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26 novembre 2021 5 26 /11 /novembre /2021 02:01

T

outes les sagesses du monde en font l’éloge. Ainsi le mèden agan des Grecs, le ne quid nimis des Latins, qui signifient : rien de trop.

 

Lorsqu’elle est franchie, par aveuglement ou orgueil délibéré, l’hybris grecque, sa transgression est aussitôt châtiée par la justice divine immanente, ce que ces mêmes Grecs appelaient la Némésis.

 

On sait que la foudre frappe préférentiellement les arbres les plus élevés. D’où l’éloge que faisaient les Anciens de la vie moyenne, l’aurea medi­critas d’Horace, le juste milieu précieux comme l’or. C’est pourquoi pour bien des sages la vie cachée était le modèle de toute vie : lathe bion, disaient les Grecs, cache ta vie.

 

 

Tout cela est au rebours il me semble des choix de beaucoup de nos contemporains. C’est à quoi j’ai pensé en lisant une dépêche de l’A.F.P. en date du 17/03/2013.

 

Contrôlé dans l’après-midi de ce dimanche à 219 km/h sur une route nationale de l’Essonne où la vitesse est limitée à 90 Km/h, un motard a simplement regretté auprès des gendarmes de ne pas avoir battu son record. Il s’est vanté d’avoir déjà roulé à 270 km/h sur cette même route. La source ajoute : « Il voulait aller plus vite mais a expliqué avoir été gêné par des rafales de vent. »

 

J’ai du mal à entrer dans les explications de cette attitude, qui relève d’un irrationnel pur. Mais beaucoup de faits divers de cet ordre rapportés par les medias montrent qu’un pareil esprit aujourd’hui habite beaucoup de gens. C’est à qui fera le plus reculer les limites, non seulement de la transgression, mais encore de la vantardise.

 

Cette dernière, qui ajoute au délit l’incons­cience, en augmente la gravité. S’il est humain de se tromper, persévérer dans l’erreur est diabolique : Errare humanum, perseverare diabolicum. Assurément c’est le Diable qui a habité notre motard…

 

Il a voulu peut-être entrer dans le Guinness des records, comme tant d’autres le font, et de façon tout aussi stupide. On ne supporte plus ni « médiocrité dorée » ni vie cachée. Au mépris de toute réflexion, et ici de tout sens du réel, y compris de leur propre intérêt matériel immédiat, pour beaucoup de gens seules comptent l’apparence et la frime, et la notoriété vaut supériorité.

 

... Mais ces anciens philosophes que vous nous vantez, me diront-ils, étaient des sages. – Et vous ? Vous êtes donc des fous ! D’accord.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 28 mars 2013

 

D.R.

 

***

 

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24 novembre 2021 3 24 /11 /novembre /2021 02:01

Par ce mot j’entends le désir d’améliorer toutes choses. Il peut parfois être très positif, mais parfois aussi n’aboutir à aucune vraie amélioration, voire à son contraire.

 

C’est le cas du pronom personnel iel composé en mixant « il » et « elle » pour désigner une personne qui refuse d’être assignée à un genre précis, et que Le Robert a décidé de faire figurer dans son dictionnaire en ligne.

 

Je ne suis pas conservateur au point de repousser toute novation concernant la langue, et je sais bien que cette dernière évolue constamment selon l’usage des locuteurs. Je sais aussi qu’il y a des langues où existe le pronom personnel neutre. Malheureusement la question ici n’est pas que de vocabulaire, elle est aussi de syntaxe. Si iel s’imposait, comment faudrait-il accorder en genre l’adjectif attribut par exemple ? Dire iel est beau, ou iel est belle ? Aucune des deux versions n’est satisfaisante. Faudra-t-il créer des adjectifs neutres, non genrés ? Dire iel est belleau ? On n’en finirait pas...

