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28 juin 2023 3 28 /06 /juin /2023 01:00

O

n en a beaucoup besoin, en cette époque de pandémie, qui fait tant de victimes, dont évidemment il faut se garder d’aug­menter le nombre.

 

C’est pourtant ce qu’ont oublié les évêques français, réunis en visioconférence pour leur assemblée plénière d’automne, qui ont demandé au Conseil d’État l’autorisation d’ouvrir les églises pour permettre aux fidèles d’assister à la messe (Source : liberation.fr, 04/11/2020).

 

Finalement ils ont été déboutés. Mais cette initiative est significative d’un certain esprit. L’épis­copat français s’est comporté ici comme un lobby clérical, se situant aux antipodes du moindre impératif civique. Il s’est sûrement placé à la remorque des contestataires du confinement, aux motivations très disparates, mais surtout de la mouvance traditionaliste, qui n’a pas hésité à s’adonner à Versailles et à Nantes à des prières de rue, pour contester la décision de justice et incarner une désobéissance civile (Source : francetvinfo, 10/11/2020).

 

La messe dans sa seconde partie, la plus importante, est manifestement un sacrifice : une victime (hostia) est immolée sur l’autel (altare) et offerte à Dieu. Ces pratiques cultuelles sont bien sûr immémoriales. Mais c’est justement ce que le livre d’Osée, et à sa suite Jésus ont mis en question, car dans le sacrifice on peut oublier la nécessaire compassion : « C’est la compassion que je veux, et non le sacrifice » (Osée 6/6 – Matthieu 9/13 et 12/7). Dans la situation sanitaire actuelle, la revendication pour célébrer et entendre la messe en assemblée est manifestement aux antipodes de la compassion, ou de la prudence compassionnelle, et les évêques qui l’ont formulée manquent non seulement de civisme, mais aussi de la mémoire de leurs textes.

 

Aussi bien auraient-ils pu se souvenir des critiques que fait Jésus du ritualisme. La messe chrétienne, comme le sabbat pour les juifs, est une pratique rituelle dont il faut évidemment relativiser l’importance, quand les circonstances l’exi­gent, ce qui est bien le cas aujourd’hui : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat. De sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat » (Marc 2/27-28)

 

Que n’ont-ils eu ce passage présent à leur esprit, nos évêques contestataires qui ont mis la messe au-dessus de tout ! Que ne se sont-ils dit, dans les circonstances présentes, que la messe est faite pour l’homme et non pas l’homme pour la messe !

 

Article paru dans Golias Hebdo, novembre 2020

 

D.R.

 

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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26 juin 2023 1 26 /06 /juin /2023 01:00

P

our être intéressante d’un point de vue pédagogique, elle doit reposer sur le sentiment d’une analogie minimale admissible par la raison.

 

Sinon, si les termes comparés sont manifestement trop éloignés et étrangers l’un à l’autre, leur mise en rapport ne peut emporter l’adhésion. Se justifie alors la phrase de Talleyrand : « Tout ce qui est excessif est insignifiant. »

 

C’est à quoi j’ai pensé en prenant connaissance d’une phrase du pape François à propos de l’avortement. Il a déclaré, devant les fidèles rassemblés place Saint-Pierre à Rome : « Est-il juste d’avoir recours à un tueur à gages pour résoudre un problème ? » (Source : Lci.fr, 10/10/2018).

 

Cette mention d’un « tueur à gages » en cette matière me semble hors de toute proportion. Elle désigne évidemment le médecin qui pratique l’opération. Mais l’hyperbole ou l’exagération qui y est contenue invalide à mon avis, du strict point de vue de la formulation, la position papale.

 

Sur le fond, il me semble d’abord que la question de l’avortement concerne les femmes elles-mêmes, et que c’est à elles, et non aux hommes, d’avoir un avis à ce sujet.

