D.R. Pureté C elle du cyclamen émeut profondément. Mais la nôtre s'est souvent perdue. Pourquoi ? Parce que nous avons été infidèles aux promesses auxquelles nous étions tenus. Elles vienne...
J’entends souvent dire que les États-Unis d’Amérique n’ont pas de la richesse la même vision dépréciative que nous. Les citoyens envieraient certes ceux qui ont réussi dans la vie et sont riches, mais pas au point de vouloir les déposséder de leur richesse, bien plutôt en espérant que leur tour viendra, qu’un jour ils seront riches eux-mêmes. C’est ce qu’on appelle le « rêve américain ».
Y réfléchissant, je me dis que cette idée a sans doute à l’origine un substrat religieux. Voilà un pays protestant d’inspiration. En protestantisme on ne fait pas crédit aux œuvres personnelles pour procurer le salut. L’essentiel est la grâce de Dieu, gratuite et soumise à son bon-vouloir. Comment donc s’assurer qu’on en bénéficie ? Simplement en voyant le sort réservé à nous actions. Si nous réussissons, c’est que nous bénéficions de la faveur de Dieu. Dans le cas contraire, c’est signe que nous sommes réprouvés. Ainsi ce qui pouvait mener à un fatalisme devient paradoxalement une promotion de l’action.
C’est là une nouvelle version de la vieille théologie de la rétribution. Peu importe qu’elle ait été contestée dans la Bible, par exemple dans le livre de Job, où le héros, frappé par Dieu, n’a pas le sentiment d’avoir démérité en quelque façon. Mais ce nouveau schéma théologique simplificateur est soutenu aux États-Unis dans la mouvance nommée Évangile de la prospérité. Et déjà Max Weber avait lié religion et enrichissement dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme.
Mais il y a plus. Outre simplificatrice, cette position est incohérente. En effet, tout en admettant que le but de la vie soit de faire de l’argent (to make money), même pour la plus grande gloire de Dieu (ad majorem dei gloriam), elle persiste à se dire chrétienne. Or il suffit de lire les évangiles pour s’apercevoir qu’ils contiennent une condamnation implacable sur l’esprit de richesse et l’appât du gain. Ainsi des Béatitudes : « Heureux les pauvres en esprit » (Matthieu 5/3). Et surtout, radicalement : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux. » (Matthieu 9/24)
Pourquoi ignorer qu’il y a tout au long des évangiles un péché irrémissible dans l’attachement à la richesse ? Chez nous on a certes souvent fermé les yeux sur l’étalage de son spectacle. Mais on ne l’a pas claironné de façon ainsi décomplexée.
Agapè, ou l'amour de bienveillance Les théologiens opposent l'amour de convoitise, amor concupiscentiae, et l'amour généreux ou de bienveillance, amor benevolentiae. Cette opposition correspond...
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Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).