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28 février 2018 3 28 /02 /février /2018 02:01

Il ne faut pas le confondre avec l’esprit laïque, qui ne prône que la séparation du religieux et du profane dans l’espace public. On peut très bien, et c’est mon cas, défendre ce dernier, et récuser le premier. Pathologie de l’esprit laïque, l’esprit laïciste ou laïcard est délibérément hostile à tout ce qui est religieux, qu’il ne veut pas voir même évoqué, par exemple, dans l’enceinte de l’école publique. C’est ce qui vient de se produire dans une école de l’Indre, où un instituteur a fait l’objet, de la part de sa hiérarchie, d’un déplacement contraint et d’une sanction pour « faute grave professionnelle », pour simplement avoir fait étudier en classe des passages de la Bible. Ayant fait appel de cette décision, survenue en juin 2017, il espère maintenant une réhabilitation (Source : Lefigaro.fr, 07/02/2017).

 

Se déclarant agnostique et fils et petit-fils d’instituteurs de l’enseignement public, il a voulu, dit-il, simplement répondre aux questions de ses élèves, genre : « C’est qui, le monsieur sur la croix dans la salle des fêtes ? », ou « Pourquoi on travaille pas à Pâques ? », ou enfin : « C’est quoi, le baptême de Clovis ? » J’ai moi-même dans ma carrière de professeur été confronté à l’ignorance abyssale des élèves en matière religieuse : pour eux une parabole est une antenne de télévision, la Passion la simple passion amoureuse, et même un crucifix n’est qu’un tournevis (cruciforme !).

 

J’affirme que l’ignorance des faits religieux élémentaires de notre culture condamne à ne rien comprendre du tout à nos arts et à notre littérature. Racine, Hugo, Baudelaire, et combien d’autres ! sont totalement incompréhensibles si on ne connaît pas l’arrière-plan religieux sur lequel leur œuvre s’est édifiée. Pourquoi s’en tenir à n’étudier que la mythologie gréco-romaine, païenne, et refuser d’explorer la mythologie chrétienne, sinon par référence à une laïcité mal comprise, et dévoyée ?

 

Je me sens bien proche de cet instituteur, agnostique (comme moi) et fils d’instituteurs (comme moi aussi). Espérons alors que son administration n’aura pas le dernier mot...

 

Ecole de Malicornay (Indre) - D.R. - Cliquer sur l'image

 

***

 

Retrouvez tous mes billets antérieurs édités sous forme de livres en plusieurs tomes chez BoD :

 

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21 janvier 2018 7 21 /01 /janvier /2018 02:01

On admettait naguère que son but était la recherche de la Beauté, et que ses temples étaient précisément les musées des « Beaux-Arts ». Mais aujourd’hui tout cela a bien changé. Certains « artistes » revendiquent hautement la laideur et la médiocrité de leurs créations. Ils assument par exemple totalement l’idée d’une mauvaise peinture (bad painting). Voyez la pratique de Jean-Michel Basquiat : l’« œuvre » est volontairement bâclée et négligée, elle mêle collages, graffitis, couleurs vives, traits grossiers, publicités, etc. Mieux, l’artiste belge Jacques Lizène revendique lui-même un « art nul » et des créations lamentables et sans intérêt. On peut consulter (preuve qu’il a de l’écho) sa notice sur Wikipédia.

 

Sur le même site on pourra voir la longue rubrique consacrée au Museum of bad art (MOBA), ouvert récemment dans le Massachussets. Ce musée s’est fixé pour but de collecter et d’exposer des œuvres « trop mauvaises pour être ignorées ». Ses fondateurs disent que la collection est un hommage à la sincérité des artistes qui ont persévéré, malgré la catastrophe du résultat : « Nous sommes là pour célébrer le droit de l’artiste à l’échec glorieux ». De fait, la sélection est sévère, et neuf tableaux sur dix sont refusés, car ils ne sont pas assez laids. Le but est de désinhiber les candidats-artistes, en leur montrant ce qu’il y a de pire, pour les délivrer de la peur qu'ils pourraient avoir à s’exprimer eux-mêmes – quitte évidemment à ce qu’ils fassent la même chose que ce qu'ils voient...

 

Le point de départ de la collection a été une toile déchirée découverte dans une poubelle de Boston, par quelqu’un qui à l’origine voulait en récupérer seulement le cadre. La déchirure même en a fait la valeur. Autrement dit, tout peut toucher, et l’intérêt qu’on porte à quelque chose n’a aucun rapport avec sa qualité.

 

Lorsque Bourdieu dans La Distinction affirmait la relativité des jugements esthétiques, avait-il prévu le résultat de son entreprise de déconstruction ? Arroseur arrosé, ou pompier pyromane, est-on fondé ensuite à critiquer le nihilisme, à quoi aboutit nécessairement la mise en avant de l’échec ?

 

Art contemporain - Laideur - Nihilisme
J-M. Basquiat (D.R.) - Cliquer sur l'image

 

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10 janvier 2018 3 10 /01 /janvier /2018 02:01

40 000 tonnes de CO2 vont être gaspillées pour la compétition du Dakar, qui vient de s’élancer depuis le Pérou à destination de l’Argentine. J’ai vu à la télévision de splendides images de dunes de sable, avec des barkhanes qui d’en-haut ressemblent à des tableaux abstraits propres à faire rêver, et à inspirer une méditation recueillie et silencieuse. Mais elles étaient violées par l’irruption sauvage de tous ces engins motorisés, bardés de publicités chantant le péan de notre civilisation : la consommation. On était loin des solitudes érémitiques appelant la retraite : un capharnaüm de bruit et de fureur les avait remplacées.

 

Le public aussi amassé sur le parcours criait à qui mieux mieux, dans un grand enthousiasme. Détourné sans nul doute de la considération de sa condition, il applaudissait à tout ce saccage, à cet indécent barnum. On sait que depuis la Rome antique la foule aime les jeux, le spectacle, le cirque. Comme dit Lucrèce : « Toutes choses sont toujours pareilles » (Eadem sunt omnia semper).

 

Il y a incohérence alors à inviter les gens à faire des économies d’énergie pour éviter d’accentuer le réchauffement climatique, si on consent à ce que chaque année soit organisée une telle pollution. On me dira que l’importance n’en est pas très grande à l’échelle de la planète, qu’elle n’est que symbolique. Eh bien, dans ce cas, je dirai que le pouvoir du symbole est très grand. Celui qui ne s’arrête pas aux petites choses est ordinairement incapable de s’occuper des grandes.

 

Pour le détournement de soi, j’ai pensé aux textes de Pascal sur le divertissement : « L’homme est si vain que la moindre chose, comme un billard ou une balle qu’il pousse, suffit pour le divertir. » Ici il s’agit d’autos et de motos, ailleurs ce sera autre chose, mais le résultat est le même.

 

Nous vivons aujourd’hui une apocalypse joyeuse, comme l’orchestre du Titanic qui sur le pont continuait de jouer en plein naufrage. Notre moraliste a bien raison : « Nous courons sans souci dans le précipice, après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir. »

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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