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15 mai 2026 5 15 /05 /mai /2026 01:00

On peut très bien savoir une chose, et ne pas y croire. Ainsi on peut savoir qu’on mourra un jour, et si l’on est en bonne santé, ne pas y croire. C’est ce qui arrive aujourd’hui à propos du réchauffement climatique.

 

À part quelques complotistes qui sont persuadés qu’il s’agit d’une infox au service d’on ne sait quelle machination nationale ou mondiale, la plupart des gens sont maintenant au courant de ce fait avéré par énormément de publications scientifiques. Et pourtant leur comportement montre qu’ils n’y croient pas.

 

En cela on voit la faillite des morales intellectualistes, du type « Il suffit de bien juger pour bien faire ». Car bien juger est une chose, et bien faire en est une autre, très différente. Ces morales sont incarnées par Socrate chez Platon (« Nul n’est méchant volontairement »), et par Jésus en christianisme (« Pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font »). C’est une erreur, car on peut très bien savoir ce que l’on fait, et le faire quand même.

 

Normalement, les ressources de la planète étant finies, on ne peut espérer en son exploitation infinie. La seule option minimale valable est la sobriété dans les comportements de chacun, et la décroissance en économie. Cela il est facile de le savoir. Mais on fait le contraire. On parle de « développement durable », de « croissance verte », de « progrès soutenable ». Mais ce n’est pas en verdissant les anciens comportements (green-washing) qu’on répondra efficacement aux défis qui nous attendent.

 

Un seul exemple, parmi des milliers : on veut pour des raisons écologiques développer l’automobile électrique, et l’on a raison en partie. Mais pourquoi encore construire avec cette technologie de grosses voitures, type SUV (Sans Utilité Véritable), alors qu’il en faudrait des petites ? La rémanence des anciens comportements est évidente, et cette inertie mène à des catastrophes.

 

On ne s’en rend pas compte peut-être, comme dans la parabole de la grenouille que l’on échaude par paliers progressifs et qui donc ne s’en aperçoit pas, alors que plongée d'un seul coup dans l’eau bouillante elle périrait immédiatement.

 

Encore que cet apologue n’est peut-être pas approprié, car la catastrophe peut arriver d’un seul coup, comme le disent les annonciateurs de l’effondrement général, les collapsologues. Les hommes continueront-ils alors leur aveuglement, comme d’orchestre du Titanic jouant sur le pont, en plein naufrage ?

 

D.R.

 

 

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14 mai 2026 4 14 /05 /mai /2026 11:49

La perversion possible du langage

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13 mai 2026 3 13 /05 /mai /2026 01:00

La Presse souligne à maintes reprises celle qui caractérise l’actuel maître du Kremlin. Retranché dans un bunker, dans la crainte constante d’un coup d’état, se méfiant de tout et de tous, n’admettant pas même que portent des armes ceux qui l’entourent ou sont chargés de le protéger, il vit coupé de la réalité. (Source : ladepeche.fr, 07/05/2026)

 

Qu’un souverain ou haut dirigeant d’un pays puisse connaître la même situation, c’est ce que montrent depuis toujours l’Histoire et la Littérature. On sait l’exemple des dernières années de Staline, qui vivait dans la crainte permanente d’être assassiné. Et on peut citer aussi, chez Shakespeare, le cas de Macbeth, qui une fois son crime accompli ne peut plus dormir : « Macbeth a tué le sommeil ! » (II, 2)

 

La crainte de la mort (thanatophobie) existe certes en tout homme qui réfléchit un peu. Mais chez l’être ordinaire elle n’est qu’épisodique, elle ne recouvre et n’oblitère pas de façon obsessionnelle l’ensemble de ses activités. Au contraire, quand elle est envahissante, l’être en devient l’otage, et voit partout ce qui pourrait la justifier. Elle porte à son point extrême l’inquiétude. On connaît déjà celle d’être dévalisé, qui elle aussi chasse le sommeil et voit des ennemis partout, illustrée par La Fontaine dans Le Savetier et le Financier (Fables VIII, 2). La peur de mourir ne présente avec elle qu’une différence de degré, non de nature.

 

La personnalité de Vladimir Poutine est celle d’un psychorigide persuadé d’avoir raison dans sa politique impérialiste, voulant reconstruire la feue URSS, et par-delà la Grande Russie éternelle. Au nom de ce mythe passéiste, il n’admet aucune contradiction, aucune dissidence. En fait cette incapacité à admettre les changements dans le cours de l’Histoire, dont les évolutions sont toujours aléatoires et imprévisibles, est sûrement chez lui un signe de faiblesse. Il a peur du nouveau, il est néophobe. Et comme il a peur, il fait peur aux autres.

 

Et pourquoi maintenant lui-même a-t-il peur de mourir, à son âge par exemple, alors qu’il envoie sans cesse à la mort des milliers de ses concitoyens dans leur prime jeunesse ? Il y a là un contraste choquant, une insupportable contradiction que pareillement La Fontaine a pointée dans sa fable La Mort et le Mourant : « Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret. » (ibid. VIII, 1)

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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