Don Juan est bien moins un séducteur qu'un homme perpétuellement séduit, et changeant de partenaire dès que le désir disparaît. Au lieu de le voir comme instable et insatisfait, comme le dise...
Elles sont ordinairement critiquées aujourd’hui. On les suppose infatuées d’elles-mêmes, ignorantes de ce qui n’est pas elles, méprisantes vis-à-vis du bas-peuple, du vulgum pecus. Pour cette raison elles sont incriminées par les foules en démocratie, au nom de la lutte contre les privilèges et de la défense de l’égalité.
Bien sûr, très souvent, cette hostilité dégénère en obsession égalitaire, en égalitarisme ou en cet « esprit d’égalité extrême » où Montesquieu dans L’Esprit des lois voyait la décomposition de l’esprit démocratique, transformant la démocratie en ochlocratie, ou gouvernement de la populace. – Aussi et à côté de cela il ne faut pas oublier le célèbre paradoxe de Tocqueville dans De la démocratie en Amérique, selon lequel les privilèges deviennent plus inadmissibles quand ils régressent en réalité.
Il reste que ce désir de couper tout ce qui dépasse le niveau moyen, ou bien de tout niveler comme faisait, avec son lit de torture, le brigand Procuste face à ses victimes, révèle une tendance majeure de l’esprit humain, prompt au ressentiment ou à cette jalousie ou haine particulière qui affecte en le corrompant le régime démocratique (invidia democratica). Et évidemment elle est alimentée par les démagogues et populistes de tout poil, qui pour arriver au pouvoir s’en nourrissent en l’exacerbant comme on souffle sur des braises.
Qu’ils se méfient néanmoins ! Ils peuvent pris à revers, et devenir eux-mêmes les victimes de la tempête de haine que ce faisant ils ont déclenchée, par un phénomène de rétroaction, de retour de bâton ou de backlash.
C’est ce qui pourrait bien arriver à l’actuel président états-unien. Il s’est fait élire en flattant les indignations de la foule face au scandale, réel ou supposé, causé par le comportement des élites dans son pays. Et maintenant voici qu’avec les éléments révélés à l’occasion de l’affaire du prédateur sexuel Jeffrey Epstein il risque d’être lui-même victime de cette révélation, où il peut apparaître comme personnellement impliqué, faisant partie lui-même du milieu qu’il a poussé la foule à dénoncer et à qui il faut demander des comptes : un ploutocrate privilégié, menteur et faisant fi dans son comportement de toute norme morale. La Bible le dit bien : « Qui sème le vent récolte la tempête » (Osée 8,7). Ou plus prosaïquement le proverbe chez nous : Arroseur arrosé.
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Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).