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28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 01:01

Le cœur bat plus fort quand l’autre est absent. La présence de ce dernier est un obstacle au rêve qu’on se fait de lui, car nous faisant face il résiste aux projections dont nous le parons, aux rêves dont nous l’ornons.

 

À l’inverse donc de ce qu’on dit, il arrive dans la vie que les absents aient toujours raison. Loin des yeux, près du cœur. Major e longinquo reverentia, disaient les Latins : la considération augmente avec l’éloignement.

 

Ne méprisons pas ce rôle salvateur de la distance : il a beaucoup à nous apprendre, même si l’on se situe dans un autre type d’amour que celui de la passion, et chacun peut en faire son profit : dans le cas d’un amour mature aussi il faut parfois savoir garder distance avec l’autre, pour éviter la tyrannie du temps et le refroidissement de l’habitude. Tant l’imaginaire, en nos vies, garde de prestige ! (...)

 

« L’amour, disait Andy Warhol, est meilleur dans les rêves que dans les draps. » On connaît aussi la remarque humoristique, attribuée à Clemenceau : « Le meilleur moment en amour, c’est quand on monte l’escalier ». Mais c’est là une remarque que l’on peut généraliser.

 

C’est dans la veille de la fête qu’on peut voir la vraie fête, et dans le samedi soir le vrai dimanche. D’un certain point de vue, toute entrée effective dans le réel, tout accomplissement portent en eux le germe d’une malédiction, et « achever » signifie à la fois « parfaire », et tuer ». Que veut-on dire, quand on dit de quelqu’un qu’il est « fini » ? Accompli, ou mort (has been) ? Les psychologues ont relevé ce qu’ils appellent le « syndrome de l’accomplissement total ». Par exemple celui dont a été atteint Amstrong, le premier homme à avoir marché sur la lune : ayant accompli ce qu’il désirait le plus, il est entré dans une grave dépression.

 

Il y a une sorte de fatalité meurtrière inhérente à toute réalisation, fruit de toute décision (qui vient du latin caedere, tuer – voyez : « occire »), et de tout accomplissement. Elle est le regret de ce qui l’a précédé : l’indétermination, riche de tous les possibles. Toute œuvre, disait Walter Benjamin, est le masque mortuaire de son intention. Ce qui est fait, effraie.

 

Il est bien rare que dans la vie les fruits passent, selon le mot du poète, la promesse des fleurs. Ainsi on aime le printemps, parce qu’il est promesse. Mais pas l’été, qui est réalisation. On comprend pourquoi Flaubert, au début de Bouvard et Pécuchet, ai pu parler de

... la tristesse des jours d’été ...

 

Il est bizarre que l’expression « laisser à désirer » soit chez nous empreinte d’une coloration péjorative. Il faut, au contraire, laisser à désirer, car sitôt satisfait, le désir peut disparaître, ou au moins diminuer. C’est pourquoi on peut menacer quelqu’un de la réalisation de ce qu’il souhaite le plus profondément. Les dieux nous punissent en nous exauçant. Que se passerait-il par exemple si nous changions nos cartes de vœux : « Je vous souhaite de ne pas obtenir cette année tout ce que vous désirez » ? Nous pourrions essayer, nous verrions bien… Car s’il est dur de ne pas obtenir ce qu’on souhaite, il est dur aussi de l’obtenir...

 

 

***

 

Ce texte est extrait de mon livre Savoir aimer - Entre rêve et réalité, pp.19-22.

 

Pour en feuilleter le début, cliquer ci-dessous sur : Lire un extrait. Pour l'acheter sur le site de l'éditeur, cliquer sur : Vers la librairie BoD  :

Savoir aimer
Théron, Michel
20,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Aimer au sens humain du mot n'est pas quelque chose de spontané. Cela s'apprend tout au long de la vie, et par une réflexion à quoi ce livre veut contribuer. Il ne défend aucune vision normative de l'amour. Il traite d'abord de l'amour-passion, qui se nourrit de désir et de rêves. Puis de l'amour-compassion, qui affronte le réel. Ensuite il met en lumière les dangers qui guettent l'un et l'autre : l'oubli d'autrui pour le premier, le sacrifice de soi pour le second. La (...)

On peut aussi acheter ce livre dans le commerce (ISBN :  978232224221).

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26 septembre 2020 6 26 /09 /septembre /2020 01:01

Des jeunes collégiennes et lycéennes ont réclamé celle de s’habiller comme elles le veulent pour venir en classe (voir ici mon billet Imprudence).

 

Face à elles, le ministre de l’Éducation a dit qu’elles devaient porter une tenue « républicaine ». Mais la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes l’a contredit, en affirmant : « En France, chacun est libre de s’habiller comme il le veut. » (Source : nouvelobs.com, 22/09/2020)

 

Je suis absolument d’accord avec le premier, même si je ne sais pas très bien ce qu’est une tenue « républicaine ». Et je désapprouve totalement ce qu’a dit la seconde, dont l’opinion me semble ici totalement irréfléchie.

 

En effet, dans un pays policé au moins, nul n’est libre de s’habiller comme il le veut en n’importe quel endroit. Suis-je libre vraiment d’aller en short à un enterrement, ou à un entretien d’embauche ? Je rencontrerai inévitablement la réprobation dans le premier cas, et l’échec dans le second. Cette liberté qu’on voit réclamer ici est purement formelle, elle ne songe pas aux nécessaires présupposés de la tenue, qui doit être adaptée à tel ou tel lieu. Le maillot de bain est pertinent sur la plage, mais inapproprié ailleurs dans l’espace public, où il s’expose même à des sanctions.

 

S’agissant de l’école, ce n’est pas un lieu comme les autres. Elle doit être sanctuarisée, tenue à l’abri du vacarme social environnant. C’est un lieu où l’on va pour s’instruire, et non pas comme on le dit de façon démagogique un « lieu de vie ». La vie, son épanouissement ou son assujettissement, comme on voudra, c’est ailleurs qu’on les trouve.

 

Je serais assez pour qu’on retrouve à l’école l’usage de l’uniforme ou de la blouse, qui garantit l’égalité entre les élèves, en gommant leurs différences sociales, et empêchant la surenchère consommatrice ainsi que la soumission aux diktats de la mode, qui est une caricature de la liberté. Son mérite aussi serait de désexualiser les corps, pour éviter provocations vestimentaires et tentations qui ne sont pas toujours propices au désir d’apprendre. Je parle ici d’expérience, en tant qu’ancien professeur de l’enseignement public.

 

La liberté n’est pas la licence. Il faut la limiter dans des situations concrètes. Bien comprise, elle permet d’intégrer les frustrations et d’établir la paix civile. Nos jeunes filles revendicatrices vérifient ce que dit Montesquieu dans De l’esprit des lois : « On était libre avec les lois, on veut être libre contre elles. »

 

Tenue "républicaine" ! (D.R.)

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

Notez qu'ils sont aussi tous commandables en librairie, et sur les sites de vente en ligne (Amazon, Fnac, etc.).

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 01:01

... Bien ambiguë est la formule qu’on prononce souvent à l’adresse de l’objet aimé : « Mon amour ». Faut-il comprendre, relativement à ce sentiment : « Toi qui es le résultat du désir que j’éprouve », ou bien : « Toi qui le causes » ?

 

En général, dans l’amour-désir ou l’amour-passion l’objet aimé n’est qu’un prétexte à fantasmes, imaginaire. Dans les premiers temps où le désir fait irruption dans nos vies, l’autre ne compte pas. Proust va même jusqu’à dire qu’il ne compte jamais : « On n’aime jamais personne, quand on aime. » Mais disant cela il ne sort pas de la logique de l’amour-désir.

 

Un homme épris par exemple ne rêve pas d’une femme parce qu’il la trouve belle, il la trouve belle tout simplement parce qu’il s’en est persuadé et rêve à son sujet. C’est l’imagination qui joue ici le principal rôle. Il y a un très joli mot de Sacha Guitry là-dessus : « Comme vous étiez jolie, hier soir au téléphone ! »

 

D’où la disproportion manifeste entre le monde de l’amour-passion, fait de rêves (et parfois aussi de cauchemars), et celui du réel ...

 

 

***

 

Ce texte est extrait de mon livre Savoir aimer - Entre rêve et réalité, p.16.

 

Pour en feuilleter le début, cliquer ci-dessous sur : Lire un extrait. Pour l'acheter sur le site de l'éditeur, cliquer sur : Vers la librairie BoD  :

Savoir aimer
Théron, Michel
20,00Livre papier
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Aimer au sens humain du mot n'est pas quelque chose de spontané. Cela s'apprend tout au long de la vie, et par une réflexion à quoi ce livre veut contribuer. Il ne défend aucune vision normative de l'amour. Il traite d'abord de l'amour-passion, qui se nourrit de désir et de rêves. Puis de l'amour-compassion, qui affronte le réel. Ensuite il met en lumière les dangers qui guettent l'un et l'autre : l'oubli d'autrui pour le premier, le sacrifice de soi pour le second. La (...)

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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