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1 mars 2021 1 01 /03 /mars /2021 02:01

J’adore les vieux livres. J’ai acquis l’autre jour au marché aux puces de ma petite ville le Manuel du confesseur, de saint Alphonse de Liguori, en latin : Praxis Confessarii, édité à Lyon en 1804. On en trouvera le texte entier sur Internet, en tapant le titre latin dans le moteur de recherche. Mais je ne résiste pas au plaisir de vous en traduire quelques petits extraits.

 

Comment d’abord confesser un sourd-muet ? Il faut « l’amener en quelque endroit retiré, et lui demander de donner quelques signes de ses péchés et de son repentir, de la meilleure façon possible » : page 154. En clair, comme il ne peut parler, il faut lui faire mimer ce qu’il a fait. J’imagine d’ici la scène, qui peut avoir quelque sel, surtout en pensant à ce « de la meilleure façon possible ».

 

Comment maintenant le confesseur doit-il s’y prendre avec un condamné à mort ? Il faut d’abord lui représenter que cette mort qui l’attend est « un cadeau de Dieu qui veut par là faire son salut » ; lui dire aussi « que nous devons tous sortir de ce monde éphémère, afin de parvenir à une éternité qui, elle, n’a pas de fin » : page 158. Quand il monte à l’échafaud, il faut, en lui prodiguant de lénifiants discours, par exemple sur la passion rédemptrice du Christ, faire en sorte qu’il montre des signes de son repentir. Mais si ce n’est pas le cas, s’il s’obstine, alors « il pourra être utile de lui faire peur, disant : ‘Descends, maudit, en Enfer, puisque tu veux causer ta propre perte. Mais sache que ton châtiment en Enfer sera plus terrible que le souvenir de cette vie que Dieu t’a donnée et dont tu n’as pas su faire bon usage.’ » : pages 161-162. Là aussi j’imagine la scène, et l’effet que peuvent produire de telles paroles sur l’âme du pauvre diable dans l’instant même où il est confronté à ce qui l’attend.

 

Comment une religion de l’amour a-telle pu produire de telles attitudes ? Canonisé celui qui les a décrites, et dont se réclame par exemple la tradition rédemptoriste ? A-t-elle changé aujourd’hui ? On peut l’espérer. Mais restent des témoignages accablants. Et encore ne sont-ce là que deux extraits de ce long et méticuleux livre, dont on ne sait ce qui l’emporte finalement, du ridicule ou de l’odieux.

 

D.R.

***

 

Ce texte est paru dans le journal Golias Hebdo. D'autres textes comparables figurent dans mon ouvrage en deux tomes, Chroniques religieuses. On peut en feuilleter le début (Lire un extrait), et on peut les acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Ces livres sont aussi disponibles sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

 

Tome 1

 

Tome 2

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27 février 2021 6 27 /02 /février /2021 02:01

Je vous informe de la parution, chez BoD, de mon anthologie d'articles parus dans Golias Hebdo et concernant la religion et la spiritualité. Elle comporte deux tomes. Pour feuilleter le début de chaque tome, cliquer sur Lire un extrait. Pour commander l'ouvrage, cliquer sur Vers la librairie BoD :

Pour rappel : Mon traité systématique en deux tomes des principales notions théologiques est toujours disponible en double format (papier et e-book) chez BoD (préface d'André Gounelle) :

Nota : Tous ces ouvrages sont également disponibles sur commande en librairie et sur les sites de vente en ligne.

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25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 02:01

E

lle mène, dit Thomas Mann dans La Mort à Venise, « à l’abîme ». Pourquoi ce paradoxe ? La sauvagerie ne s’éveille pas forcément en nous quand la beauté s’éclipse, à l’occasion des guerres par exemple : l’âme peut alors au moins s’ouvrir à la pitié. La visite d’un hôpital ne rend pas cruel. Mais le kitsch, les paillettes et le strass de la télévision, si.

 

Une beauté trop lisse nous provoque. Soit une belle après-midi d’été, au bord d’une pelouse inondée des rayons du soleil couchant, dans un décor paradisiaque : nous y pouvons sentir l’in­dif­férence de la nature, et l’artifice de tout ce décor, eu égard à ce que nous pouvons être, aussi, au fond de nous-mêmes, un être plein de peines et de gouffres. Loin d’en être apaisés, la beauté alors nous insulte, par l’ironie qu’elle nous fait sentir dans ce qu’elle nous montre, à côté de ce que nous recélons en nous.

 

Les films d’épouvante jouent souvent là-dessus : ils commencent dans le calme, l’anodin, l’irénisme des beaux quartiers, des belles pelouses, etc., et ils s’achèvent dans l’horreur. Transition symbolique. Ce n’est pas la vue du sang qui trouble ou scandalise, mais, parfois, ce qui le fait oublier. Un être n’est pas seulement peau ou bel aspect, il est tout ce qu’il y a en-dessous : nerfs, viscères, organes et chair. Sous la peau, les veines, la sanie, les os. Prenons leçon de l’ana­tomie, des opérations chirurgicales. L’être a deux pôles : la Vénus de Milo, et l’Écorché. Toute haute culture le montre, toute culture abâtardie le nie. L’horreur est humaine, et il faut rendre compte de l’homme complet.

 

En un sens, la beauté n’est-elle pas une promesse, un teasing décevants ? Peut-être attendons-nous dans la beauté des choses quelque chose qui jamais ne vient : « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? – Je ne vois que le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie. » Aussi faut-il, comme le dit Paul-Jean Toulet, « prendre garde à la douceur des choses… » Car ce que nous voyons, si beau soit-il, peut en un clin d’œil disparaître : rien ne nous est définitivement donné. Et comme un vrai coup de poignard la beauté peut nous tuer en nous sidérant.

 

Objectivement, le top model des magazines est une insulte à la ménagère de banlieue, vieillie ou enlaidie. Qu’elle ne s’en accable et désole pas trop pourtant. Disons-lui alors que cette beauté lisse, d’ailleurs artificiellement retouchée, « photoshopée », ne dure pas toujours. Tout ce qui vit vieillit, ou vieillira. Il ne faut rien exclure ici, et tout garder. À Dieu la beauté, au Diable la varice !

 

7 octobre 2010

 

 

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Ce texte est paru dans le journal Golias Hebdo. D'autres textes comparables figurent dans l'ouvrage suivant, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Le livre est aussi disponible sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'actualité
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils ont cependant un contenu intemporel, et se prêtent toujours à une réflexion philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

Pour voir l'ensemble des volumes parus dans cette collection, cliquer ici.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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