Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
25 avril 2023 2 25 /04 /avril /2023 01:00

C

e mot est généralement négatif, et désigne une soumission moutonnière et non réfléchissante.

 

Dans le film Le Cercle des poètes disparus, pour en montrer le danger, le professeur Keating fait se déplacer en rond dans la cour du lycée un groupe d’élèves, et tous accélèrent machinalement le pas à mesure que le fait le premier de la file.

 

Une affiche catholique vantant les prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse (JMG), qui se tiendront cette année en juillet à Rio, porte en légende : « Jésus aura 4 millions de followers… Sois des leurs ! » Ce mot anglais, tiré des réseaux sociaux, vise à séduire les jeunes, qui attirent les démagogues comme le miel attire les mouches.

 

D’ailleurs, quand on dit que notre civilisation est individualiste, c’est inexact en l’espèce, car rien n’est plus conformiste que de « suivre » aveuglément une vedette, ou un gourou, etc., comme font les followers de tout genre. En tout cas, c’est bien au pur suivisme que notre affiche invite.

 

Mais Jésus n’a jamais voulu qu’on l’idolâtrât ou même le suivît sans réfléchir. L’important pour lui était qu’on l’écoutât et agît en conséquence : « Pourquoi m’appelez-vous ‘Seigneur, Seigneur !’, et ne faites-vous pas ce que je dis ? » (Luc 6/46) Il invitait à relire correctement la Loi et à en tirer des leçons de bonne conduite, fidèle en cela à la traditionnelle orthopraxie juive.

 

On peut même douter que le mot akoloutheîn, que Jésus emploie à l’adresse de ses disciples, et qu’on traduit par « suivre » à partir du sequi de la Vulgate, signifie réellement suivre. Formé de keleuthos (chemin), et de a copulatif, son sens premier est : « qui fait route avec ». Pourquoi alors ne pas remplacer « suivre » par : « accompagner » ?

 

Compagnon de route, Jésus est simplement plus avancé que nous en réflexion, et selon le mot qui termine le Prologue de Jean, un « exégète » de la voix du Père (1/18). Traduire, comme on le voit souvent, ce mot exègèsato par : « Il l’a fait connaître » est déjà accorder à Jésus un peu de la nature du Père, et oublier qu’il n’a fait que nous « ouvrir les Écritures », comme le disent les Pèlerins d’Emmaüs (Luc 24/32).

 

Quant à le rendre comme le fait Chouraqui par : « Il entraîne » (cf. « hégémonie », etc.), c’est extrêmement dangereux. Méfions-nous de tous les chefs qui entraînent : Duce, Führer, Caudillo, Conducator, etc., et aussi de ceux qui les suivent. Ils sont de sinistre mémoire.

 

Des suiveurs en effet on peut passer aux secta­teurs (du latin sectari, fréquentatif de sequi), et pourquoi pas enfin aux sectaires ?

 

Il est donc bien dommage que notre affiche n’ait pas eu la prudence d’y penser ![1]

Article paru dans Golias Hebdo, 16 mai 2013

 

 

[1] Sur le Christ vu simplement comme un compagnon de route et nous ouvrant le chemin, on peut voir mon ouvrage La Source intérieure, préfacé par André Gounelle :

Partager cet article
Repost0
21 avril 2023 5 21 /04 /avril /2023 01:00

N

ous en sommes le cousin, depuis les découvertes de Darwin, et malgré ce qu’en disent encore les fondamentalistes bibliques. Les plus proches de nous sont les chimpanzés et les bonobos, qui sont eux-mêmes très proches morphologiquement les uns des autres. Mais non pas quant à leur comportement, et c’est ce qui m’occupe ici.

 

J’ai en effet vu récemment, les concernant, une émission documentaire passant sur Arte, qui analysait la structure sociale des deux groupes, et leurs façons respectives de se conduire.

 

Les chim­panzés sont patriarcaux, accordent une importance prédominante au statut social, et règlent les conflits surgissant entre eux par la violence.

 

Les bonobos au contraire, matriarcaux, ne manifestent pas d’agressivité, et gèrent les mêmes conflits en les apaisant au moyen de l’acte sexuel. La tension y est résolue tout simplement par l’orgasme, qui une fois connu ne donne pas envie ensuite d’aller étriper son voisin.

 

Entre les deux modes d’être il me semble qu’on ne peut hésiter : mieux vaut faire l’amour que la guerre. Trop de rétention sexuelle mène à une frustration de l’individu, qui ne peut générer que la violence. Comme disait l’adage latin : Semen retentum venenum est – La rétention de la semence est un poison. Les bonobos y échappent donc, mais non les chimpanzés.

