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5 novembre 2020 4 05 /11 /novembre /2020 02:01

... Que de fois, marchant dans les rues des villes, j’ai entrevu ces perspectives vertigineuses et dangereuses ! Mais relisez la fin d’« À une passante » de Baudelaire, dans Les Fleurs du mal, où le poète est définitivement ravagé par le souvenir d’une femme aperçue fugitivement dans la rue, et que plus jamais il ne reverra. La beauté nous fait entrevoir et désirer, mais à la fois pour notre bonheur et pour notre malheur, ce que le même poète appelle « les splendeurs situées derrière le tombeau ». Elle est certes un aguichage, un teasing, mais abyssal et meurtrier.

 

Je ne suis même pas sûr qu’il faille en souhaiter à quiconque la possession, car elle isole, met à part des autres, condamne irrémédiablement à la solitude. Pourquoi cela ? Parce que sa perfection même interdit qu’on y touche : voyez le film Trop belle pour toi, de Bertrand Blier (1989), où le personnage incarné par Carole Bouquet, précisément parce qu’elle est trop belle, est négligé par son mari au profit d’une femme médiocre.

 

La beauté, disait Stendhal, n’est que « la promesse du bonheur ». En fait, elle dépasse même, et de loin, le désir physique, et peut rendre impuissant celui qui la contemple. Ce n’est pas un cadeau pour une femme qui veut être désirée toute entière, son corps compris, et qui ne voit pas d’habitude d’opposition entre amour pur et éthéré, et amour charnel : sans doute la pire offense qu’on peut faire à une femme est-elle de ne pas la désirer. De même, dans L’Éducation sentimentale de Flaubert, Frédéric éprouve, au contact possible de Madame Arnoux, quelque chose comme « l’effroi d’un inceste. »

 

Mais peut-être au fond, à y bien réfléchir, ai-je ici un langage d’homme, et parlé-je en tant que tel de la sidération en amour…

 

 

***

 

Ce texte est extrait de mon livre Savoir aimer - Entre rêve et réalité, pp.51-52.

 

Pour en feuilleter le début, cliquer ci-dessous sur : Lire un extrait. Pour l'acheter sur le site de l'éditeur, cliquer sur : Vers la librairie BoD  :

Savoir aimer
Théron, Michel
20,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Aimer au sens humain du mot n'est pas quelque chose de spontané. Cela s'apprend tout au long de la vie, et par une réflexion à quoi ce livre veut contribuer. Il ne défend aucune vision normative de l'amour. Il traite d'abord de l'amour-passion, qui se nourrit de désir et de rêves. Puis de l'amour-compassion, qui affronte le réel. Ensuite il met en lumière les dangers qui guettent l'un et l'autre : l'oubli d'autrui pour le premier, le sacrifice de soi pour le second. La (...)

On peut aussi acheter ce livre dans le commerce, ainsi que sur les sites de vente en ligne (ISBN :  978232224221).

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3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 02:01

Voici une vidéo que j'ai réalisée il y a six ans, à Noël 2014. Cliquez sur l'image ci-dessous, et n'hésitez pas à afficher la vidéo en plein écran.

 

Le Jour et la Nuit (vidéo)

 

> Pour voir sur Facebook d'autres vidéos dont je suis l'auteur, cliquer : ici.

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1 novembre 2020 7 01 /11 /novembre /2020 02:01

Voici une actualisation de quatre passages de la Bible, sous forme d'une petite fiction. Elle fait partie de mon ouvrage Marges du Livre - Fictions bibliques (éd. BoD). Les passages bibliques dont je suis parti sont insérés dans le texte et aussi sont cités à la fin. Ce texte critique une certaine théologie de la toute-puissance de Dieu. L'illustration de Stéphane Pahon (v. plus bas) est impressionnante. - Tous les commentaires sont les bienvenus.

 

 

On ne répond pas à son père…

 

Pas de réplique ! La main levée accompagne la voix tonitruante. « On ne répond pas à son père… »

Ce pouvoir est absolu, discrétionnaire. Le pourquoi, on ne le saura jamais. Cela est. C’est comme ça, et c’est tout. Cela est, point. Rien à ajouter. Pas de justification, simple tautologie. Je suis ton père, et je suis qui je suis*.

Mais l’enfant ne comprend rien à tout cela. Papa, qu’est-ce qu’il y a, qu’est-ce que je t’ai fait ? Dis-moi, rends-moi compte. Au moins, si j’ai fauté, pardonne-moi, prends pitié…

Rien à dire. Je pardonne si je veux, j’ai pitié si je veux. C’est mon affaire, pas la tienne. Je fais grâce à qui je fais grâce, j’ai pitié de qui j’ai pitié.** Attention donc à ma colère, elle peut t’anéantir.