 

D’autre part la sacralisation inconditionnelle de la vie ne résiste pas à l’examen. Qu’est-ce qui caractérise une cellule cancéreuse par exemple, sinon le fait qu’elle est malheureusement toujours vivante, et ne peut pas accomplir son suicide spontané, son apoptose ? Enfin que peut être la vie future d’un embryon, si physiquement une maladie de la mère l’a condamné à subir un grave handicap ? Et aussi affectivement, si sa conception a été le résultat d’un viol ?

 

Bien sûr l’avortement ne peut pas servir de moyen de contraception. Bien sûr aussi il est toujours une épreuve, et tous les couples qui y ont été confrontés n’ont pu qu’en retirer l’impression d’un tragique gaspillage. Mais enfin les grands principes psychorigides ne sont pas de mise en cette matière, comme en toutes les autres. Tout, y compris ce qui concerne la vie, est affaire de cas particuliers. Lao-Tseu a raison de commencer ainsi son Tao-te-King :

 

« La Voie vraiment voie n’est pas une voie constante. Les termes vraiment termes ne sont pas des termes constants. »

 

Article paru dans Golias Hebdo, 25 octobre 2018

 

D.R.

 

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Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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16 juin 2023 5 16 /06 /juin /2023 01:00

Un ancien article, mais encore actuel :

 

J’

 

ai vu sur la Cinq, pendant la soirée du 3 février dernier, l’excellente émission Engrenage : les jeunes face à l’islam radical.

 

À cette occasion, un très sympathique imam strasbourgeois a dit des choses très justes, par exemple que proposer sur le Net de vouloir « épou­ser » des jeunes filles de 14 ans revenait en fait, purement et simplement, à vouloir les violer. Et surtout, il a donné une définition à mon avis très intéressante du jihad, ou combat dans la religion islamique. Pour lui, comme aussi pour d’autres théologiens musulmans, ce combat doit être intérieur à l’âme de chaque croyant, qui doit lutter contre ses mauvais penchants, contre le mal en lui. En aucun cas ce ne devrait être un combat extérieur, une lutte faite par les armes contre les non-croyants.

 

J’ai toujours pensé qu’il y a un grand avantage à intérioriser le fait religieux, la relation à Dieu par exemple dans le cas des religions abrahamiques.

 

Si l’on voit la religion comme un pacte conclu avec un Dieu extérieur, auquel on est relié (religio renvoyant à religare) grâce à une alliance (adligatio, de même racine), on comprend le pacte comme un échange réciproque, ou comme on dit en droit synallagmatique : c’est un do ut des, un « je te donne pour que tu me donnes ». J’échange mon obéissance contre une récompense espérée (comme le Paradis), et inversement si j’enfreins le contrat, ce Dieu transcendant est fondé à me punir (par exemple en m’envoyant en Enfer).

 

C’est une religion de la carotte et du bâton, basée sur un calcul d’épicerie, dont beaucoup encore chez nous-mêmes ne sont pas sortis. Dès lors, pour s’attirer les bonnes grâces de Dieu et obtenir la gratification corrélative, on peut aller défendre sa cause manu militari. « Que répondre, disait Voltaire, à celui qui s’imagine gagner le ciel en vous égorgeant ? »

 

Mais si au contraire on voit Dieu non comme un être extérieur et tout-puissant, mais comme une voix purement intérieure avec laquelle nous pouvons dialoguer, alors tout ce que je viens de dire disparaît. Il s’agit désormais, par un accueil scrupuleux de cette voix, et une relecture profonde de soi (relegere), de nous réunir à ce que nous avons de plus intime. Cette deuxième étymologie possible du mot latin religio (religio se rattachant à relegere) est attestée par le grand Cicéron, ce qui n’est pas rien.

 

Cela ne vaut-il pas  mieux en tout cas que le combat extérieur pour imposer ses convictions aux autres, y compris en les tuant ?[1]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 12 février 2015

 

D.R.

 

 

[1] Pour approfondir cette question on peut voir mes ouvrages La Source intérieure, BoD, 2018, avec préface d'André Gounelle ; et Peur de son ombre – La lumière est en nous, BoD, 2019 :

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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