La manie ambulatoire de mes contemporains :
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Voyage - Le blog artistique de Michel Théron
L'homme s'en prend à sa chaussure alors que c'est son pied qui est malade.
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Voyage - Le blog artistique de Michel Théron
L'homme s'en prend à sa chaussure alors que c'est son pied qui est malade.
Un ancien article (17 mars 2022)
Il est souvent bien naïf. L’Europe entière est en train de payer actuellement son imprévoyance, pour avoir pensé que le commerce mondialisé la dispensait de se défendre, et que depuis l’éclatement du bloc soviétique il était inutile de redouter une nouvelle guerre.
L’Allemagne par exemple, contre les atrocités des nazis survenues en son sein, au nom du « Plus jamais ça ! » n’a pas voulu s’armer de façon efficiente. Aussi à cause de Tchernobyl et de Fukushima, elle a abandonné le nucléaire, et se trouve maintenant absolument dépendante de la Russie pour son approvisionnement en gaz. Elle est dans une position de client devant donner de l’argent à un adversaire qui en retour pourra l’utiliser pour faire la guerre.
« L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. » Cette phrase de Pascal se vérifie toujours. Ne plus vouloir de la bestialité est certes un beau choix. Mais il ne doit pas dispenser d’une réflexion minimale sur le fond de l’être humain. Il n’est pas très reluisant, et saint Augustin a eu raison en introduisant en christianisme l’idée de péché originel. Il y a angélisme à ne pas en tenir compte.
Belles en sont les formules, bien sûr. Tendre l’autre joue, dit Jésus. Ou bien préférer subir l’injustice que de la commettre, selon Socrate. Mais à ce dernier Calliclès répond, dans le Gorgias de Platon : « Un homme comme toi, on peut le souffleter impunément. » Je crois qu’il faut prendre ces formules comme des idéaux, des beaux rêves. Dans la pratique, elles sont très difficilement utilisables. Il y a des êtres qui n’entendent rien d’autre que la violence, et il ne sert à rien de parlementer à l’infini avec eux. La seule chose à faire est de se présenter à eux avec en réserve les seuls arguments qu’ils peuvent comprendre. Voyez mon article « Force », dans le n° 711 de Golias Hebdo.
La belle parole de Jésus sur la croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23/34) est inspirée précisément par la formule socratique : « Nul n’est méchant volontairement. » Mais elle est très discutable dans certains cas. Ils savent très bien ce qu’ils font, au contraire. Ils profitent des faiblesses et des lâchetés, en toute lucidité. En pensant aux bourreaux nazis, Jankélévitch a renversé la formule : « Ne leur pardonne pas, car ils savent ce qu’ils font. »
Au fond, plutôt que pacifiste, il suffit d’être pacifique.
Article paru dans Golias Hebdo, 17 mars 2022
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La récente condamnation à la prison d’un de nos anciens présidents de la République a suscité beaucoup de réactions. Parmi elles, certains se sont alarmés, au vu de la sévérité de la sanction, de la fragilisation qu’elle pouvait causer à l’éminente fonction naguère remplie par le condamné. Ce dernier, d’ailleurs, a déclaré au sortir du Tribunal qu’en sa personne c’est la France toute entière qui était « humiliée ».
Je sais bien que dans certains systèmes politiques il peut y avoir confusion entre la fonction occupée et la personne qui l’incarne. Dans la monarchie de droit divin, par exemple, la personne du roi est sacrée, et y attenter est un sacrilège. Mais en régime constitutionnel, comme en démocratie, la distinction est faite normalement entre l’occupant provisoire d’une fonction et le rôle qu’il joue en l’assumant. Chez nous le président n’est que le locataire de l’Élysée, et l’immunité qu’on lui accorde ne dure qu’un temps, celui de son mandat. Elle n’a d’ailleurs été instituée que pour lui permettre d’assurer plus librement et plus efficacement l’exercice de son pouvoir exécutif.
Tout cela se brouille quand on en vient à dire que condamner un ancien président est manquer de respect à la fonction qu’il représente, et même au pays qui l’a élu et avec lequel il dit se confondre. En réalité il faut bien séparer les deux. Il est certes loisible, et même nécessaire, de respecter la fonction elle-même, mais il faut bien la distinguer de celui qui l’occupe. Respecter la première est une marque de confiance accordée au système qui l’institue, respecter inconditionnellement le second est un signe d’aveuglement.
En l’espèce, la séparation des pouvoirs, chère à Montesquieu, a bien fonctionné. Elle prévient la confusion susdite. En le divisant, elle évite le totalitarisme du Pouvoir unique, et par voie de conséquence, sa toujours possible sacralisation. Et elle permet de grandir, de mûrir. Méfions-nous du respect inconditionnel, tel celui qu’on attache naturellement au sacré. Il n’est affaire que de projection psychologique : c’est en nous, et non à l’extérieur de nous, qu’il a ses racines. D’habitude dominant pour chacun dans l’enfance, ainsi que dans l’enfance des peuples, il s’intériorise ensuite dans l’âge adulte et dans les cultures plus mûries, et il n’exclut plus alors le libre examen et la possibilité de la critique. Ne faut-il donc pas grandir un peu ?