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14 février 2020 5 14 /02 /février /2020 02:01

 

Que penser de l'honneur ?

 

... En vérité, l’honneur ne tient pas à ce qu’on nous fait, mais à ce qu’on fait soi-même. Si on me marche sur les pieds, si on me regarde mal, ou si l’on me soufflette, à l’évidence la faute en incombe à celui qui commet ces incivilités, et non pas à moi-même, qui n’y suis pour rien. Je ne suis « déshonoré » en aucune façon. La sagesse est de le nier. « Frappe, mais écoute ! », dit un jour Socrate à quelqu’un qui venait de le molester. Il ne se pensait déshonoré en aucune façon. La responsabilité du dommage revient seulement à celui qui s’emporte et s’aveugle.  « Vous commandez à tout ici, hors à vous-même », dit justement Figaro au comte Almaviva chez Beaumarchais. – En revanche je serai honorable moi-même si je fais quelque chose d’honorable.

 

Une femme victime d’un viol n’est pas déshonorée, c’est son agresseur qui l’est par ce qu’il fait. Elle est victime d’un crime, tout simplement. Mais l’aveuglement social est tel qu’on stigmatise la victime elle-même. Quelle fut la longueur de la jupe, etc. ? Et cette idéologie perverse peut être tellement intégrée dans l’âme de celle-ci, qu’elle peut hésiter même à aller porter plainte au bureau de police. Et pourtant cette souillure est celle du criminel, non pas la sienne. Cette idéologie est aussi souvent intériorisée et trouvée naturelle par les mères elles-mêmes dans l’éducation qu’elles transmettent à leurs filles.

 

L’honneur féminin a été inventé par les hommes, qui considéraient la femme comme un territoire propre, une possession à laquelle nul autre ne pouvait toucher, et qui voyaient cette atteinte comme une tache en réalité faite à eux-mêmes, à leur propre réputation : rendu ridicule et montré du doigt est celui dont la femme n’aura pas été à lui seul. Je pense à une phrase comme celle qu’on lit dans Pagnol : « L’honneur c’est comme les allumettes, ça ne sert qu’une fois ». Elle ne peut être que mise dans la bouche d’un mâle conformiste, qui vit sous le regard des autres. Mais ils sont en très grand nombre ...

 

 

***

 

Ce texte est extrait de mon livre Sur les chemins de la sagesse - Des clés pour mieux vivre, nouvelle édition augmentée 2019 (pp. 46-47). Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

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12 février 2020 3 12 /02 /février /2020 02:01

Dans le passage d’une langue à l’autre, elle est d’une extrême importance. Ainsi il m’est venu la curiosité de relire la liturgie de l’Offertoire dans la messe catholique, aussi bien dans le texte latin originel que dans la traduction française que l’on en fait maintenant. Voici une des formules latines : « Hanc ígitur oblatiónem… quaesumus, Dómine, ut placátus accípias… » Et voici la traduction que j’en ai lue : « Cette offrande… nous te supplions donc, Seigneur, de l’accepter avec bienveillance… »

 

Le latiniste en moi a été immédiatement surpris. Manifestement le texte latin supplie Dieu de recevoir l’offrande en étant par elle « apaisé » (placatus). Voyez le mot français implacable, qui provient de ce placare latin, apaiser. Cela n’est pas manifestement cet « accepter avec bienveillance » qu’on nous propose, et qui est un adoucissement, une euphémisation de la formule latine.

 

On voit bien dans quelle intention cette mitigation a été faite. Car si Dieu doit être « apaisé », c’est évidemment qu’il est en colère. Et se profile ici une image assurément peu flatteuse d’un Dieu courroucé, qu’il faudrait apaiser par le sacrifice d’une victime (en latin hostia, d’où notre « hostie »). Ce Dieu colérique, sadique et pervers, figure dans maints textes littéraires de révolte, dont « Le Reniement de saint Pierre » de Baudelaire. Mais aussi dans le cantique Minuit Chrétiens !, où il est dit que le Sauveur est venu sur la terre pour « de son père arrêter le courroux ».

 

Voyez aussi comment on traduit la Première lettre de Jean, où l’on se gargarise ordinairement du fameux « Dieu est amour » (4/8), en oubliant ce qui suit : « Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés. » (4/10) Ce « sacrifice de pardon » ne choque pas apparemment. Mais le texte grec parle de « victime expiatoire » ou « propitiatoire » (hilasmos), mots qui évidemment choquent. Et au fond « pardon » ici ne convient pas, car si Dieu a été payé par le sacrifice du Fils, il n’a pas pardonné. Pardonner implique qu’on efface une dette, non qu’on la recouvre. Socin et les sociniens ont bien insisté là-dessus.

 

Quel besoin a-t-on de garder des textes qui renvoient à la plus barbare et archaïque vision de la Divinité ? Le recours au voile langagier ici est menteur. Le voile ment.

 

D.R.

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

Notez qu'ils sont aussi tous commandables en librairie, et sur les sites de vente en ligne (Amazon, Fnac, etc.).

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10 février 2020 1 10 /02 /février /2020 02:01
La confusion du monde...

La confusion du monde désarçonne. L’esprit et le regard voudraient s’en éloigner en refermant sur elle la grille de la géométrie. Mais vaine est l’entreprise. Confus est le monde, et confus il demeure. Et tel il se reflète dans le miroir que lui tend la raison.

***

 

D'autres photos accompagnées de poèmes figurent dans mes derniers livres Éternels instants (Tomes I, II et III). Ce sont des petits livres d'art de 100 pages chacun, format 12 x 19 cm, imprimés sur papier photo brillant 200 gr. On peut les offrir en cadeau, ou s'en faire cadeau à soi-même. Vous pouvez en feuilleter le début (cliquer ci-dessous sur Lire un extrait), les commander sur le site de l'éditeur (cliquer sur Vers la librairie BoD), ou bien en librairie (diffusion SODIS), ou sur les sites de vente en ligne (ISBN : 9782322133673, 9782322171361, et  9782322193066).

 

Éternels instants 1
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

La photographie est un arrêt du temps. Les poèmes qui accompagnent les photos de ce livre procèdent aussi de l'intention d'arrêter le temps, dont le déroulement n'est pas vu comme un accomplissement, mais comme une dégradation, ainsi que l'ont bien remarqué les gnostiques chrétiens, dont ce livre reprend les intuitions. Chronos dévore implacablement ses enfants, tel l'ogre de Goya dans son tableau "Saturne". Heureusement qu'à de certains moments transperçants l'éternité (...)

Éternels instants 2
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

La photographie est un arrêt du temps. Les poèmes qui accompagnent les photos de ce livre procèdent aussi de l'intention d'arrêter le temps, dont le déroulement n'est pas vu comme un accomplissement, mais comme une dégradation, ainsi que l'ont bien remarqué les gnostiques chrétiens, dont ce livre reprend les intuitions. Chronos dévore implacablement ses enfants, tel l'ogre de Goya dans son tableau "Saturne". Heureusement qu'à de certains moments transperçants l'éternité (...)

Éternels instants 3
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

La photographie est un arrêt du temps. Les poèmes qui accompagnent les photos de ce livre procèdent aussi de l'intention d'arrêter le temps, dont le déroulement n'est pas vu comme un accomplissement, mais comme une dégradation, ainsi que l'ont bien remarqué les gnostiques chrétiens, dont ce livre reprend les intuitions. Heureusement qu'à de certains moments transperçants l'éternité peut nous visiter, ce qui justifie la remarque de Spinoza : "Nous sentons et (...)

 

 

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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