 

L’opposition du patriarcat et du matriarcat est aussi très significative. Traditionnellement, on dit que l’esprit de compétition, le désir de s’affirmer, et évidemment parfois par le combat, est transmis par le père. Cela peut aboutir à la destruction de l’autre. Au contraire, la mère incarne l’accueil inconditionnel, dont ferait partie pour chacun non pas la défense jalouse et acharnée de son propre corps, mais son don libéral, l’échange avec l’autre.

 

Si maintenant on songe qu’il y a des religions patriarcales, et au premier chef les trois religions abrahamiques (judaïsme, christianisme, et islam), on peut en tirer la conclusion qu’elles sont potentiellement plus violentes que les religions matriarcales.

 

Il y a bien sûr des exceptions : certaines paroles de Jésus par exemple sont bien « féminines » d’inspiration. Et il y a même un Jésus « mère-poule », abritant ses poussins sous ses ailes (Matthieu 23/37 ; Luc 13/34).

 

Les religions patriarcales séparent l’homme de ses instincts profonds. Le Père y incarne la Loi, via la Parole, dont la fonction est précisément la séparation d’avec les pulsions. Il est absurde de les récuser en bloc. Mais quand elles ont montré leurs limites, on comprend qu’on puisse se tourner vers les religions de la « Grande Mère », qui ne poussent pas l’homme à agir pour s’affir­mer, mais à être en harmonie avec les grands rythmes du monde, dont l’exercice de la sexualité est une manifestation majeure.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 24 avril 2014

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

Partager cet article
Repost0
19 avril 2023 3 19 /04 /avril /2023 01:00

O

n peut juger de la profondeur d’un homme par la qualité de son silence et sa lenteur à en venir aux mots, et au contraire de sa superficialité par son agitation et son bavardage.

 

Voyez comment les paysans, ces remarquables taiseux, jugent et jaugent un homme qu’ils voient pour la première fois : ils l’observent d’abord et voient s’il sait se taire, et ne s’étourdit pas en étourdissant les autres par sa volubilité. Ceux qui savent se taire sont ceux qui savent écouter, et ces derniers ne sont pas nombreux.

 

Il y a une magie du silence, qu’on trouve dans l’expression : « Un ange passe ». Il nous met à l’écoute de l’essentiel, qui ne peut être distingué, discriminé par les mots qu’avec violence, donc avec risque d’être détruit. Il s’oppose à la « parlerie » ordinaire, qui masque l’inauthenticité de nos vies, et la réalité de notre dégradation, de cette chute ontologique dont parle Heidegger dans L’Être et le Temps.

 

Exactement comme notre désir d’entasser les objets matériels pour nous dispenser de méditer sur l’essentiel. Ou comme cette horror vacui (horreur du vide) qui caractérise la majorité de notre art occidental, et qui s’oppose au dépouillement et au laconisme de l’art zen par exemple : voyez l’ikebana, ou art du bouquet. Le vide y triomphe du plein, et l’air, l’énergie, le souffle, qu’on l’appelle ruah, pneuma, spiritus, chi, ou ki, peuvent mieux circuler : ce qui étoffe, étouffe.

 

Aussi, quand on fait du feu, il ne faut pas entasser les bûches, mais laisser des vides entre elles, pour que l’air puisse affluer et alimenter la flamme. Image de ce qui doit être, en écriture, le style : savoir suggérer seulement, donc faire au silence sa part.

 

Les Quakers prient ou méditent dans le silence. De même au Japon la cérémonie du thé est silencieuse : seul s’entend le bruit de la bouilloire, et on sait même à quel point précis de son chant le thé peut être apprêté.

 

Les bruits les plus infimes, quand on y prête attention, peuvent avoir une énorme densité. Voyez le film Le Grand silence, de Philip Gröning (2006), tourné à la Grande Chartreuse, au pied des Alpes : film sans parole et sans explication, où, pendant presque trois heures, seules se voient des images et seuls s’entendent des sons. Film admirable, qui nous donne de Dieu la meilleure idée qui soit : non un vent violent, non un tremblement de terre, mais seulement « un murmure doux et léger » (1 Rois 19/11-13).[1]

 

28 octobre 2010

 

[1] Pour plus de développements, voir le chapitre « Silence » du tome 2 de ma Théologie buissonnière, éd. BoD, 2017 :

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages