en amuser. Nous vivons une apocalypse joyeuse, et l’orchestre du Titanic continue de jouer en plein naufrage...

 

D.R.

 

***

 

Nota : Ce texte est aussi publié en volume. Retrouvez-le, avec toutes mes chroniques revues et enrichies, réunies sous forme de livres édités chez BoD en version papier et en version électronique, et constituant une collection de plusieurs tomes :

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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