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1 octobre 2025 3 01 /10 /octobre /2025 01:01

La récente condamnation à la prison d’un de nos anciens présidents de la République a suscité beaucoup de réactions. Parmi elles, certains se sont alarmés, au vu de la sévérité de la sanction, de la fragilisation qu’elle pouvait causer à l’éminente fonction naguère remplie par le condamné. Ce dernier, d’ailleurs, a déclaré au sortir du Tribunal qu’en sa personne c’est la France toute entière qui était « humiliée ».

 

Je sais bien que dans certains systèmes politiques il peut y avoir confusion entre la fonction occupée et la personne qui l’incarne. Dans la monarchie de droit divin, par exemple, la personne du roi est sacrée, et y attenter est un sacrilège. Mais en régime constitutionnel, comme en démocratie, la distinction est faite normalement entre l’occupant provisoire d’une fonction et le rôle qu’il joue en l’assumant. Chez nous le président n’est que le locataire de l’Élysée, et l’immunité qu’on lui accorde ne dure qu’un temps, celui de son mandat. Elle n’a d’ailleurs été instituée que pour lui permettre d’assurer plus librement et plus efficacement l’exercice de son  pouvoir exécutif.

 

Tout cela se brouille quand on en vient à dire que condamner un ancien président est manquer de respect à la fonction qu’il représente, et même au pays qui l’a élu et avec lequel il dit se confondre. En réalité il faut bien séparer les deux. Il est certes loisible, et même nécessaire, de respecter la fonction elle-même, mais il faut bien la distinguer de celui qui l’occupe. Respecter la première est une marque de confiance accordée au système qui l’institue, respecter inconditionnellement le second est un signe d’aveuglement.

 

En l’espèce, la séparation des pouvoirs, chère à Montesquieu, a bien fonctionné. Elle prévient la confusion susdite. En le divisant, elle  évite le totalitarisme du Pouvoir unique, et par voie de conséquence, sa toujours possible sacralisation. Et elle permet de grandir, de mûrir. Méfions-nous du respect inconditionnel, tel celui qu’on attache naturellement au sacré. Il n’est affaire que de projection psychologique : c’est en nous, et non à l’extérieur de nous, qu’il a ses racines. D’habitude dominant pour chacun dans l’enfance, ainsi que dans l’enfance des peuples, il s’intériorise ensuite dans l’âge adulte et dans les cultures plus mûries, et il n’exclut plus alors le libre examen et la possibilité de la critique. Ne faut-il donc pas grandir un peu ?

D.R.

 

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30 septembre 2025 2 30 /09 /septembre /2025 16:09

Nous sommes les fils de nos propres fictions :

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29 septembre 2025 1 29 /09 /septembre /2025 01:00

Lors d’un rassemblement en mémoire de l’assassinat de l’influenceur Charlie Kirk, Donald Trump l’a qualifié de « martyr », et il appelé à un « retour de Dieu » dans nos sociétés. Quant à la veuve de Charlie Kirk, elle a cité une des dernières paroles du Christ en croix, à l’adresse de ses bourreaux : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23/34). Puis elle s’est effondrée en larmes, et on préfère mettre cela au compte de l’émotion, plutôt qu’au regret de devoir dire ces paroles pour la forme et à contrecœur.

 

Mais Donald Trump, à l’inverse, a bien pris soin de dire que lui, il ne pardonne pas à ses ennemis : « Je les hais. Je ne leur souhaite pas le meilleur. » Là les masques sont tombés, et on a bien vu que le « retour de Dieu » qu’il souhaite n’est qu’une manipulation ou une instrumentalisation du christianisme.

 

Ce dernier dans son essence est fondamentalement paradoxal. Le pardon donné aux ennemis n’est pas un réflexe naturel. Bien plus compréhensible est la loi du talion, qui organise et systématise la vengeance. La parole de Jésus, elle, indique une autre voie. Elle est peut-être inspirée par l’héritage socratique : « Nul n’est méchant volontairement », ou : « Il vaut mieux subir l’injustice que la commettre ». Bien sûr elle est difficile à mettre en pratique. Mais son mérite est d’indiquer un horizon. Sans elle, la violence appelle la violence, dans une spirale sans fin.

 

C’est à cela que s’en tient Donald Trump. En parlant ainsi, l’ancien animateur de télévision a voulu mettre les spectateurs de son côté. « Vous voyez, comme moi, vous ne vous laissez pas marcher sur les pieds ». Mais au fond ce discours démagogique est propre à légitimer et à faire se déchaîner la violence. Et s’imaginer qu’il a quelque chose de chrétien est une escroquerie.

 

Exactement comme les paroles incroyablement xénophobes qu’il a récemment tenues à l’ONU, pour critiquer l’accueil que fait l’Europe aux étrangers. Que ne s’est-il souvenu (si même il la connaît) de la parabole du « Bon Samaritain » ?

 

Ce n’est pas la première fois qu’on utilise la religion pour la faire servir à des fins bassement politiques. Je ne sais qui s’y laisse prendre, et sans doute un grand nombre. Mais c’est bien le cas ici de distinguer les lèvres et le cœur, comme dit, après le prophète Isaïe, l’évangéliste : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi » (Marc 7/6).

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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