 

Dans la langue anglaise, plus simple à certains égard que la nôtre, la question susdite ne se poserait pas, puisque les adjectifs sont invariables, non genrés. Mais chez nous ce n’est pas le cas. Il nous est assez facile de forger des mots, voire de leur affecter des sens nouveaux, comme j’ai fait pour le titre de cet article, mais il est extrêmement périlleux de toucher à la syntaxe, aux accords, qui sont le squelette et l’armature d’une langue, et aussi structurent la pensée de ceux qui la pratiquent.

 

Voilà donc une novation sur laquelle on n’a pas beaucoup réfléchi. Sans doute Le Robert a-t-il obéi à des motivations idéologiques plus que lexicales. Il s’est agi pour lui de valoriser les locuteurs qui se disent non binaires, mais les conséquences de son choix n’ont pas été mesurées. Je pourrais en dire autant, mutatis mutandis, de l’écriture inclusive, mise en avant pour satisfaire certains féminismes, et qui est proprement illisible dans le cas d’un texte long.

 

Ainsi le méliorisme est-il à double tranchant. Les Anciens disaient d’ailleurs que la pire corruption est celle du meilleur (corruptio optimi pessima). Il y a là une règle générale, applicable en maints domaines : ont sait assez que dans l’Histoire des utopies mélioristes ont fini en dystopies. Dans le cas présent, s’agissant de la structure de la langue, il faudrait n’y toucher, comme Montesquieu le disait des lois, que d’une main tremblante.

 

Il ou Elle ? (D.R.)

 

***

 

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22 novembre 2021 1 22 /11 /novembre /2021 02:01

C

e petit reptile bien inoffensif n’a rien apparemment qui puisse inspirer de grandes pensées, et je ne pensais pas jusqu’à présent qu’il pourrait me mener à réfléchir sur un épisode évangélique.

 

Pourtant c’est ce qui s’est produit. Je viens de lire dans Wikipedia qu’une variété, le lézard basiliscus, peut courir sur l’eau sur de courtes distances, et que pour cette raison on l’appelle « Lézard Jésus-Christ ». À l’origine de cette capacité, la combinaison d’une vitesse de onze kilomètres par heure et de la forme de ses pattes qui lui permettent de créer des bulles d’air à la surface de l’eau et de s’appuyer dessus avant qu’elles éclatent. Pour qu’un être humain puisse faire la même chose, il faudrait qu’il coure à environ 110 kilomètres par heure et qu’il possède des muscles quinze fois plus puissants.

 

Peut-être Jésus était-il lui-même dans ce cas ? C’est la question qu’un littéraliste pourrait se poser. L’épisode de Matthieu 14/25-31 nous le montre marchant à la surface d’un lac. Laissant mon lézard, j’ai relu l’épisode. Et je me suis dit que le littéralisme ici ne menait pas très loin, sauf à exposer à la noyade ceux qui voudraient eux-mêmes faire l’expérience.

 

Cela s’est vu paraît-il sur une plage de Libreville où un jeune pasteur d’une église pentecôtiste s’est noyé en voulant marcher sur l’eau à l’image du Maître, selon plusieurs sites Internet qui ont relayé cette information mais dont je ne connais pas la fiabilité. De toute façon, que cela soit bien survenu ne m'étonnerait pas du tout.

 

Mais peu importe ! Il me paraît bien étrange que le même Jésus qui refuse tout miracle dans sa Tentation au désert ait pu réellement ici en faire un. À l’évidence, le sens est symbolique. À Pierre qui s’élance vers lui, et qui a peur de se noyer, Jésus répond : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » (v.31)

 

En effet ce qui cause nos noyades dans nos vies est le manque de confiance. Comme lorsqu’on perd un équilibre physique que l’on pourrait tenir naturellement, simplement par la pensée, par la peur de le perdre, l’intervention intempestive du mental qui parasite tous nos élans. Comme dit R-W. Fassbinder : « La peur dévore l’âme. »

 

Brave lézard, qui m’a mené à une conclusion essentielle : c’est de la peur qu’il faut avoir peur, et non d’autre chose !

 

[v. Confiance]

 

> Article paru dans Golias Hebdo, 15 mars 2018

 

D.R.

 

Voir aussi :

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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