– L’enfant pleure, il ne comprend pas.

---

Puis il grandit, l’ancien enfant a naturellement à son tour des enfants. C’est un rôle à jouer, se dit-il. Il faut bien qu’il y ait une autorité. Les sociétés ne fonctionnent que comme cela. Où va-t-on si on discute ? Bien sûr, tout cela, il faut grandir, mûrir, pour l’apprendre. Aujourd’hui en tout cas je préfère une injustice à un désordre.

Alors recommence l’antienne. Tu m’embêtes. On ne répond pas à son père…  De toute façon, c’est comme cela que j’ai été moi-même élevé, et mon père par mon grand-père. Est-ce que je m’en suis mal sorti ? Et puis j’ai mon pouvoir à préserver, je ne veux pas que tu me détrônes. Tu comprendras plus tard, quand ce sera ton tour. Tout père voit dans son fils son propre assassin (depuis Œdipe tout le monde le sait). Aussi depuis que tu es né tu as pris bien de la place ici, tu m’as beaucoup dérobé, beaucoup volé de ta mère : je ne l’ai pas supporté, et maintenant c’est toi ou moi, de toute façon. Pour l’instant le combat n’est pas égal, tu le vois bien.

Ne demande pas ma pitié : Je fais grâce à qui je fais grâce, j’ai pitié de qui j’ai pitié.**

Et puis n’oublie pas que je peux te briser : tu n’es que terre entre mes mains. Qui es-tu pour contester avec moi ? Que dira le vase d’argile à celui qui l’a formé ?***

– L’enfant pleure, encore…

---

On dit ensuite (les spécialistes, ceux qui savent) qu’il ne faut pas tout prendre au tragique, qu’il faut toujours contextualiser les paroles, qu’aussi la toute-puissance peut s’exercer dans tous les sens, que si la grâce est arbitraire, chacun peut en bénéficier, que ce qui n’est garanti à personne peut être donné à tous. Que le soleil brille pour tous, méchants et bons**** n’est pas qu’iro­nique, ou absurde. Que chacun peut avoir sa chance, indépendamment de son mérite. Qu’on ne sait jamais, etc. Peut-être… C’est bien tourné en tout cas, bien subtil. – Mais l’enfant pleure toujours…

Aussi sachons lire dans le regard immédiat des enfants : incompréhension, imploration, certes, et très souvent. Mais un jour, peut-être, y viendra le mépris. Et à ce regard, si on ne répond pas à son père, que répondre ?

 

* Exode 3/14 : Dieu dit à Moïse : ‘Je suis qui je suis.’

** Exode 33/19 : Et il dit : ‘Je fais grâce à qui je fais grâce et j’ai pitié de qui j’ai pitié.’

*** Romains 9/20 : Ô homme, toi plutôt, qui es-tu pour contester avec Dieu ? Le vase d’argile dira-t-il à celui qui l’a formé : ‘Pourquoi m’as-tu fait ainsi ?’

**** Matthieu 5/45 : … afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.

 

 

Illustration de Stéphane Pahon (D.R.)

 

Présentation du livre

Ce texte est un extrait de mon livre Marges du Livre - Fictions bibliques, pp.34-36. Illustré par l'artiste Stéphane Pahon, il actualise au moyen de petites fictions le texte biblique, qui est toujours cité à la fin de chaque texte. Ces actualisations montrent soit le bien-fondé de ces textes, soit leur côté problématique. On peut les voir comme des exégèses soit  élogieuses, soit critiques.

Pour feuilleter le début du livre, cliquer ci-dessous sur Lire un extrait. Pour l'acheter sur le site de l'éditeur, cliquer sur Vers la librairie BoD :

Marges du Livre
Théron, Michel
5,99Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes proposés ici sont des fragments de vie, observés ou vécus. Ils s'inscrivent en marge du Livre, en l'occurrence celui qui, avec d'autres mais de façon essentielle, m'a modelé : la Bible. Mon approche n'est pas théologique ou exégétique, mais littéraire et poétique, c'est-à-dire immédiatement sensible, mais aussi, et le paradoxe n'est qu'apparent, toute irriguée de mémoire. On vérifiera dans ce petit livre que les textes sont comme les désirs ou les trains : chacun peut en cacher un autre.

Ce livre est aussi disponible sur commande en librairie, et sur les sites de vente en ligne (ISBN : 9782322084517).

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  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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