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15 mars 2020 7 15 /03 /mars /2020 02:01

On peut en tirer une de la pandémie actuelle due au coronavirus. Il est en effet des cas où, comme dit Hölderlin, là où est le danger, croît aussi le remède. Et le même idéogramme chinois signifiant crise indique à la fois un danger qui menace, et une occasion à saisir.

 

Spontanément nous nous sentons immortels. Mais si nous touchons du doigt la survenue possible pour nous de la mort, alors tout change. Ce n’est plus un simple mot lointain et ne nous concernant pas, mais une présence potentielle, une vraie réalité posée devant nous.

 

Que nous dit alors cette expérience ? Toute notre civilisation est matérialiste, basée sur la cupidité individuelle et l’acquisition de biens, ce qui cause la destruction de notre planète surexploitée. Mais si l’on y réfléchit un tant soit peu, on voit bien qu’un linceul n’a pas de poches, et qu’il ne sert à rien d’être le plus riche du cimetière.

 

Puissent donc nos contemporains, maintenant confinés chez eux ou errant dans des rues semi-vides, comprendre que la frénésie de s’enrichir, la soif détestable de l’or (auri sacra fames), ne tiennent pas devant la Camarde ! Et puissent nos économistes distingués comprendre que le taux de croissance ou le PIB ne sont rien devant le trou noir ultime !

 

Telle me semble être la leçon, salutaire en bien des sens, de ce virus. Une crise, c’est aussi, comme dit le mot en grec (krisis), un jugement. C’est ici toute notre vie qui se trouve jugée. Comprenons qu’elle doit être bien plus sobre et frugale que celle que nous avons menée jusqu’ici. Décroissance et déconsommation ne doivent plus être des vilains mots. Les Vraies richesses, selon le mot de Giono, ne sont pas où on les croit. Elles sont à la portée de chacun, s’il sait les saisir, et non pas dans un portefeuille d’actions ou dans la spéculation capitaliste.

 

Tout cela vient de s’effondrer comme un château de cartes. Preuve que ce colosse avait des pieds d’argile, et sa pulvérisation est bien instructive. Si je croyais à une finalité, une prédétermination quelconque des choses, je dirais que la catastrophe ne pouvait pas ne pas arriver. En tout cas elle vient à point.

 

Bien sûr, j’ai bien peur que quand la crise sera passée, on remette les pieds dans les anciennes traces. On continuera de faire de l'argent et des affaires, comme d’habitude – Business as usual... On ne change pas, dit-on, la nature humaine. Mais au moins faut-il prévenir, quitte, comme Cassandre, à ne pas être cru.

 

D.R.

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

Notez qu'ils sont aussi tous commandables en librairie, et sur les sites de vente en ligne (Amazon, Fnac, etc.).

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13 mars 2020 5 13 /03 /mars /2020 02:01
Etoiles (1)

Il se fit celui qui dissipe

En conséquences, son principe,

En étoiles, son unité...

(Paul Valéry)

 

Sur le tissu de l’eau le ciel tombe en étoiles

Brillante épiphanie d’une patrie perdue

En éclairs aveuglants l’Essentiel se dévoile

Fugitive vision – et l’unité rendue...

 

***

 

D'autres photos accompagnées de poèmes figurent dans mes derniers livres Éternels instants (Tomes I, II et III). Ce sont des petits livres d'art de 100 pages chacun, format 12 x 19 cm, imprimés sur papier photo brillant 200 gr. On peut les offrir en cadeau, ou s'en faire cadeau à soi-même. Vous pouvez en feuilleter le début (cliquer ci-dessous sur Lire un extrait), les commander sur le site de l'éditeur (cliquer sur Vers la librairie BoD), ou bien en librairie (diffusion SODIS), ou sur les sites de vente en ligne (ISBN : 9782322133673, 9782322171361, et  9782322193066).

 

Éternels instants 1
Théron, Michel
15,00Livre papier
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Éternels instants 2
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11 mars 2020 3 11 /03 /mars /2020 02:01

Elle peut être une bonne chose, quand elle survient en face d’un danger immédiat qui nous menace, et auquel elle peut nous permettre d’échapper, par la riposte ou la fuite par exemple. Mais elle constitue un vrai empoisonnement intérieur, quand elle se généralise au point de recouvrir celui qui l’éprouve d’un nuage d’angoisse ou de le submerger par une tempête de panique. Dans ce cas, comme dit Fassbinder, la peur dévore l’âme.

 

La crise actuelle du coronavirus montre bien ce glissement possible. Évidemment des précautions minimales sont à prendre pour se prévenir d’une contamination. Elles sont en notre pouvoir. Mais nous ne pouvons pas tout. Épictète distinguait fort bien les choses qui dépendent de nous de celles qui n’en dépendent pas. Aux premières il faut faire face. Mais des secondes il ne faut point se soucier, car ou bien elles n’arriveront jamais, ou bien elles sont inévitables et il faut les accepter.

 

Nous fonctionnons en fait par projections : ce qui tourmente les hommes, toujours selon Épictète, ce ne sont pas les choses elles-mêmes, mais l’idée qu’ils s’en font. Nous devons faire le ménage dans nos projections, apprendre à distinguer un danger réel d’un danger imaginaire.

 

On a vu des magasins dévalisés en produits de désinfection, et même en produits alimentaires comme des pâtes, voire en papier-toilette, dont on ne voit pas le lien avec le virus. La paranoïa et l'hypocondrie génèrent une panique irrationnelle. Chacun s’imagine qu’il est lui-même visé, et qu’il constitue un malade potentiel.

 

Prenons garde que sur ces peurs irraisonnées des manipulateurs peuvent surfer. Ainsi Knock, dans la pièce de Jules Romains, asservit tout un canton en persuadant ses habitants que la santé est un état précaire qui ne présage rien de bon, et que tout bien-portant est un malade qui s’ignore. C’est aussi sur les peurs que jouent bien des démagogues populistes.

 

On a vu aussi des groupes religieux intégristes prier pour être épargnés du virus. En si bon chemin, pourquoi ne pas aussi faire un lien entre son apparition et une culpabilité personnelle qui la justifierait, en vertu du vieux réflexe théologique de la rétribution, qui s’atteste encore dans notre langage : Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter cela ? Je gage qu’on va aussi entendre ce refrain, faisant du virus un châtiment divin.

 

Au fond, c’est bien souvent de la peur même qu’il faut avoir peur.

 

D.R.

 

***

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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